GASNER RAYMOND : LE PRIX DU COURAGE
Un hommage au jeune lion qui défia Duvalier
“Il y a des hommes qui meurent debout tandis que d’autres vivent à genoux. Gasner Raymond est mort debout.”
Boukan Nedws, 05/31/2025 – Le 1er juin 1976, les balles des tortionnaires de Jean-Claude Duvalier ont fait taire à jamais une voix qui dérangeait. Gasner Raymond avait 23 ans. Vingt-trois ans seulement, et déjà il incarnait tout ce que la tyrannie redoute : l’intelligence insoumise, la plume libre, le courage de dire non.
Le lion face au monstre
Dans l’Haïti des années 1970, le régime Duvalier règne par la terreur. Les Tontons Macoutes sèment l’épouvante. Le silence est d’or, la parole peut coûter la vie. Dans ce climat de peur absolue, la plupart choisissent la prudence, l’autocensure, la collaboration.
Pas Gasner Raymond.
Ses articles dans Le Petit Samedi Soir étaient autant de gifles au pouvoir. Chaque ligne qu’il écrivait était un acte de bravoure, chaque enquête un défi lancé à la dictature. Son intelligence politique exceptionnelle lui permettait de déceler les mécanismes cachés de l’oppression. Il ne décrivait pas seulement ; il analysait, révélait, conscientisait.
Dans son roman Rosita, il explorait avec une maturité saisissante les blessures de la société haïtienne, donnant voix aux ouvriers, aux marginalisés, à tous ceux que le système broyait en silence.
Le courage de l’insoumission
Ce qui distinguait Gasner Raymond, c’était son refus absolu du compromis. Quand d’autres journalistes acceptaient les arrangements avec le pouvoir, lui traçait une ligne rouge infranchissable. Il connaissait les risques, mais quelque chose en lui – l’honneur, la dignité, l’amour de la vérité – l’empêchait de se taire.
Gasner incarnait cette vérité : la liberté de la presse ne se décrète pas, elle se conquiert. Cette conquête exige parfois le sacrifice ultime. Il l’a fait sans hésiter, transformant sa mort en symbole éternel de résistance.
Un miroir pour notre époque
Aujourd’hui, face à la prolifération des ” micros et plumes complaisants” qui bradent leur intégrité, l’exemple de Gasner résonne comme un jugement sans appel. Combien auraient son courage ? Combien seraient prêts à risquer leur confort pour défendre la vérité ?
À tous ceux qui ont vendu leur plume, qui ont transformé l’information en marchandise, qui ont trahi la confiance publique, Gasner Raymond tend un miroir implacable. Son sacrifice crie leur honte.
L’héritage vivant
L’hommage le plus digne que nous puissions rendre à Gasner Raymond, c’est de faire revivre son esprit dans le journalisme haïtien d’aujourd’hui. À vous, journalistes qui avez perdu le chemin de l’honneur : il vous montre qu’il est encore temps de choisir la dignité.
Il nous rappelle que l’information appartient au peuple, que le journaliste n’est pas un courtisan mais un gardien de la démocratie, que la vérité ne se négocie pas.
Gasner Raymond est mort à 23 ans, mais il a vécu plus intensément que beaucoup. Il nous laisse une leçon simple et terrible : qu’on peut choisir de mourir debout plutôt que de vivre à genoux.
Dans cette Haïti qui cherche son chemin, nous avons besoin de héros. Gasner Raymond, par son courage et son sacrifice ultime, nous montre ce que peut accomplir une conscience libre face à l’oppression.
Honneur et respect à Gasner Raymond. Sa voix résonne encore.
Documents consultés:
– Ochan, Gasner Raymond. Duke Digital Repository. https://repository.duke.edu
– UFDigital Collection. https://ufdc.ufl.edu
– Organization of American States (OAS). https://cidh.org
– Laferrière, Dany. Entre Nous: ‘Le CRI des oiseaux focus’
À propos de l’auteur
Pierre-Richard Raymond est un éducateur, Journaliste, poète, et défenseur des droits de l’homme. Il porte fièrement un héritage de vérité, de courage civique et de réflexion éthique.







