Fanmi Lavalas se démarque de l’Accord de Montana !
Par Joel Leon
On peut dire ce qu’on veut de l’organisation politique de l’ancien président Jean B. Aristide, Fanmi Lavalas, mais elle a toujours affiché une certaine cohérence dans ses prises de position publiques. Jeudi dernier, j’ai communiqué à un haut-gradé de Fanmi Lavalas sur la nouvelle position de l’organisation, il a ri sans donner de réponse. J’avais compris et le presentment était renforcé qu’il y avait anguilles sous la roche.
Cet après-midi, la note de l’organisation Fanmi Lavalas est tombée comme une bombe atomique. Elle n’a pas passé par 4 chemins pour dire clairement qu’elle a claqué la porte, et je cite : « …afin de rester cohérente avec sa ligne en accord avec les desiderata de la population, se voit obligée de faire le retrait de ses membres Joël-Edouard Vorbes et Jodson Dirogene du Conseil National de Transition, dès réception de la présente ». Donc, Fanmi Lavalas se désolidarise de l’initiative, dite de Montana !
Pour les initiés de la politique haïtienne, c’était prévisible. D’abord, revenons en arrière pour comprendre ce qui se passe actuellement. Au départ, l’organisation d’Aristide n’adhérait pas à l’Accord de Montana. A la stupéfaction de tout le monde, les braves hommes et femmes du parti faisaient une volte-face pour s’inscrire dans la logique de la bande à Marie Denis Comeau. D’après certaines informations, ce serait à la suite de la demande du groupe parlementaire noir américain, « Black Caucus », que les responsables politiques Lavalas s’incorporaient à l’initiative. À noter que sa position antérieure a toujours été un gouvernement de « Salut Public ». Arrêtons un peu autour du concept « Salut Public ».
Dès qu’on parle de « Salut Public », on se réfère à l’hiver et printemps de 1793, à Paris, en France. Alors qu’on venait d’abolir la royauté, le roi Louis XVI lui-même fut détenu et exécuté plus tard, le 26 janvier 1993. C’était aussi la fin de la période de « terreur » et celle de « Robespierre ». Ainsi, la première république Française avait pris naissance, « dans le sang et la sueur ». Bertrand Barère, l’un des chefs de file des révolutionnaires, définissait ainsi le rôle du comité de Salut Public : « …Le comité que vous avez organisé, dit-il, ne peut pas travailler efficacement au salut de la patrie. Nous délibérons beaucoup et nous agissons peu. Votre comité est un club… Dans tous les pays, en présence des conspirations flagrantes, on a senti la nécessité de recourir momentanément aux autorités dictatoriales, à des pouvoirs supra-légaux ». Ce passage en gras faisait peur aux animateurs de la classe politique haitienne. Car, ce moment historique français fut marqué par le règne de la terreur. Ils invoquaient cette raison pour rejeter la proposition de Fanmi Lavalas, parce qu’en fait, il n’y avait pas eu même un processus révolutionnaire, voire une révolution en Haïti. Donc, la position de Fanmi Lavalas était considérée irréaliste et inadaptée aux événements du temps, donc sans avenir.

Revenons à la note de Fanmi Lavalas. Il est mentionné que FL « …saisit cette opportunité pour leur rappeler les préoccupations soulevées dans sa lettre en date du 6 décembre 2021 restée sans réponse, préoccupations qui ont à nouveau fait l’objet d’une rencontre de mise au point avec le BSA, le 23 janvier 2022 ». En filigrane, Fanmi Lavalas était écartée et ignorée de toutes les grandes décisions prises par le BSA. Un comportement que Jean B. Aristide et Co. Ne digèrent pas. Car, ils croient fermement que leur organisation représente la plus grande force politique nationale. De ce fait, certains traitements ne seront pas tolérés.
Il faut noter aussi, qu’une grande partie de la composante de l’Accord de Montana joua un rôle de premier plan dans la contestation qui jetait Aristide du pouvoir, le 29 février 2004. Tout de suite après le boycottage de la célébration du bicentenaire de l’indépendance nationale, un projet très cher à Aristide et au peuple haïtien. Cette « veine est toujours ouverte », on n’a jamais essayé de la fermer, en s’engageant à vider les contentieux au profit d’un nouveau départ. Donc, le climat de collaboration était pollué d’antécédents malheureux, dont Mme Magali Comeau Denis fut l’une des fers de lance, toutes les conditions étaient réunies pour que la disjonction soit produite.

Ensuite, il y a le cas de Fritz Jean. Ce dernier, quoique d’obédience Lavalas, n’entretenait plus de bonnes relations avec Aristide. On m’a rapporté qu’au cours de l’année 2003, il avait très peur pour sa sécurité, c’était l’ancien député de Pilate/plaisance, Theodore Saintilus, qui avait arrangé son exfiltration précipitée vers la république Dominicaine. Fritz Jean prétendait à l’époque que les gens d’Aristide voulaient l’éliminer physiquement !
Il y a aussi la conjugaison de la politique au temps présent. Tous les indices démontrent que l’Accord de Montana a très peu de chance de faire succès, c’est-à-dire d’accéder au pouvoir. Et ceci en dépit de la mise en place de tout un système transparent, ouvert et inclusif tapissant la voie vers la présidence. Parce que, fondamentalement, le BSA a un déficit de légitimité, même s’il étale une certaine représentativité au niveau de la petite bourgeoisie, des couches populaires et syndicales. Cependant, la légalité fait beaucoup défaut au projet de Montana et, c’est très malheureux de voir de si belles têtes politiques s’engager dans une entreprise irrégulière pareille qui n’accouche pas d’une petite souris.
Les dirigeants de « fanmi Lavalas », « Yo pa Egare », ils savent lire entre les lignes et ont des contacts internationaux de haut niveau à l’intérieur de l’establishment du parti démocrate au pouvoir aux Etats-Unis. Et, Aristide connaît personnellement le poids de la république étoilée dans la balance des grandes décisions politiques concernant Haïti. Il en avait l’expérience en deux grandes occasions, « Il avait vécu dans le ventre de la bête, il connaît ses entrailles ». D’ailleurs, le sous-secrétaire d’état pour l’hémisphère américain, Mr Brian

Nichols, l’avait dit haut et fort jeudi dernier, au cours d’une rencontre avec le groupe « Faith In Action », version haïtienne, que les responsables de Montana qui disent prioriser une solution haïtienne à la crise, paradoxalement ils attendent à ce que les Etats-Unis renversent Ariel Henry du pouvoir à leurs profits. C’était une couche d’eau froide, mais ces mots étaient nécessaires pour remettre la pendule à l’heure, maintenant les dirigeants de Montana font face à la brutalité de la « Real Politic » !
J’ai évoqué toutes ces considérations pour expliquer les fondements de la décision hautement politique de Fanmi Lavalas de se retirer de l’Accord de Montana. La crise ne fait que perdurer, bonne chance au pays !
Joel Leon






