Haïti : Ariel Henry, un accroc majeur à l’Ordre Democratique !

Boukan News, 09/26/2023 – L’hémisphère vient de fêter le vingt-deuxième anniversaire de la « Charte Démocratique Interaméricaine », dans laquelle est inscrite dans son article 1 ce qui suit : « Les peuples des Amériques ont droit à la démocratie et leurs gouvernements ont pour obligation de la promouvoir et de la défendre. » Haïti vit dans l’illégalité depuis le 7 juillet 2021, date qui coïncide avec l’odieux assassinat du président légitime, Mr Jovenel Moïse. La charte démocratique n’est pas en application en Haïti. Car, le processus démocratique a été interrompu en Haïti depuis le 7 octobre 2021, rien n’est fait pour permettre le retour à l’ordre démocratique. Quoique la constitution haïtienne soit claire sur les procédures à suivre pour y parvenir !
Techniquement, la « constitution amendée » de la république d’Haïti requiert des actions concrètes pour préserver la continuité de l’État et le maintien du processus démocratique. De ce fait, la solution se trouve dans l’application de l’article 149 qui se lit ainsi : « En cas de vacance de la Présidence de la République soit par démission, destitution, décès ou en cas d’incapacité physique ou mentale permanente dûment constatée, le Conseil des Ministres, sous la présidence du Premier Ministre, exerce le Pouvoir Exécutif jusqu’à l’élection d’un autre Président. Dans ce cas, le scrutin pour l’élection du nouveau Président de la République pour le temps qui reste à courir a lieu soixante (60) jours au moins et cent vingt (120) jours au plus après l’ouverture de la vacance, conformément à la Constitution et à la loi électorale ».
Le mandat constitutionnel du premier ministre Ariel Henry a pris fin le 7 octobre 2021. Ce laps de temps lui avait été accordé, du 7 juillet au 7 octobre, pour organiser des élections afin de revenir pleinement à l’ordre institutionnel brutalement interrompu avec l’assassinat du président Jovenel.

Nous sommes à 26 mois depuis que le docteur Ariel Henry est illégalement au pouvoir en Haïti. Il venait de siéger et arrivait même à prononcer un discours comme représentant d’Haïti à l’occasion de la 78e « Assemblée Générale des Nations-Unies ». Pourtant, il n’a pas été élu et l’article 149 de la constitution haïtienne qui l’avait permis de diriger le pays est caduque depuis le 7 octobre 2021. La « Charte Démocratique Interaméricaine » est très claire dans son article 121, à savoir : « Lorsque l’Assemblée générale, réunie en Session extraordinaire, vérifie qu’il y a eu une interruption inconstitutionnelle de l’ordre démocratique dans un État membre et que les démarches diplomatiques se sont révélées infructueuses, à la lumière de la Charte de l’OEA, elle décidera de la suspension de l’exercice par cet État membre de son droit de participation à l’OEA, par le vote affirmatif des deux tiers des États membres. La suspension prend effet immédiatement. »
Non seulement que Mr Ariel Henry maintient son représentant au sein de l’OEA, en la personne de Mr Leon Jeune, il est très souvent présent à tous les grands rendez-vous de l’institution hémisphérique. Le grand paradoxe, Ariel Henry jouit du soutien inconditionnel de l’ONU aussi bien que l’OEA. Les pays du CORE GROUP ne jurent que par lui, en dépit du constat de son illégitimité. Nous sommes en face d’un grand accroc au niveau du droit international qui ne cesse de confondre les adeptes de l’état de droit. En revanche, les gouvernements du Venezuela et du Nicaragua sont mis à l’index de l’OEA depuis des années, sans oublier le Cuba, pour cause de déficit démocratique.
La question que se posent les adeptes du droit international, y a-t-il une loi taillée sur mesure pour Mr Ariel Henry à l’intérieur du système des nations-Unies et de l’OEA ?
Pourquoi cette politique de « deux poids et deux mesures » en faveur du premier ministre de facto haïtien ?
L’OEA, jouit-elle encore de la morale internationale nécessaire pour statuer sur les problèmes politiques de l’hémisphère ?
Les questions sont nombreuses, les réponses techniques et politiques se font rares. Une réalité qui risque d’affaiblir considérablement les institutions internationales, telles que l’OEA et l’ONU dans le monde. Une condition qui peut les empêcher de remplir leur mission spécifique dans un univers de plus en plus complexe et volatile. Imaginer un monde qui opère sans repère, ou la « loi du plus fort est toujours la meilleure ». Définitivement, nous sommes en face d’un globe décadent et qui fait marche-arrière, le cas d’Haïti est l’exemple le plus probant de cette dégénérescence !
Pour terminer ce papier, j’ai en tête le discours du secrétaire d’état américain, Mr Anthony Blinken, prononcé le 15 septembre dernier à « John Hopskins Schools of advanced international studies-SAIS » (Ecole John Hopskins d’Etudes Internationales Avancées). Parlant du rôle des Etats-Unis dans le monde pour s’assurer du maintien de leur hégémonie pendant tout le 21e siècle, il a déclaré, et je cite : « Nous nous trouvons donc à ce que le président Biden appelle un point d’inflexion. Une époque se termine, une nouvelle commence et les décisions que nous prenons aujourd’hui façonneront l’avenir des décennies à venir. » Il semble qu’Haïti ne fait pas partie de cette ambiance internationale, elle est en dehors de cette période de transition. Car, aux Nations-Unies, à l’OEA…on accepte, Ariel Henry, un dirigeant illégitime se prononce au nom du peuple haïtien qui ne le reconnait pas comme leur leader.
Considère-t-on Haïti comme une nation à part entière ?
Joel Leon





