Haiti: NOS VILAINS…

Nos Vilains…

« Dan la vi , Chaken a son kina » ( Tropicana).

Par Wilfrid Suprena

Mais qui sont-ils ? Où sont-ils ? Les vilains ? Nos vilains ?

La tragédie, la comédie, le drame se jouent sur la scène des réseaux sociaux. Il suffit d’une idée, d’une opinion, d’un commentaire, d’un “buzz” sur la réalité politique actuelle au pays ou sur les relations entre Haïti et la République Dominicaine ou entre Haïti et les États Unis…Alors là, la journée sera bien garnie…Du pain on en aura sur la planche…Les Vilains vont défiler et redéfiler…

Des experts en jurons, en dénonciations, en analyses didactiques, en méthodologie de développement vont défiler toute la journée…

Chaque opinion se transforme en précepte. À prendre ou à laisser.  On en prend, on reconnaît la justesse d’un point développé mais sans aucun chiffre, aucune illustration, aucune description, aucun détail pour supporter et corroborer l’idée avancée … On est du bon côté, du “ bon bord”…. Personne ne s’en prendra à vous, bons copains, bonnes copines qui s’entendent sur tout mais ne s’entendent sur rien et dont les postulats s’accrochent à la fumée s’évaporant au fil de l’émergence et du développement des événements du moment…

Et de part et d’autre on fait émerger les vilains avec leurs vilenies…Les camps et les tranchées se forment…

Les partisans de l’équipe au pouvoir voient rouge dans tout ce qui se fait, se dit ou projette de faire cette opposition qui se considère plurielle…. Que de têtes à couper !

Celles de l’avocat porte-parole du Secteur Démocratique et Populaire affublé de tous les maux et de tous les péchés que Lucifer a inventés pour être répertoriés dans la bible et passés aux humains, les Haïtiens…Ce pauvre bougre est sacrifié sur tous les autels. De concorde ou de discorde. Rares sont les politiciens haïtiens en dehors du pouvoir aussi haï que Maître André Michel ! Même son souffle est ausculté pour être pris à partie après.

André Michel (Photo: Twitter)

⁃ Celles de certains « businessmen » mulâtres et arabes qui ont supporté le pouvoir au tout début et qui ont tourné casaque et ont déclaré ouvertement forfait quand la proportionnalité des dividendes économiques et politiques était émiettée au profit de clans adverses…Tous les crimes politiques commis au pays de Dessalines à nos jours, Boulos, Vorbes et d’autres non cités pour la commodité du texte en font les frais…

Pour certains, ces membres déloyaux de la classe des affaires « cette classe du pouvoir d’état » (Marcel Gilbert) sont responsables au premier degré de la misère atroce sévissant au pays, de la violence rampante dans les bidonvilles crasseux entourant la capitale et les bas-fonds de certaines villes de province…Et ils n’en démordent pas de cette perception outrageante. Et le pouvoir pour des raisons avouées ou inavouables les supporte… !

Pour les opposants à l’actuel pouvoir politique,

Les vilains ne se comptent plus :

Le premier des premiers s’est identifié lui-même en choisissant de se considérer comme le second de la trinité dans l’exercice du pouvoir politique au pays des vodouisants, des catholiques et des protestants… C’est après Dieu.

Là, l’encens et l’encensoir ne suffiront jamais pour embaumer ce cadavre politique déambulant nu dans les avenues débridées de cette république pétrifiée…

Vient  ensuite le  chanteur et danseur du Cha Cha Cha et du Yanvalou dans  des cabarets de nuit, un habitué de l’obscurité, un magicien des obscénités et un vendeur de grivoiseries en paroles et en actions…A leur suite, tous ces clowns politiques dont les mains sont trempées profondément ou à moitié dans des scandales spectaculaires de dilapidation des deniers de l’état, de la corruption rampante, de la création et le financement des milices privées proches de l’état et armées mieux que les forces de l’ordre…

La liste des vilains au pouvoir se mesure à la dimension des projets conçus au moment des campagnes et présentés en grande pompe à l’ensemble de l’électorat et dont l’exécution tarde à se concrétiser tout le long du mandat obtenu à partir de promesses mirobolantes…

Tu as tes vilains, je les blâme pour le sort fait au pays…

J’ai mes vilains et tu les blâmes pour vouloir se succéder à eux-mêmes avec l’appui des forces étrangères qui, historiquement, font fi de tout règlement pour continuer à marginaliser ce peuple et cet état qui “ ont défié l’histoire”…

Le jeu de blâmes qui n’en finit point. On l’alimente ouvertement ou sous le boisseau pour continuer à jouir de cette division entre borgnes et aveugles sur un terrain de commune identité et de destinée.

Celui qu’on ne blâme pas c’est le système semi féodal et néo colonial sur lequel est greffé un capitalisme bancal, rachitique, improductif, moribond, anti progressiste responsable de la production à foison et de la reproduction à satiété  de leaders politiques myopes et avares de vision comme les Duvalier et le reste aussi longtemps qu’il n’est pas assailli à sa base à travers une politique décentralisatrice globale qui mettra tout Haïti et tous les Haïtiens en relief et au premier plan.

Réveillez-vous !

Wilfrid Supréna

2 Comments

  1. Un excellent texte, rédigé spécialement pour rappeler à ceux qui ne comprennent pas que nous sommes en train de perdre ce joyau petit pays qui nous est laissé.
    Malheureusement, il n’y a plus d’hommes encore capables de le sauver des griffes de ceux qui rêvent de le reconvertir en colonie. Et son peuple, en esclave officiellement.

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