HAÏTI : QUAND LES BRAQUEURS GOUVERNENT LA CITÉ ! 

HAÏTI : QUAND LES BRAQUEURS GOUVERNENT LA CITÉ ! 

« Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir » (Ferdinand Foch, maréchal français)

Par Duverger Altidor

 

Avant de mourir, César Auguste avait dit ceci : « J’ai trouvé une Rome de briques, j’ai laissé une Rome de marbre ». Suivant le fil d’ariane de cette déclaration, certes, on ne saurait, en toute bonne foi, dire que les dirigeants du PHTK avaient trouvé une Haïti de briques. Mais admettons qu’ils l’aient trouvée en pierre, on peut, sans risque de se tromper affirmer que, durant leurs années de règne, ils ont tout fait pour la réduire en cendres.

Telle une banque qui se fait constamment attaquer par des braqueurs professionnels, le pays subit des assauts constants de la main de ces politiciens véreux qui sont entrés dans la politique comme des orpailleurs.

Ce braquage se manifeste dans le pillage des deniers publics par ceux-là même qui devraient travailler à les faire fructifier. Subséquemment, cela engendre une crise économique sans précédent qui entraîne dans la foulée le chômage, le banditisme et et les autres problèmes sociaux qui affectent la nation. Chez nous, de nos jours, nombreux sont ceux qui cherchent l’onction du parti à l’emblème rose. Pourquoi d’après vous ?

Parce que c’est la voie la plus rapide pour se bâtir un empire. On dit que la période de probation pour décrocher ses premiers millions, quand on est ministre, se résume à seulement trois mois.

Il est vrai que la corruption a toujours été un phénomène endémique en Haïti, il faut, cependant, souligner, qu’elle s’est amplifiée avec l’ascension des “bandits légaux” qui ont fait un « hold up » sur les fonds de l’État pour s’enrichir comme Crésus. Sous le PHTK, l’ONA, une institution chargée de percevoir les taxes des contribuables qui sont assez chanceux pour avoir un emploi, s’est inféodée au service du clan au pouvoir. C’est par centaines de millions que les fonctionnaires du gouvernement s’approprient des revenus de cette boîte dans des soi-disant prêts qui s’échelonnent parfois sur des dizaines d’années.

Michel Martelly (Photo: Britannica)

Sans s’inquiéter des conséquences que pourraient avoir leurs actions, nos deux derniers présidents, issus de la mouvance du PHTK, se sentaient si confortables dans leurs déprédations, qu’ils ont fait la mise à sac des maigres ressources du pays à visage découvert, en toute impunité. Prenant le peuple pour des gens amorphes, ils ont inventé toutes sortes de ruses pour détourner l’argent du pays. Des projets bidon comme « Fonds de l’éducation », « Ti manman cheri » etc… Telle une horde de loups affamés, en un rien de temps, ce régime de prédateurs a mis en pièces des milliards de dollars que le Venezuela nous avait alloués sous forme de prêts. Le rapport de l’UCHREF en dit long sur ces crimes financiers. À rappeler que René Préval, le prédécesseur de Michel Martelly, avait laissé près de 2 milliards de dollars dans les caisses publiques.

Mais ce braquage n’existe pas seulement sur le volet économique, les vautours de ce régime se sont rendus aussi coupables d’une autre forme encore plus insidieuse : le vilipendage de nos valeurs morales. Ils ont tout tenté pour corrompre la nouvelle génération, en affaiblissant le système éducatif, seul outil par lequel les jeunes pourraient se tirer d’affaires.

Écrabouillés par le lourd tribut que nous a prélevé le séisme du 12 Janvier, on était loin de prédire que nous allions connaître un cataclysme encore plus dévastateur avec l’ascension des « tèt kale » au pouvoir. Et c’est ce qui s’est produit. Désormais, les gens qui auront à coucher par écrit les pages d’histoire de la décennie écoulée vont être obligés de diviser l’histoire d’Haïti en deux périodes : l’avant et l’après avènement de cette bande de rapiats qui faisaient office de dirigeants.

Martelly et Jovenel (Haiti-Liberté)

En effet, sous le gouvernement de ces deux fripouilles au relent de miasme, nous avons connu le pire libertinage qui ne se soit jamais abattu sur notre nation. Pendant près de dix ans, il y a eu une rupture soudaine par rapport aux normes basiques de la décence. Tout se dit, tout se fait avec une licence totale. Mais ne croyez pas que ce libertinage a quelque chose à voir avec la démocratie. On devrait plutôt l’interpréter comme un environnement délétère qu’ils ont délibérément créé, de manière à détourner notre attention sur le vrai cliché, à savoir l’hypothèque de notre futur.

On ne saurait dédouaner les jeunes de leur propre responsabilité dans cette situation. Car, lorsque l’occasion leur était échue de choisir entre une professeure d’université de renom et un musicien dont la grossièreté vomitive n’est pas en phase avec les règles de bienséance commune, certains d’entre eux avaient jeté leur dévolu sur le rustre. Maintenant le résultat est là qui nous montre la véracité du principe de la loi de la physique de la causalité. Il ne pourrait en être autrement, on ne récolte que ce que l’on aura semé.

Autant que l’on pourrait être horrifié devant sa mort brutale, il faut reconnaître que le président a été le fossoyeur de sa propre tombe. Il n’y a que son arrogance et son mépris pour les règles démocratiques qu’on doit accuser comme facteurs qui ont jeté sa mémoire dans les poubelles de l’histoire. Se croyant invincible (il s’est donné lui-même le sobriquet d’Apredye) il a renié ses origines modestes pour pactiser avec un consortium regroupant toutes sortes de requins—–experts en toutes sortes de malversations et de blanchiment d’argent—- et qui n’avaient pourtant qu’un objectif en tête : utiliser sa naïveté et ses limites cognitives comme un tremplin pour assouvir leurs ambitions personnelles. Et comme je l’avais prédit récemment dans un article, il s’est fait dévorer par le monstre dont il a participé à la création.

Ils ne le jugent même pas digne d’avoir une investigation sérieuse pour élucider son décès violent, car sachant qu’il n’a pas été un leader d’envergure, ils piétinent à dévoiler le résultat de l’enquête. Ils n’en ont cure de faire jaillir la lumière. Il est envoyé ad patres comme n’importe quel citoyen du Bel-Air.

C’est cette lenteur qui pousse les gens à émettre l’hypothèse selon laquelle le président serait victime d’un tir fratricide, quelque chose issu de son propre camp. Les Haïtiens appellent cela en créole « rat kay kap manje pay kay ». On sait tous comment ça fonctionne au sein des mouvements mafieux. Ta survie dépend de ton allégeance infaillible au patron ou au “parrain”. Tu désobéis et tu subis la mort la plus ignominieuse qui soit. La vérité, on ne la saura jamais, car c’est la loi d’omerta qui règne au sein de ce groupe de gangsters.

Mais même à la mort de Jovenel, on voit que le braquage continue son petit bonhomme de chemin. Ils procèdent maintenant au saccage de la mémoire de nos héros. Des propagandistes de tout pelage montent sur leurs grands chevaux pour tenter d’assainir le passé de monsieur Moïse. Ils ont le toupet de vouloir le camper dans le même rang que Dessalines. D’autres, par contre, qui sont trop gênés pour faire une telle analogie affirment qu’il est mort en martyr. C’est le cas d’Evans Paul, par exemple.

Evans Paul (Wikipedia)

À ce dernier, il faut remonter les bretelles en lui disant que seuls les gens qui ont dédié leur vie à une cause noble, une cause réclamant un haut degré de dépassement de soi peuvent être considérés comme des martyrs. Les anciens disaient qu’il n’est pas permis à tous d’aller à Corinthe. Les partisans d’« Apredye » auront beau faire pour saupoudrer son image, mais ils ne parviendront jamais à faire entrer leur freluquet dans le panthéon. Ce cercle restreint est réservé à ceux qui se sont immortalisés en suant sang et eau pour fonder cette nation.

Disons, par ailleurs, que même s’il est trop tôt pour mesurer le scope du calvaire qu’a vécu le pays sous ce régime cleptomane, cependant on peut facilement repérer les sbires de Jovenel Moïse parce qu’ils n’ont pas eu froid aux yeux pour se couvrir la tronche dans leur forfaiture. Il est venu donc l’heure de la reddition de comptes.

Pour ce faire, il nous faut des avant-gardistes pour procéder au curage tant économique que moral du pays. Si toutefois le climat de déliquescence qu’a créé l’engeance du PHTK n’est pas irréversible, il nous faut des gens irréprochables qui soient des parangons de vertus pour la jeunesse. Il est vrai qu’une telle entreprise serait synonyme du nettoyage des écuries d’Augias, mais mus d’une volonté inébranlable, nous y parviendrons avec la participation de tous.

Duverger Altidor

 

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