Jusqu’à quand?

Jusqu’à quand ?

Me Jean Rathon Gelin

Boukan News, 08/09/2024 – La violence des bandits armés s’intensifie en Haïti. Chaque jour qui passe, les gangs deviennent de plus en plus puissants. Ils font la loi. Ils décident de la vie et de la mort. Ils vandalisent. Ils incendient. Ils violent. Ils massacrent. Fillettes. Femmes enceintes. Nul n’est épargné.

On se morfondait en 2023 parce que les criminels se fortifiaient et gagnaient beaucoup plus d’espace vital. Puis on a ressenti un vent d’espoir avec la mise en place de nouvelles autorités qui inspiraient confiance à toute une population assoiffée de sécurité et de vie.

On a attendu. Et le mal n’a fait qu’empirer. De Gressier passant par Mariani, Carrefour, et puis Gantier, Croix-des-Bouquets. Cabaret ; les bandes armées s’offrent plus de territoires. Des dizaines de milliers d’habitants fuient cette violence inédite à la recherche d’autres refuges.

Ce sont plus de 600 mille personnes dont 300 mille enfants qui croupissent dans des abris provisoires sans eau, sans nourriture la plupart du temps. Un peu plus de 2000 sont tués et plusieurs centaines d’autres kidnappés entre juin et juillet.

Cette férocité des gangsters en Haïti est inédite. Ils massacrent, brûlent de paisibles individus sans aucune raison apparente et sans s’inquiéter.

Ce n’est pas une situation normale. Ce n’est pas une simple histoire de gangs. Il y a derrière tout cela, un complot ficelé pour un plus grand objectif que nous ignorons mais qui semble-t-il, viserait à nous détruire, à exterminer tout ce nous sommes comme peuple.

Sinon comment expliquer ce qui se passe dans le pays en ce moment ? Pourquoi l’on refuse de nous apporter une aide réelle ? Pourquoi la police et l’armée sont-elles si inefficaces ? Pourquoi ces nouveaux dirigeants ne peuvent toujours pas prendre leurs marques et s’embourbent dans des scandales les uns plus saugrenus que les autres.

Il y a un problème ! Il y a un blocage ! Parce qu’il faut une raison pour s’expliquer ce désastre. Il faut une volonté plus grande pour taire la volonté haïtienne, pour annihiler la révolte haïtienne, pour dissoudre la bonté haïtienne. Toute cette atrocité, toute cette cruauté, tout cela est insensé, tout cela ne peut naître de rien.

Haïti est circonscrite dans un cercle de violence persistante depuis ses premières années d’indépendance. Cela fait 220 ans, de 1804 à 2024, que ce peuple souffre le martyr. Mais les 5 dernières ont été les pires que l’on n’ait jamais vécues.

Il y a certainement un plan qui nous dépasse dont nous ne connaissons pas les arcanes. Nous pouvons accuser tout le monde, le blanc et tous les autres autant que le jour se lèvera, mais il y aura toujours ce flou : pourquoi tout ça? Et jusqu’où cela ira-t-il ? Jusques à quand cela va-t-il s’arrêter ?

Sommes-nous seulement tous conscients de ce qui nous arrive ? Est-ce que nous n’allons rien faire ? Je pose la question aux politiques, à la jeunesse, à tous les membres de la presse, aux secteurs organisés, aux dirigeants, à chacun de nous autant que nous sommes tous des Haïtiennes et Haïtiens conséquents, engagés et responsables, aimant Haïti et son historique passé de gloire.

Il n’y aura finalement aucune solution possible sans une prise de conscience générale, un dépassement de soi, une mise à l’écart des intérêts personnels, des querelles intestines pour prioriser une communauté d’actions vers le sauvetage national. C’est un faisceau d’énergies qu’il faut mettre ensemble pour retrouver l’harmonie, le zeste révolutionnaire de novembre 1803.

Ce sont les mêmes menaces qui nous planent dessus et qui nous interpellent tous à l’Union fait la force, à la Liberté, Égalité, Fraternité pour une nouvelle Haïti désenclavée de la violence, de la cruauté et des luttes perpétuelles internes.

J’en appelle à un gage de bonne foi, à un réveil national. Parce qu’il faut que tout cela s’arrête ! Il faut faire face aux bourreaux, aux maux d’une manière ou d’une autre. Il faut accepter de mourir pour vivre. C’est même en cela tout le sens de la vie d’ailleurs.

Me Jean Rathon Gelin

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