Gary Conille, l’échec d’un rêve mal fagoté !

Gary Conille, l’échec d’un rêve mal fagoté !

Joel Leon

Boukan News,12/10/2024  – Gary Conille confia à ses proches, peu de temps avant de rentrer en Haïti pour recueillir le fauteuil de premier ministre, et je cite : « m pral foure zafe m nan bouda yo san grès ni kapot ». Cette unique et cynique révélation permet de comprendre ses relations houleuses avec les membres du CPT en dépit du fait que l’institution présidentielle lui avait remis le pouvoir sur un plateau d’argent. À partir de ce moment et avec un tel esprit, Conille s’était piégé à échouer. Pourtant, la primature faisait partie d’un plan stratégique pour le propulser vers le rêve fou de sa vie, devenir secrétaire général des Nations-Unies.

Gary ne souhaitait pas devenir président d’Haïti comme il le vantait au début, ses visées internationales étaient plus importantes que la première magistrature de l’État haïtien. Pour l’ancien premier ministre, qui a lamentablement échoué en deux occasions à la Primature, le pouvoir politique en Haïti est un trampoline qui devait faciliter son ascension au secrétariat général de l’ONU. Cependant, il n’avait pas une stratégie politique de réussite. Ce comportement de mépris à l’égard de ses chefs hiérarchiques du Conseil présidentiel de Transition expose son inhabilité de créer des ponts afin de générer un environnement de paix. Pourtant, l’objectif majeur de l’ONU est de :

« Maintenir la paix et la sécurité dans le monde.

Développer les relations amicales entre les nations.

Réaliser la coopération internationale sur tous les sujets où elle peut être utile et en encourageant le respect des droits de l’homme.

Être un centre où s’harmonisent les efforts des nations dans des objectifs communs.

(…) Promouvoir le développement durable. »

Du fait de ces deux retentissants échecs à la primature haïtienne (2011 et 2024), on est en droit de s’interroger sur la capacité politique et administrative de l’ancien premier ministre de gérer une organisation mondiale aussi complexe, polarisée et conflictuelle que l’ONU.

Gary Conille a fait ses armes professionnelles à travers des organisations internationales tantôt comme moyen et haut fonctionnaire, mais pas en tant que médecin. À rappeler qu’il est un gynécologue de profession, mais ses intérêts se trouvaient toujours ailleurs, il préférait jouer dans la cour des grands en guise d’être un « spécialiste de l’appareil féminin, des seins et des affections associées ». Après toutes ces années vécues au sein de l’ONU, il a subi les altérations coutumières inhérentes aux pratiques des entités internationalistes. Conille est imprégné par l’ensemble de pratiques qui consistent souvent à négliger l’aspect autochtone et indigène des nations du tiers-monde pour imposer des vues globalistes en totale disjonction avec la réalité ambiante. D’où la naissance de ce sentiment de supériorité qui habite presque tous les Onusiens et d’autres suppôts impérialistes, cela peut aider à expliquer plus profondément le comportement de Gary Conille par rapport aux conseillers présidentiels. Pourtant, la mission du premier ministre déchu a été rectiligne et faisable !

Le premier contrat de tout chef de transition politique est d’organiser des élections crédibles pour renouer avec la normalité institutionnelle et démocratique. Celui de Conille n’était pas différent et se résumait ainsi : élire les parlementaires (députés et Sénateurs), un nouveau président de la République et les représentants des collectivités territoriales. Cependant, il existe un problème majeur dans le pays, l’insécurité, ce qui rend tout à fait impossible l’organisation d’élections générales. Par conséquent, la lutte contre l’insécurité s’impose comme une priorité incontournable à tout dirigeant de l’État digne de ce nom.

Car, le département de l’ouest qui à lui seul constitue environ 40% de l’électorat est sous le contrôle des hommes lourdement armés. C’est aussi le même schéma pour le département de l’Artibonite, le deuxième plus grand centre d’électeurs de la nation. Il est inconcevable d’avoir des élections générales dans le pays sans que ces zones ne soient libérées de l’emprise des gangs. Gary Conille avait tout tenté au cours de cette deuxième expérience, excepté de faire du combat contre l’insécurité son unique priorité.

Il ne faut pas oublier qu’avant même son débarquement en Haïti de son job à l’UNICEF, Gary Conille avait promis à des proches aux Etats-Unis qu’il allait mater les neuf membres du CPT en dépit du fait qu’ils s’apprêtaient à le nommer premier ministre. Ces derniers furent totalement acquis à la cause du nouveau locataire de la « Villa d’Accueil ». D’entrée de jeu, Il s’était vendu comme un haut fonctionnaire qui a connu d’énormes succès dans des agences internationales de développement. Doté de compétences adaptées à la réalité socio-économique d’Haïti, Gary s’imposait comme l’homme du moment. De plus, il se dit avoir le support inconditionnel du gouvernement américain, le tuteur de la république d’Haïti. C’est dans ce contexte de sérénité et d’espoir qu’il arrivait à la primature pour prendre les rênes d’un pouvoir pluriel dans une société profondément en crise. Le peuple voyait en Gary la grande espérance qu’il avait perdu depuis le coup d’État du 28-29 septembre 1991, renouer avec cette perspective provoquait une joie silencieuse aux millions de jeunes et d’adultes sinistrés dans leur propre pays.

Cependant, c’était le comprendre mal, parce qu’à côté de ce sentiment de grandeur hérité de l’international, il faut souligner aussi l’élitisme de Gary Conille qui, pour des raisons politiques, porte hypocritement les habits de la plèbe. C’est ainsi que, en dépit de ses envolées verbales et son défilé militaire, il n’arrivait guère à développer aucune relation avec la population haïtienne. Le pire, c’est qu’il s’était associé avec l’ancien premier ministre Laurent Lamothe, un homme qui se trouve en cavale quelque part sur la terre et hautement haï en Haïti. Malheureusement, son père Serge Conille n’avait pas jugé bon de lui envoyer une lettre le mettant en garde contre ses mauvaises fréquentations !

Pour finir, au cours d’une conversation avec un ancien proche de Gary Conille, il a fait une remarque pertinente, et je cite : « Gary a été perçu comme le train de la dernière chance. Cependant, il n’avait pas compris, voire saisi cette manière de voir née des déboires centenaires de la gestion désastreuse de la politique locale pour remettre le pays sur la voie institutionnelle ». Pourtant, c’est exactement ce dont il avait besoin comme motivation pour changer irréversiblement les choses en Haïti et entrer dans l’immortalité. Ce succès alimenterait ses ambitions internationalistes de devenir secrétaire général de la plus puissante organisation internationale. Finalement, cet ami a apostrophé sa profonde déception en ces termes : « le train de la dernière chance a raté la gare ».

Ainsi a échoué Gary Conille à la primature comme s’il n’avait jamais été chef de gouvernement, mais un chef de section !

Joel Leon

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