Je comprends maintenant

Oui, aujourd’hui j’arrive mieux à comprendre les élections avortées et le massacre des électeurs dans les bureaux de vote à la ruelle Vaillant le 29 novembre 1987.
Dans mon insistance de comprendre l’environnement politique post Jean Claude Duvalier, j’arrive aussi à cette conclusion que les élections du 16 décembre 1990 n’étaient pas organisées pour cet emmerdeur, celui qui, par sa présence au scrutin, avait tout dérangé de la grande fête électorale planifiée par les grands planificateurs de ce monde de confusion démocratique.
Cet importun, une fois arrivé dans la cour des grands, en peu de temps, par son discours menaçant, il avait essayé de se comporter comme un grand maître parmi les grands. Il avait aussi essayé de dicter, ou dans son style à lui, de jouer sa propre partition dans le concert des grands maîtres musiciens. Ce qui en quelque sorte dérangeait l’ordre des choses. Pour le rappeler à l’ordre, et le faire comprendre qu’il ne peut pas continuer à faire les choses comme il veut, il était chassé de force et le garder à l’écart pendant trois ans.
Comme c’était un dossier très fascinant, pour mieux comprendre ce personnage, je continuais de lire entre les lignes l’évolution des rapports de cause à effet pour voir ou était le problème. Dans leur emmerdement aux grands et puissants de ce monde, une affaire de restitution avait été la cause occasionnelle, d’une cause plus profonde pour chambarder la célébration du Bicentenaire d’alors. Ce qui donnait une idée beaucoup plus claire de toutes les mains cachées derrière le coup de force de 2004
Mais comment faire tous ces efforts pour comprendre tout cela, si je ne cherchais pas à comprendre les causes profondes et effets négatifs des résultats des élections frauduleuses de novembre 2010 et de mars 2011.
Dirigé par un chef d’État fêtard, avec des activités mondaines un peu partout, Haïti avait connu tous les mots en « al » qui ne peuvent pas changer en « aux ». C’est ainsi, de bal, festival, carnaval, avec un récital de mots ronflants, le pays était en fête solennellement en honneur du président musicien. Ce qui donnait lieu d’un chef d’État peu respectueux des bonnes mœurs au Palais national. Et d’un chef de gouvernement qui ne joue pas avec les chiffres à la Primature.
Si bien que, d’un président fêtard à un chef de gouvernement vantard, les deux formaient un pouvoir exécutif grandiloquent comme deux tonneaux vides, pour enfin construire vingt-cinq stades imaginaires dans tout le pays. Quelle nouveauté dans le domaine du sport, particulièrement le football haïtien.
Aussi, il y avait un parlement constitué des honorables qui, dans leur savoir-faire des affaires imparfaites, étaient très déshonorables au Bicentenaire. Donc c’était une équipe avec le plein pouvoir exécutif et législatif pour détruire. Ces bandits légaux, illégalement mal élus, dans leurs conspirations avec l’international contre le pays, avaient le boulevard libre pour que librement ils continuent non seulement de piller le trésor public, mais aussi à distribuer des armes aux bandits dans des quartiers populaires.
En assimilant minutieusement tous ces faits, j’arrivais à comprendre que pendant son mandat de cinq ans, comment le musicien dévergondé avait toujours été toléré dans ses basses œuvres de malversations, de corruptions et de violations des acquis démocratiques. Au point qu’il avait tout le champ libre pour ne pas organiser des élections législatives pour renouveler, au cas échéant, le mandat des élus qui, eux, déshonorablement, avaient gardé toute la République en otage.
Et l’environnement politique n’était pas non plus différent pour celui qui lui succédait quelques années plus tard. Comme son parrain, pour continuer dans le mal qu’il faisait si mal, le filleul avait autant de support des grands supporteurs. Donc il était normal pour que dans sa caravane de projet de déstabilisation du pays qu’il n’avait rien fait pour aider au renforcement des institutions étatiques et aussi à la consolidation des acquis démocratiques.
En fin de compte, avec ces deux protégés de l’international au timon des affaires politiques du pays, c’était, surtout après le séisme du 12 janvier 2010, deux importants mandats présidentiels de cinq ans gaspillés dans les labyrinthes d’une transition démocratique qui, malheureusement, n’en finit pas.
Ce qui fait, aujourd’hui, plus d’une décennie après le meurtrier tremblement de terre du 12 janvier 2010, je comprends pourquoi, que ce soit avec l’argent de reconstruction ou du Petro Caribe, il y avait autant de bruit ou de propagande autour des grands projets de développement pour peu de résultats concrets.
Ainsi, chercher à comprendre, par exemple, l’échec du projet de reconstruction après le séisme aussi bien que l’argent des Fonds du Petro Caribe, c’est, sans ambages, arriver à cette conclusion que le financement des bailleurs internationaux avait été non seulement mal canalisé par leurs représentants sur le terrain, mais l’État haïtien de leur côté, dans leur improvisation et d’amateurisme dans la gestion de crise post séisme, avait investi dans des projets qui n’avaient, absolument, rien à voir au développement durable, élément important au processus démocratique.
Je comprends maintenant. C’était là qu’ils voulaient, finalement, arriver avec le pays.
Esau Jean-Baptiste





