ET S’IL S’AGISSAIT D’UN SCÉNARIO SORTI DU LABORATOIRE DE MARTELLY ?
Par Duverger Altidor
Virginia, USA – L’année 2022 vient de démarrer sur les chapeaux de roues pour Haïti. Comme si les cortèges de spectacles délétères, ponctuant son quotidien ne suffisaient pas ; sitôt entamé, le nouvel an commence par un drame, où plutôt une situation qui aurait pu déboucher sur une catastrophe, ou mieux encore on croirait assister à un film, un montage, un scénario dont le contenu semble être fraîchement sorti d’un laboratoire, afin de détourner les projecteurs sur eux.
De ces spectacles sordides, exécutés par des personnages allégoriques—allant de politiciens aux bandits armés—-on en est très accoutumés. Car, depuis l’avènement des “Tèt kale” au pouvoir, l’écosystème sociopolitique du pays se transforme en un vrai cirque où des politiciens évoluent comme des clowns. Oui, vous avez bien lu, la terre de Jean Jacques Dessalines est devenue un amphithéâtre où défilent des bouffons en costume d’apparat, exécutant leurs pantomimes à longueur de journée “tét kale bobis”
La liste de ces saltimbanques participant à ce cirque grandit exponentiellement. Chaque jour, on en voit de nouveaux visages, de nouvelles identités. Le dernier en date n’est autre que le Premier ministre lui-même à qui nous attribuerions le prix de clown de l’année, pour avoir su exécuter sa partition non sans un certain brio, puisqu’un nombre important du public y ajoute foi. Sauf que cette fois le décor n’est pas Port-au-Prince, mais plutôt la ville historique et rebelle des Gonaïves.
Il aura fallu le décaissement de 120 millions de gourdes, plus de 1500 soldats et policiers mobilisés, pour nous gratifier de ce tableau sinistre. En effet, les yeux horrifiés, on a pu assister à la scène surréaliste dépeignant un Ariel Henry qui a dû courir comme un dératé pour échapper à ce qu’il qualifiera plus tard de “tentative d’assassinat”.
Si c’est quelque chose de calculé destiné à la consommation internationale, on peut dire que le tour est joué sans coup férir, car les tentacules puissantes et mafieuses de ces hommes en rose ont déjà atteint les couloirs des médias étrangers qui font écho à la machination derrière ces événements. Pas plus tard que hier, MSNBC parlait de “tentative d’assassinat” sur la personne d’Ariel Henry, répétant mot pour mot la version du gouvernement. Désormais, aux yeux des étrangers, nous nous sommes taillés une réputation d’un peuple qui assassine ses dirigeants. Nous sommes perçus comme une grotte n’abritant que des sauvages. Il ne fait aucun doute que cette scène ne fera que ternir davantage encore notre image déjà vilipendée à l’extérieur.
Si la version de “tentative d’assassinat” était sérieuse, toute la nation devrait compatir avec le Premier ministre. Mais quand on cherche à percer les dessous de l’histoire, il est difficile de sympathiser avec Ariel Henry. Les circonstances non élucidées de cette affaire poussent beaucoup de gens à se demander s’il ne s’agit pas d’un scénario monté de toute pièce, tout comme l’était la fausse tentative de coup d’état qui précédait l’assassinat de Jovenel.
Admettons que les choses se soient passées exactement comme ils nous le disent, cela ne ferait pas nécessairement d’Ariel une victime, mais, au contraire, un insensé qui a agi de façon effrontément provocatrice. Il ne devrait en vouloir qu’à sa personne pour s’être montré têtu comme une mule. En effet, selon ce qu’a rapporté la journaliste vétéran du “Jounal katrè” de radio Kiskeya, certains dans son entourage lui avaient formellement déconseillé son périple aux Gonaïves. Toujours selon Liliane Pierre-Paul, jusque tard, la veille, le chef du gouvernement avait promis à quelques-uns de ses proches qu’il ne mettrait pas les pieds dans la cité de l’indépendance.
Mais le jour-J, coup de théâtre ! Le Premier ministre s’est bel et bien rendu aux Gonaïves. On doit se demander pourquoi cet acharnement à se rendre dans le chef-lieu du département de l’Artibonite. Encore que docteur Henry ne jouisse d’aucune légitimité qui lui conférerait le statut de chef d’État !
Le chef du gouvernement est perçu comme un géronte devenant la risée de la nation. Sans échine pour se tenir droit, il ne fait que se courber pour lécher le cul au clan Martelly. Le considérant comme un pantin, ce dernier se sert de lui comme un yoyo qu’il manipule à sa guise.
Ainsi donc, reléguant les dossiers brûlants qui accablent le pays à l’arrière-plan, le chétif Ariel, dans son prurit mental, ne fantasmait que d’une chose : relever le défi consistant à réaliser ce que Jovenel n’avait pu matérialiser durant les dernières années de son mandat, à savoir une visite aux Gonaïves. “Zòt ta di chèf se Apredye, li pa pran defi nan men pechè latè”
Eh oui, pour un défi coriace, la cité de l’indépendance en était bien un pour Jovenel Moïse. Elle représentait son talon d’Achille ou encore la rivière rubicon qu’il ne pouvait pas franchir. En effet, sa gestion désastreuse des affaires de la république révulsait tant et si bien les Gonaïviens qu’ils lui interdisaient le seuil de la ville pour toute participation aux cérémonies commémoratives de la fête de l’indépendance dans la cité.
Ainsi, au mépris de l’épineux problème des gangs armés qui sèment la terreur à Martissant et fermant l’oreille sur le désarroi de la population face à l’inflation galopante qui la terrasse……au détriment de tout cela, Ariel Henry fit de la visite aux Gonaïves ce premier janvier sa priorité des priorités. On l’imagine gonfler son encolure tout en répétant les mots qu’il allait déblatérer en la circonstance, cela dès le premier jour de son installation.
Mais sachant que le Premier ministre ne fait rien de son propre chef, ce serait une erreur de négliger le facteur X qui n’est autre que son patron Michel Martelly. Tout semble suggérer que les mains de ce dernier se cachent derrière cette mise en scène grotesquement exécutée. Qu’est-ce qui me fait dire cela?
Vous n’êtes pas sans savoir que l’article du New York Times venait d’asséner à Martelly un véritable coup de Trafalgar. Ce qui s’y est dit à son encontre est tellement fielleux que certains esprits sensés prédisent qu’il ne s’en remettra jamais. Peignant son entourage comme une horde de loups rapaces qui ne connaîssent que la loi de la mafia comme crédo, le journal l’a nommément cité comme le suspect numéro un dans l’assassinat crapuleux de Jovenel Moïse.
Si vous étiez à la place Martelly, que feriez- vous ? Ne chercheriez-vous pas à enlever les projecteurs sur vous et à tenter de les placer dans le camp de l’opposition. Cette tactique n’est pas aberrante dans la mesure où elle permettrait de brouiller les pistes.
L’objectif serait d’installer le doute dans la tête des gens, surtout ceux-là qui se confortaient déjà à l’idée que l’exécution de Jovenel Moïse venait de l’opposition. Ce qui rend cette approche crédible c’est la réaction précoce du camp du Premier ministre qui n’avait pas hésité à qualifier l’incident “d’acte terroriste”. On est tous contents que docteur s’en soit tiré sain et sauf de ce drame. Mais si l’incident avait toute l’ampleur qu’on tente de lui accorder, comment s’expliquer le fait que pas une personne, ni du côté de la sécurité du Premier ministre ni du côté des assaillants, ne soit sortie sans une quelconque égratignure ?
Cette bravoure, Ariel Henry ne la possède pas dans son ADN. “Call me crazy”, cela fait partie d’un plan soigneusement conçu pour essayer de nettoyer l’image de Martelly. L’histoire serait que si l’opposition peut bien attenter à la vie d’un chef de gouvernement proche de Martelly, elle peut être aussi pointée du doigt comme commanditaire de la mort de monsieur Moïse. Ce qui vient de se passer aux Gonaïves prouve encore une fois que Martelly n’est pas quelqu’un qu’il faut prendre à la légère. Il dispose en effet d’un laboratoire mafieux très efficace, capable de produire des schémas les uns les plus inimaginables que les autres, et cela devrait effrayer.
Duverger Altidor





