Haïti, le pays où les morts sont annoncées !

 Haïti, le pays où les morts sont annoncées !

Joel Leon

Pennsylvanie, USA, 04/22/2024 – Drôle de pays. Sur les ondes d’une station de radio, un présentateur annonça même aux sourds que le dirigeant politique, Eric Jean-Baptiste, allait être assassiné. Chose dite, chose faite. Quelques jours après, le philanthrope baignait déjà dans son sang criblé de balles. Ses tueurs, si motivés, ne voulaient pas lui donner une chance de survie. On peut même palper la rage et la haine avec lesquelles le crime fut perpétré en examinant la carcasse de la voiture qui le transportait.

Le paradoxe, on accusa « Tijan Petwo ». Définitivement, Haïti vit dans l’antiquaille, quand les « lwa » firent les lois et les exécutèrent en même temps. Sauf que, depuis l’apparition de la pensée scientifique par Anaximandre de Milet au 5e siècle, les dieux ne dictent plus leur comportement aux hommes. Le chemin de la connaissance est ouvert et accessible à tous. Toutefois, on a le choix !

Ces mêmes énergumènes qui avaient annoncé la mort de Mr Eric Jean-Baptiste, « menm dyol kabrit yo anonse ke gen anpil gwo neg ki pral tonbe ». Depuis lors, c’est la gangrène dans l’opéra. On commençait par pointer des citoyens du doigt qui seraient sur une potentielle liste d’execution.  C’est terrible pour les pères et mères de famille !

Antonio Cheramy 

Hier soir, je n’arrivais pas à dormir. Il y a la persistante nouvelle d’une éventuelle invasion de la maison de l’ancien sénateur, Mr Antonio Cheramy, qui soustrayait la toile. Un journal en ligne avait lancé, au cours de la journée du vendredi, une « fatwa » contre l’artiste engagé. Dans l’impuissance totale et dans l’effroi, on attendait l’exécution de l’édit de mort prononcé par l’un des multiples médias de Michel Martelly.

Juste un rappel, ce fut le même scénario au temps de Jovenel Moise. Publiquement, ses ennemis mirent sa tête à prix jusqu’au 7 juillet 2021, pour répéter l’américain, « shit get real ». Il a été criblé de balles et le corps sauvagement brutalisé. Là encore, on peut humer l’odeur de la haine et de la folie avec laquelle les assassins étaient animés au moment d’accomplir le forfait.

Je comprends maintenant pourquoi Louis Joseph Janvier, en dépit de son patriotisme, avait passé 28 ans hors d’Haïti. Il revenait dans le pays pour tenter d’insérer dans nos mœurs politiques le principe sacré de la primauté du pouvoir civil sur le militaire. C’était en vain. Il repartit vers l’Europe. L’écrivain est mort et enterré en exil dans le pays des gaulois. Aujourd’hui encore, personne ne peut contester son attachement, mais l’amertume qui habitait son âme ne lui permettait pas de contempler cette charcuterie immonde et maculée de haine injustifiée qui s’établissait partout.  Ce matin, je me sens dans la peau du feu Dr. Louis Joseph Janvier !

Patrcia Kass, cette célèbre chanteuse de blues/Jazz française, dans la chanson « Kennedy Rose » a fait une lamentation sublimisée par ces mots :

« Rose, Rose
Mais quelle est la cause
Il a dû se passer quelque chose »

Il doit se passer quelque chose à Haïti, une sorte de force mystérieuse qui, au fil des ans, dénaturerait le peuple et le dévier de trajectoire initié le 1er janvier 1804. Notre mission liminaire de modeler l’humanité à partir de notre humanité fut corrompue par un virus inconnu, c’est ce qui renvoie le pays où il se trouve.

Les mutilations de corps en petits morceaux ne font pas honneur à notre humanité qui a pressé les ancêtres à réaliser la plus grande révolution de l’homme dans le monde. La création et le maintien de l’industrie du kidnapping sont contraires à notre destin de peuple. La démission qui accapare notre âme n’inspire pas les générations de peuple comme annoncé. En un mot, nous marchons à contre-courant de notre propre histoire !

Joel Leon

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