Gare à une intervention militaire provoquée !
Quand l’artisan d’un malheur porte l’habit d’un sauveur.
Par Evens Fils, av.
Ouanaminthe, Haïti,10/12/2022 – Le 6 octobre 2022, le Conseil des Ministres a pris la décision d’autoriser le Premier Ministre (PM) Dr Ariel Henry à solliciter le déploiement d’une force spécialisée armée pour aider à résoudre la crise humanitaire à laquelle le pays fait face. Trois (3) jours plus tard, le PM a formulé ladite demande auprès de l’ONU. Le Secrétaire Général de l’ONU, António Guterres, a exhorté la communauté internationale et le Conseil de sécurité à examiner d’urgence la demande du Gouvernement haïtien paralysé par une situation sécuritaire dramatique et sous la menace du choléra tout en encourageant les acteurs haïtiens à un dialogue inclusif en vue de baliser l’avenir.
- Perplexe et interpellé par la démarche du Gouvernement, je me suis penché sur la question. Après avoir scruté les documents juridiques y relatifs et l’argumentaire du Gouvernement, je suis parvenu à l’irréductible conclusion que la résolution du Gouvernement haïtien est inconsidérée, inadéquate et intéressée. Au regard des circonstances, l’intervention militaire a été vraisemblablement provoquée. Cette mesure passera outre aux véritables causes des malheurs récurrents du pays. Sept (7) raisons majeures peuvent expliquer cet engagement gouvernemental disproportionné :
- Un Gouvernement de fait n’a pas la compétence pour engager le destin d’une nation. Gérer les affaires courantes par l’accomplissement des formalités non substantielles est son attribution.
1.1 Le Conseil des Ministres n’a aucune compétence pour mandater le Premier Ministre de fait à engager une force étrangère armée en Haïti. La sécurité nationale est une question régalienne et un corollaire de la souveraineté nationale. Elle implique parfois la suspension de certains droits fondamentaux des citoyens allant jusqu’à des mesures vraisemblablement liberticides. D’où les prescriptions de l’article 263.1 de la Constitution interdisant la présence d’un autre Corps Armé sur le Territoire national. Si la sécurité nationale d’un pays (la première mission de l’État) dépend inconditionnellement d’une force armée étrangère, en conséquence, l’existence de tout le pays et de tous ses concitoyens sont exclusivement à la merci de l’étranger. Si ce Gouvernement peut en décider ainsi, son pouvoir devient absolu. Qui peut le plus peut le moins. Donc, ce Gouvernement pourra arrêter quand il veut, emprisonner qui il veut, extrader, exproprier sans qu’il y ait jugement. Le Pouvoir judiciaire et les magistrats ne seront qu’un mirage. Après avoir accepté le pire sans condition, quand le moindre surgira, nous ne devrons pas nous en plaindre.
1.2 Les affaires courantes et les formalités non substantielles constituent le domaine de définition, le champ de compétence d’un Gouvernement de fait. Du point de vue du droit, il est illégal ; du point de vue de fait, il est illégitime. Cette décision ne compète qu’au consentement populaire représentatif ou direct. La théorie des fonctionnaires de fait ne s’étend pas aux incompétences des fonctionnaires, mais à ce qu’ils auraient pu faire s’ils avaient été réguliers. Quand des institutions qui représentent l’État ne sont plus, la souveraineté revient au peuple. Quand le mandataire n’est plus, le pouvoir du mandataire revient au mandant et non à ceux qui souhaitent s’en attribuer l’exercice. Tel est le fondement de la démocratie. Seul le peuple peut s’exprimer par des accords légitimes, responsables et publics. La Constitution, non-applicable à bien des égards, étant le premier des accords.
1.3 Le Gouvernement actuel n’est point dépositaire de la souveraineté nationale. Les Citoyens délèguent concomitamment l’exercice de la souveraineté nationale à trois (3) Pouvoirs. (Art. 59 de la Const.) Si la théorie du droit ne peut expliciter cette notion, les mouvements sporadiques des rues sont la démonstration du concept de souveraineté. L’actuel Gouvernement est constitué que de fonctionnaires nommés et non d’élus par le peuple. Ce Gouvernement est, de fait, le représentant d’une branche de l’Exécutif. (Art.133 de la Const.) En revanche, c’est le Président de la République qui négocie et signe tous Traités, Conventions et Accords Internationaux et les soumet à la ratification de l’Assemblée Nationale. (Art. 139 de la Const.) Lors même qu’Haïti avait un Président en fonction élu constitutionnellement, celui-ci ne saurait faire exécuter un traité/accord sans le consentement de la majorité des élus du peuple siégeant au Parlement. Et aucune habitude déloyale ne saurait supplanter le Droit.
1.4 Il en résulte donc, si un sujet de droit international accepte de contracter avec l’actuel Gouvernement de fait haïtien sur des objets relatifs à la souveraineté nationale, en dehors de l’expression de la volonté populaire expresse, c’est une violation scandaleuse visant à décrédibiliser le processus de maintien de paix dans le monde.
1.5 Les prescriptions de la Charte de l’OEA sont laconiques et tranchantes : « Chaque État a pour devoir de ne pas intervenir dans les affaires des autres États. Sous réserve des dispositions précédentes, les États américains coopèrent largement entre eux, indépendamment de la nature de leurs systèmes politiques, économiques et sociaux. » Art. 3 Charte de l’OEA. Mais qui peut engager l’État en Haïti aujourd’hui ?
1.6 « Aucun État ou groupe d’États n’a le droit d’intervenir directement ou indirectement, pour quelque motif que ce soit, dans les affaires intérieures ou extérieures d’un autre État. Le principe précédent exclut l’emploi, non seulement de la force armée, mais aussi de toute autre forme d’ingérence ou de tendance attentatoire à la personnalité de l’État et aux éléments politiques, économiques et culturels qui la constituent. » Art. 19 Charte de l’OEA.
1.7 « Le territoire d’un État est inviolable, il ne peut être l’objet d’occupation militaire ni d’autres mesures de force de la part d’un autre État, directement ou indirectement, pour quelque motif que ce soit et même de manière temporaire. »Art. 21.
- Recourir incessamment aux pays étrangers est une pratique répugnante du culte de l’irresponsabilité.
1.1 Les Gouvernements haïtiens s’abusent des demandes d’intervention militaire. Surtout, quand ils sont les artisans des troubles sociaux et politiques. En seulement un quart de siècle, nous avons connu presque toutes les missions onusiennes et tous les acronymes : MINUHA (1993-1996), MANUH (1996-1997), MITNUH (1997), MIPONUH (1997-2000), MINUSTAH (2004-2017), MINUJUSTH (2017-2019) ; et enfin BINUH qui contemple actuellement l’insécurité. La MINUSTAH était venue pour stopper les gangs, les « rat pa kaka » qu’on surnommait « chimè ». Après 15 ans, la MINUSTAH est partie. Mais les gangs sont encore là en « bandi legal ». Quelle est la différence ? Simulacre de paix non durable et instable, dette de la République créatrice d’autres interventions.
1.2 Dans une relation dominant-dominé, le dominé a une propension à aduler passionnément la solution du dominant, comme l’esclave à l’égard du colon, la victime vis-à-vis du bourreau. Certains ressortissants des pays en voie de développement ont conçu l’image d’un « blanc sauveur » qui apporte la solution à ses problèmes. Il faut nous défaire de cet imaginaire servile et déconstruire cette mentalité. C’est un prérequis nécessaire pour nous apprendre à nous responsabiliser dans la sphère publique. Personne ne fera à notre place la tâche qui nous est assignée. Dès notre entrée en fonction dans l’administration publique, chacun s’apprête à lapider la République dans l’espoir de faire appel aux étrangers en vue de s’affranchir des conséquences de son passif. Et les créances d’Haïti n’en finiront jamais !
- Dans la sphère publique, um mandat ne peut être illimité, ad vitam aeternam.
3.1 Dans le mandat contresigné des Ministres du Gouvernement, nous lisons expressis verbis: « Solliciter et obtenir des partenaires internationaux d’Haïti un support effectif par le déploiement immédiat d’une force spéciale armée, en quantité suffisante, pour stopper, sur toute l’étendue du territoire, la crise humanitaire causée, entre autres, par l’insécurité résultant des actions criminelles des gangs armés et de leurs commanditaires… » N’importe quel partenaire international ? Quantité illimitée ? Durée/délai ? Quelle est la compétence juridictionnelle de cette force ? Militaire, policière, paramilitaire, civile ? Elle dirigera les forces de Police ou l’assistera ? Elle sera subordonnée au Pouvoir Judiciaire ? Par devant quelle instance les membres de cette force sont-ils justiciables ? La commission ministérielle sera opérationnelle avant ou après la demande agréée ? Quelle négociation ou discussion sur les éventuelles modalités de la demande a précédé ce mandat ? De qui émanent les modalités ? Les conditions succèdent l’action ?
3.2 L’intervention militaire doit rester une mesure extrême saisie uniquement lorsque toutes les autres mesures ont été préalablement épuisées. A-t-on déjà tenté de geler les comptes des commanditaires des gangs ? A-t-on déjà le contrôle des ports, des marchandises importées et des bateaux accostés à la douane ? Pour ne pas compromettre le pouvoir public sous prétexte qu’il y a urgence, la création d’un traité ou accord international passe d’abord par la négociation, et les autres voies suivantes sont des conditions cumulatives : l’adoption du texte, l’authentification, la signature (À ce niveau, l’État n’est toujours pas engagé sauf s’il s’agit d’un traité en forme simplifiée.) ; la ratification, l’entrée en vigueur. Même s’il s’agissait d’un accord ou d’une convention dérogeant à l’une de ces voies, comme la ratification, avec la sécurité nationale comme objet, le consentement populaire est requis avant son application.
- Les interventions militaires se sont révélées presque partout inefficaces.
Pour notre gouverne :
4.1 Cette année, après dix (10) ans de collaboration, la junte militaire du Mali a mis fin à la coopération et rompu les accords militaires avec la France. Les militaires au pouvoir lui reprochent notamment des “atteintes flagrantes” à la souveraineté nationale et la violation des accords.
4.2 L’échec des Américains en Afghanistan est incontestable. Cet échec s’explique par une stratégie, entamée par le président Bush, mais ensuite poursuivie par le président Obama, basée sur l’usage de la force. Le soutien au développement a été très peu important au regard des sommes colossales affectées aux opérations militaires.
4.3 Après les attaques de 2001 sur les États-Unis, le Canada se joint à la coalition internationale mise en place pour détruire le réseau terroriste Al-Qaïda et le régime des talibans qui l’abrite en Afghanistan. Mais le Canada et ses alliés ne sont pas parvenus à les détruire, ni à sécuriser ou à stabiliser l’Afghanistan. Cette guerre a coûté la vie à 165 Canadiens.
4.4 Le choléra importé par une mission de l’ONU, la MINUSTAH : environ un million de victimes. Le jeudi 1e décembre 2016, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a reconnu avoir ravagé Haïti avec l’épidémie de choléra et a déclaré : « Nous nous excusons auprès du peuple haïtien. Nous sommes profondément désolés pour notre rôle. » Des victimes n’ont pas été réparées. Corruption, pauvreté, pénurie de produits essentiels, élections frauduleuses, insécurité est le bilan que la MINUSTAH a laissé au pays. Le mardi 15 octobre 2019, le Conseil de sécurité de l’ONU a mis fin à quinze (15) années d’opération en Haïti. Les deux missions, MINUSTAH et MINUJUSTH, avaient pour mandat d’assurer la stabilité et la paix. Pourtant, elles quittent le pays ravagé par des crises d’instabilité.
4.5 Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et contre celui-ci (Nicaragua c. Etats-Unis d’Amérique). Dans cet arrêt de droit international, le 27 juin 1986, la Cour Internationale de Justice a condamné les Etats-Unis. Elle a indiqué que le droit à la souveraineté et à l’indépendance politique que possède le Nicaragua, comme tout autre État, devait être pleinement respecté, sans être compromis par des activités contraires au principe du non-recours à la menace ou à l’emploi de la force et au principe de non-intervention dans les affaires relevant de la compétence nationale d’un État. La Cour a en outre dit que les Etats-Unis avaient violé certaines obligations d’un traité bilatéral d’amitié, de commerce et de navigation de 1956 et commis des actes de nature à priver celui-ci de son but et de son objet.
- Les révélations fracassantes d’un représentant de l’OEA en Haïti sont encore d’actualité : « Haïti est l’échec de l’aide internationale…. Quand le taux de chômage atteint 80%, il est insupportable de déployer une mission de stabilisation. Il n’y a rien à stabiliser et tout à bâtir. »
5.1 Ricardo Seitenfus est un envoyé spécial du Brésil en Haïti et ex-chef de bureau de l’OEA à Port-au-Prince, professeur de relations internationales. En 2015, dans son ouvrage intitulé : « L’échec de l’aide internationale à Haïti.
Dilemmes et égarements », il a livré ses confessions sur Haïti et a mis à nu les magouilles de l’International.
5.2 « Ces messieurs se comportent en terrain conquis. Il leur arrive parfois d’être irrévérencieux à l’égard des autorités constituées. En fait, ils prospèrent de cette manière parce qu’ils tombent souvent aussi sur les lâchetés de nos dirigeants. Certains d’entre eux n’hésitent pas à monter sur les ondes pour commenter, critiquer, …multiplier des remarques sur la politique du gouvernement ».
5.3 « Avant une réunion du palais national pour traiter du problème prétendument insoluble de la composition du Conseil Electoral Provisoire (CEP), une rencontre préalable a eu lieu en présence de représentants de l’Union européenne, des États-Unis, Cherry Mills, de l’ONU Edmond Mulet, de la France le BRET, de L’OEA moi-même. Sur la suggestion de l’ambassadeur Canadien Gilles Rivard, il fut décidé d’acculer Préval…
5.4 Le représentant des États-Unis a laissé entendre qu’il pourrait éventuellement accepter la présence de la République dominicaine, mais en aucun cas de Cuba. Le représentant du Canada avait une attitude encore plus radicale et dépourvue de toute considération : il refusait la présence des deux États (Cuba et Venezuela avec Hugo Chavez ».
5.5 « L’incapacité technique et humaine et matérielle qui caractérise la police nationale haïtienne et l’embargo sur les armes auquel est soumis Haïti expliquent les défaillances en termes de lutte contre le crime organisé ». Quant à la MINUSTAH, elle n’est non plus à la hauteur du défi à cause de son profil majoritairement militaire. La police des Nations unies a présenté de faibles résultats malgré l’engagement de plus de 2600 professionnels.
5.6 « Le système de prévention des litiges dans le cadre du système onusien n’est pas adapté au contexte haïtien. Haïti n’est pas une menace internationale. Nous ne sommes pas en situation de guerre civile. Haïti n’est ni l’Irak, ni l’Afghanistan. »
5.7 « L’ONU échoue à tenir compte des traits culturels. Résumer Haïti à une opération de paix, c’est faire l’économie des véritables défis qui se présentent au pays. Le problème est socio-économique. Quand le taux de chômage atteint 80%, il est insupportable de déployer une mission de stabilisation. Il n’y a rien à stabiliser et tout à bâtir. »
5.8 « Haïti est un des pays les plus aidés du monde et pourtant la situation n’a fait que se détériorer depuis vingt-cinq ans. Pourquoi ? (Après 12 janvier 2010). Malheureusement, on a renforcé la même politique. Au lieu de faire un bilan, on a envoyé davantage de soldats. Il faut construire des routes, élever des barrages, participer à l’organisation de l’Etat, au système judiciaire. »
5.9 « Certaines ONG n’existent qu’à cause du malheur haïtien. L’âge des coopérants qui sont arrivés après le séisme est très bas ; ils débarquent en Haïti sans aucune expérience. Et Haïti, je peux vous le dire, ne convient pas aux amateurs. »
- L’International a pris trop d’engagement avec le Gouvernement. Les ressources minières sont menacées.
6.1 Pourquoi les conventions, contrats ou accord signés avec Haïti ne sont pas rendus publics ? La Banque Mondiale, le FMI, les pays partenaires, ignorent-ils qu’il s’agit d’un Gouvernement de fait et que la signature du Conseil des Ministres est restreinte, que les contrats irréguliers peuvent être contestés par ceux qui en auront intérêts ? Comment les partenaires d’Haïti ont-ils pu financer les activités budgétivores à neuf chiffres de la MINUSTAH ? Pourquoi le projet de budget de la MINUSTAH en 2016 valait 865 313 000 dollars US contre 122.67 milliards gourdes, le budget d’Haïti ? Avec un taux de 62 gourdes pour un dollar américain, le budget de la MINUSTAH équivalait près de la moitié du budget de l’État haïtien Donc, ce que MINUSTAH dépensait représentait près de 50% du budget national. D’où provenaient annuellement ces sommes colossales si Haïti ne pouvait pas s’autofinancer ?
6.2 Quid des mines ?
Aujourd’hui, Haïti regorge de ressources naturelles. C’est un pays d’un riche sous-sol, ont clairement établi les rapports scientifiques officiels notamment : « INVENTAIRE DES RESSOURCES MINIERES DE LA REPUBLIQUE D’HAITI », « Notice explicative de la carte du potentiel minier et énergétique d’Haïti ». En décembre 2012, le Bureau des Mines et de l’Energie (BME) a délivré les premiers permis d’exploitation à deux compagnies canadiennes (Eurasian Minerals et Ressources Majescor) et à une compagnie américaine (VCS Mining qui serait appartenue à la famille Clinton), sans qu’aucune information ne soit divulguée sur leurs modalités, ni qu’aucun débat public n’ait eu lieu. Face au manque de transparence du BME, en février 2013, le Sénat a adopté une résolution demandant au pouvoir exécutif de surseoir toute activité minière d’exploration et d’exploitation. Le Sénat, un obstacle pour l’International !
De nos jours, l’exploitation minière continue. De manière artisanale ou industrielle ? On n’en ignore la nature réelle. Mais elle se fait à l’abri des regards. Le commerce de l’or est répandu au Mont-Organisé. J’en ai vu. Les photos sont disponibles. Comment expliquer cette coïncidence ? Des compagnies canadiennes et américaines avaient été autorisées à exploiter le sous-sol haïtien. Aujourd’hui, ce sont les Canadiens et les Américains qui se proposent de diriger l’intervention militaire dans un pays si pauvre. Les ressources minières en seront-elles la contrepartie ?
Pour notre part, j’espère que l’aide humanitaire ne se transformerait pas en crime humanitaire avec la multiplication des émeutes de la faim. Car les gangs en Haïti sont façonnés par les acteurs économiques et favorisés par la faim. La misère et la désorganisation sociale et institutionnelle sont de pires ennemis des Haïtiens qui ne peuvent être combattus par la force militaire. J’espère que les forces étrangères n’auront pas pour mission de protéger des sites et des convois de mines. De l’état actuel où l’arbre cache la forêt, j’espère que les Haïtiens ne seront pas décimés, les yeux arrachés, les femmes violées, les enfants brûlés comme les Indiens de Quisqueya en 1492 et les nègres de Saint-Domingue en 1625. J’espère que l’intérêt cesse d’être le mobile de toute action humaine.
- L’International soutient le Gouvernement de Ariel Henry dans ses excès politiques et son opacité
7.1 Au fait, il est une vérité indéniable que le Gouvernement américain et le Gouvernement canadien supportent le Gouvernement de Ariel Henry. Ensemble, ils acceptent de perturber le pays. (Cette idée n’est pas mienne, mais celle d’un envoyé du Département d’État Américain). De manière inédite, l’émissaire américain en Haïti Daniel Foote, témoin oculaire de nos malheurs et mandataire du Gouvernement américain, condamne l’ingérence des États-Unis dans la politique haïtienne. Il affirme tout de go que ce sont les Etats-Unis qui soutiennent le Premier ministre haïtien Ariel Henry. « Nos interventions politiques en Haïti n’ont jamais fonctionné. […] Je me sens responsable. Nous avons toujours priorisé la stabilité sur les causes profondes de l’instabilité […] »
7.2 A présent, une intervention militaire basée sur un pronostic de recrudescence du cholera semble loin d’être justifiée. Onze (11) cas de choléra en Haïti contre 200 morts au Cameroun et 107 décès en RDC et 6 692 cas suspects. Or, la famine dans les prisons haïtiennes est plus mortelle que tous les cas de choléra réunis. 2,6 millions d’Haïtiens ont besoin d’une assistance humanitaire sur une population d’environ 11 millions d’habitants en 2019 (CARE International, 2019 ; World Bank, 2019). Pourtant, on n’avait pas imaginé une intervention humanitaire signée de tous les Ministres pour résorber la famine. Les sources officielles sont claires que l’ONU est à l’origine du cholera en Haïti. Pourtant, le Gouvernement haïtien sollicite le retour de l’ONU en Haïti à cause du retour du choléra en Haïti. Quel paradoxe grotesque ! Cause-effet ou effet-cause ? « Sanble gen yon moun ki gen bokal Kolera a nan men’l. » Il est de principe que nul ne peut profiter de ses propres turpitudes. Il est insensé que ceux qui ont fabriqué ce chaos (ou pour le moindre favoriser) se présentent aux victimes comme leur solution.
7.3 Par quel pays, quelle banque transitent les millions de dollars ? Qui achètent les armes à feu qu’utilisent les gangs ? Qui sont responsables des marchandises à bord des bateaux en provenance des Etats-Unis ?
7.4 Quelle était la responsabilité du président américain Bill Clinton ou de son Gouvernement quand il a affirmé, impunément et sans crainte, avoir sapé la capacité de production agricole en Haïti : « C’était une erreur à laquelle j’ai contribué. Je dois vivre chaque jour avec les conséquences du fait qu’Haïti ait perdu la capacité de produire du riz pour nourrir sa population, à cause de ce que j’ai fait, moi et personne d’autre. » Combien de millions a-t-il versé à Haïti en guise de réparation ? Au contraire, Bill Clinton a été trouvé si aimable qu’aucune suite ait été donnée à cette catastrophe.
7.5 Aujourd’hui encore, l’on se demande où est le rapport public de toutes les aides financières internationales reçues par la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH), coprésidée par Bill Clinton en 2010 ? Haïti ne peut pas consommer tous les millions volatilisés (CIRH, fond Petrocaribe, produits pétroliers, franchises douanières, ressources minières, transfert de devises) où sont passés tous ces argents ? Dans quelle banque étrangère sont-ils transférés ? Combien d’étrangers sont bénéficiaires de ces fonds disparus, détournés ?
- Il y a urgence d’un retour à la paix sociale
- Devant l’apathie d’un Gouvernement, nous devons mettre en déroute le triangle politique mortel : a) oligarques véreux/représentants de l’International ; b) les politiciens apatrides ; c) les gangs. Ces derniers sont les moins dangereux et sont parfois victimes des deux autres.
- Nous sommes d’accord qu’il faut mettre fin aux activités des gangs. Mais, nous sommes en désaccord sur la méthode. Au fait, la solution haïtienne se cristallisera si elle provient des Haïtiens. En voici des orientations :
- Identifier les gangs et leurs commanditaires ;
- Dénoncer, arrêter et juger les gangs, leurs commanditaires et ceux qui détournent les fonds publics ;
iii. Non- distribution réelle des armes et des munitions dans les douanes, les ports et par les particuliers ;
- Reprise du contrôle par l’État de l’Energie, les franchises douanières, les ressources minières ;
- Réforme et épuration du personnel judiciaire et policier. Il nous faut des hommes tissés de courage, d’intégrité et de compétence. Ils sont peu, mais il en existe ;
- Renforcement des capacités de la Police et de la Justice répressive ;
vii. Création de deux nouvelles prisons de haute sécurité ;
viii. Entraide judiciaire, coopération internationale, assistance technique, expertise policière et militaire étrangère sous les auspices de la Justice et la Police (pour un nombre spécifique d’arrestations, de procès dans un temps X). Gel des avoirs des commanditaires et des responsables des Banques. Le signal de la fin du règne de la corruption et de l’impunité aurait été donné. Dans cette forme de coopération : a) Pas de vis-à-vis comme sujet de droit international ; b) Tout sera sous le contrôle de l’État Haïtien ; c) Les experts seront sous les ordres de la Justice et de la Police ; d) Les experts sont justiciables par devant les Cours et Tribunaux haïtiens ; e) Toutefois, il seront tenus d’agir suivant les normes professionnelles, la loi et leur conscience ; de dire toute la vérité envers et contre tous ; de dénoncer tout écart ou infraction d’un responsable par devant les instances nationales ou internationales ;
- Mesures urgentes d’amélioration des conditions sociales et économiques (subvention partielle du carburant et reprise de la vie économique). L’État jouera véritablement son rôle de régulateur en proportion suffisante et l’arène sera toujours disponible pour ceux qui font la course aux millions.
- Mesures de transparence et de reddition de compte dans l’administration publique. Le pouvoir au peuple !
- Une position suggérée
- De tout ce qui précède, « l’exemple n’est pas la seule façon d’éduquer, mais l’unique », pour reprendre l’autre. On ne construit pas un pays en ressassant des discours séducteurs et rébarbatifs, mais par l’exemple dont les effets s’étendront sur plusieurs générations. Si la Justice et la Police ne sont pas renforcées, les procès emblématiques ne sont pas tenus, les coupables ne sont pas condamnés, si l’Energie et la Douane sont confiées aux caprices du lucre, si la transparence et la reddition de compte ne deviennent pas des lois en Haïti, alors, aux prochaines élections, le Président du Conseil Électoral Provisoire s’exclamera impunément : « celui qui est élu Président n’était qu’à la sixième place. Mais j’ai dû accepter à cause des pressions de la communauté internationale. » Alors, les gangs ressurgiront de plus belle et les interventions militaires reviendront à leur terre promise, Haïti chérie !
- Quant aux décideurs politiques actuels, ils doivent s’infliger la responsabilité de l’échec Haïtien. Vous ne vous êtes pas acquittés de vos devoirs. Si un enfant meurt de faim, son parent est indigne de lui demander de refuser un plat contaminé de son voisin. Des deux côtés, le mal est infini. Aux jeunes d’aujourd’hui de créer une troisième voie : « je m’en donne à manger ». Ainsi sont nées les grandes nations qui ont frayé une voie dans le sentier de l’impossible.
- Quant aux ressources minières, je crois qu’il faut exploiter notre potentiel en faisant appel intelligemment aux experts. Cela se fera dans la transparence, dans l’intérêt public de la nation et suivant un document préalablement et minutieusement examiné et publiquement débattu. Mais l’entreprendre à l’abri des regards, le consacrer par une intervention militaire signifie qu’il n’existe plus de défenseurs publics en Haïti.
- Par ailleurs, il existe une conception erronée très répandue selon laquelle les étrangers ont des amis en Haïti qui sont que des corrompus. Attention ! Les Américains, les Canadiens n’ont pas d’amis. Ils n’ont d’affection ni pour X honnête, ni pour Z malhonnête. Ils n’ont ni amour, ni haine contre l’Haïtien. Ils n’ont formé ni projet heureux, ni projet malheureux sur Haïti. Détrompez-vous ! C’est la loi des intérêts qu’ils défendent normalement comme dans une jungle. Ils n’ont pas une vision politique unique du monde. Les Américains n’ont pas hésité à assassiner l’un des plus grands présidents américains, Abraham Lincoln. Que vous soyez heureux ou malheureux, seuls les intérêts américains priment.
Les Américains ont tellement de préoccupations mondiales (dissensions internes, impact de la guerre en Ukraine, Energie, Économie, Chine, Corée du Nord, la concurrence internationale, etc.), un pays comme Haïti ne saurait être leur priorité. Peut-être, ils vont essayer pour satisfaire des manitous qui se cachent derrière le rideau, sous le contrôle de diplomates les moins capables. Mais ils n’assumeront guère leur échec en Haïti. Au fait, ils n’échouent point lorsque leurs intérêts sont jalousement protégés et les coûts astronomiques des missions ne leur sont pas imputables.
- Au fait, le drame haïtien est fondamentalement économique, social et judiciaire. Il n’est pas armé. Il n’y a pas de bandes armées autonomes en Haïti. Elles sont payées par des hommes d’affaires et des politiciens afin de sauver leur quotidien affamé. Si la solution de la communauté internationale ou d’un pays ne prend pas en compte la nature réelle du conflit haïtien, elle va créer des conflits plus aigus au bout du compte. Toutes les nations de la terre ont un mode d’être unique et irremplaçable. Chaque peuple est habité inconsciemment par un instinct naturel et populaire : le « concept de Volksgeist». Les Haïtiens ont un sens bien singulier de la communauté. Ils ne le choisissent pas.
- En définitive, la décision du Conseil des Ministres est arbitraire. C’est un violent excès de pouvoir. Le Conseil des Ministres ne doit pas engager le destin de la nation, ensuite, feindre un consensus dans le souci de conserver le statu quo indésirable. Seules les affaires courantes de l’État compètent à un Gouvernement de fait. Si le peuple a besoin d’une aide humanitaire, il le négociera dans les conditions qui lui conviennent et dans le respect de sa souveraineté. Les conditions criminelles donnant lieu à une intervention militaire ont été générées par le comportement irresponsables des autorités haïtiennes sous le silence objectif de l’International. (Raretés artificielles, kidnappings simulés et réels, taux de change, franchises douanières, ressources minières, etc.). Les complices du malheur du peuple haïtien ne sauraient concourir à son bonheur sans une reddition de compte préalable assortie de l’imputation des responsabilités. Le peuple a compris le jeu sordide et honteux d’un État défaillant qui se déleste de toute responsabilité. Mettons fins à notre autodestruction.
- En vérité, de notre lâcheté collective, l’international a contribué au malheur de notre pays. « Se sòt ki bay, enbesil ki pa pran ». Mais, au fait, c’est nous qui en sommes les véritables responsables. A présent, pensons collectivement solution qui résultera de la volonté réelle et engagée des acteurs sous les auspices de leaders désintéressés et compétents. Dans notre impasse constitutionnelle, reconstruisons le pays suivant les principes généraux de droit et la légitimité populaire. Que disparaissent nos intérêts individuels pour que ceux du pays prévalent. Si nous refusons de trouver un accord, bon gré mal gré, un accord sera trouvé contre nous. Et le déshonneur que nous craignons sera notre quotidien.
Evens Fils, av.
Bâtonnier de l’Ordre des Avocats de Fort-Liberté.





