États-Unis d’Amerique: “If You broke it, you own it”! (Si tu l’as cassé, tu le possèdes)
Par Joel Leon
L’échec d’Haïti est la responsabilité directe des États-Unis d’Amérique. L’immixtion américaine dans les affaires politiques et économiques d’Haïti, depuis leur occupation en 1915 à aujourd’hui a conduit le pays à l’effondrement. Avant cette malfaisante tutelle, Haïti n’a jamais été dans cet état lamentable. Il est vrai que Haïti avait toujours eu de grandes difficultés économiques et sociales certes, mais de temps à haute le pays produisait toujours des citoyens et des intellectuels intègres capable de diagnostiquer le mal, faire des propositions de prendre en charge de la nation afin de changer les pratiques obscurantistes. On a connu Sylvain Salnave, Lysius Félicité Salomon Jeune, Antenor Firmin, Rosalvo Bobo…tous avaient tenté de sortir le pays de l’ornière du sous-développement, voire de l’intégrer dans la modernité. Cependant, l’invasion de 1915, suivie de l’occupation de 19 ans a mis en déroute la moule qui donnait naissance à des hommes et femmes symbolisant intégrité et patriotisme.
Les 29 ans de la dynastie duvaliérienne fut supportée par les États-Unis jusqu’au 7 février 1096. Les multiples gouvernements militaires qui succédaient à la dictature jouissaient tous du soutien américain, en dépit des massacres commis, des violations systématiques des droits de l’homme, de la corruption pratiquée à grande échelle, et du mépris du droit.
Finalement, le 16 décembre 1990, dans un élan national et patriotique, le peuple haïtien avait voté massivement son candidat de préféré, Jean-Bertrand Aristide, avec plus de 67% de voix. L’administration américaine de l’époque, dirigée par George Walker Bush, désapprouvait le choix populaire. Quand l’ambassadeur Alvin P. Adams déclarait aux votants que « Aprè bal tanbou lou », un proverbe créole qui exprime le malheur qui attend quelqu’un, tout le monde avait déjà compris que les jours d’Aristide étaient comptés.
Chose dite, chose faite. Dans la nuit du 29 au 30 septembre 1991, l’armée d’Haïti, une institution fondée pendant l’occupation américaine, équipée, entraînée et financée par les États-Unis, mit fin à l’expérience populaire. Pendant les 3 ans d’exil d’Aristide et de lutte pour le retour à l’ordre démocratique, 5000 personnes furent tuées par les militaires. Finalement, la nouvelle administration de Bill Clinton ramena la légitimité constitutionnelle en Haïti, le 15 octobre 1994. Cependant, il avait pris le soin d’accompagner le président avec plus de 20.000 soldats de l’armée américaine.
Le 29 février 2004, l’année du bicentenaire de l’indépendance nationale, l’armée américaine et française envahissaient encore une fois le pays. Depuis lors, c’est le règne de la démence en Haïti. Le kidnapping, une pratique qui ne faisait pas partie des mœurs et coutumes haïtiennes s’étend dans toute la capitale. Le pays est militarisé sans une armée régulière, de façon à devenir une menace pour les autres pays de la région caraïbéenne. Pourtant Haïti ne fabrique pas d’armes ni de munitions. Le vol et le pillage s’instaurent en pratique normale de gouvernement. Ainsi, depuis le départ forcé d’Aristide du pouvoir le 29 février 2004, tous les gouvernements qui se succédèrent, de Boniface-Latortue à l’actuel Premier ministre de facto Ariel Henry, tout en étant des marionnettes de Washington, ils jouissent tous de l’appui inconditionnel des États-Unis.
Sous l’œil bienveillant de l’Amérique, Haïti poursuit sa rapide descente en enfer. Aujourd’hui, frappé par le désespoir, le peuple haïtien refuse de vivre dans cette « prison à ciel ouvert ». Les Haïtiens prennent la fuite. Ils investissent toutes les terres de l’hémisphère, du nord au sud et de l’est à l’ouest. Avec une destination finale, les États-Unis, le premier responsable de son malheur. Ils étaient 25.000 sur la frontière mexico-américaine. L’administration Biden les rejette avec mépris et humiliation, ils se refoulent vers le Mexique. La République du Panama vient d’annoncer que 80.000 réfugiés sont en route, 75.000 sont des Haïtiens. Ils avancent avec détermination et résolution vers les États-Unis, « la terre promise ».
Personne n’arrive à comprendre le comportement du gouvernement américain par rapport à Haïti. Il est toujours du mauvais côté de l’histoire. Pendant ce temps, aucune décision n’est possible en Haïti sans la validation de l’oncle Sam. Le choix du président, du premier-ministre, des ministres, des parlementaires, du chef de police…tout doit passer par la mission diplomatique américaine en Haïti. Donc, l’échec d’Haiti est l’échec américain.
Haïti, au cours des années, est devenue une obsession à l’establishment américain. Nul n’a épargné Haïti, démocrate ou républicain. Même quand le pouvoir était occupé par Barack Obama, le premier président noir des États-Unis. Puisque c’était sous l’administration de ce dernier que l’argent de la reconstruction d’Haïti après le séisme dévastateur du 12 janvier 2010 fut gaspillé par les Clinton. C’était aussi sous son administration que les Clinton ont imposé face à Mirlande Manigat, une professeur d’université, ancienne sénatrice et première dame de la République, le chanteur de la musique compas comme président d’Haïti. Ce qui fait, du musicien immoral, arrogant et incompétent au « nèg bannan », comme le veut les États-Unis, Haïti poursuit sa descente aux enfers.
On n’a jamais laissé au peuple haïtien la possibilité de prendre son destin en mains. Quand il s’arroge le droit d’élire un président, on l’a chassé du pouvoir avant la fin de son mandat. Le gouvernement américain a toujours fait choix des conquis pour placer au pouvoir en Haïti. Ces énergumènes ne faisaient rien que déstabiliser le pays d’avantage. Quand ils finissent par comprendre le jeu coquin du puissant voisin du nord, on les écarte « by any means necessary ».
Aucun pays dans la zone, à l’exception de la république populaire de Cuba, n’a jamais eu de relations aussi mouvementées et néfastes avec les États-Unis que la République d’Haïti. Il y a des spécialistes des questions américaines qui pensent que « le péché d’Haïti est de se trouver à quelques kilomètres des côtes des États-Unis », d’autres estiment que c’est le spectre du 1er janvier 1804 qui continue à hanter Haïti. Quel que soit la motivation, le résultat est catastrophique pour les 12 million d’âmes qui vivent en Haïti.
En ce sens, les États-Unis d’Amérique ont une responsabilité morale d’aider Haïti à se relever de la débâcle dans laquelle elle se trouve. Parce que la complicité de toutes les administrations politiques américaines est évidente et documentée dans le déraillement du pays. Ainsi, renvoyer les immigrants haïtiens qui fuient l’atroce misère qui s’installe chez eux, est un acte de plus qui prouve que l’inconscience du mal fait contre Haïti est beaucoup plus opaque. Surtout après l’énigmatique assassinat du président Jovenel Moise et le séisme meurtrier du mois d’aout dernier, l’administration de Biden devrait montrer de la compassion, de la sympathie, d’humanité, de la solidarité en permettant aux haïtiens de séjourner ici aux États-Unis.
Que l’Amérique change de politique par rapport à Haïti. Qu’elle cesse de supporter des voleurs et criminels au pouvoir dans le pays ! Qu’elle laisse au peuple haïtien la liberté de choisir ses propres dirigeants.
Joel Leon






