Est-ce le début de la fin du castrisme à Cuba ?

Les protestations sont de plus en plus fréquentes à Cuba au cours de l’année 2022. De 2021 à 2022, plus de 3000 manifestations sont enregistrées à Cuba, dont plus de la moitié prennent place au cours du premier semestre de cette année. Définitivement, quelle que soit la vérité de ces chiffres fournis par la presse occidentale, il y a un grand malaise à Cuba !
L’année dernière, on a observé à la plus grande protestation anti-gouvernementale jamais enregistrée dans le pays depuis les événements de 1959 qui avaient porté Fidel Castro et ses compagnons au pouvoir. Pourquoi toutes ces manifestations ?
Comme tout le reste du monde, Cuba fait place à un manque de tout. Ainsi, « Les citoyens cubains sont descendus dans les rues de tout le pays pour protester contre le régime communiste de Castro, s’opposant spécifiquement à l’effondrement du réseau électrique du pays, qui nécessite des coupures de courant programmées. Le régime de Cuba avait annoncé en juillet qu’un nouveau calendrier d’interdiction progressive commencerait à prendre effet en août. Néanmoins, le 14 juillet dernier, un tanker de la Russie est arrivé à Cuba avec plus de 700.000 millions barils de pétrole qui a coûté plus de 70 millions de dollars.
Avec le débarquement de ce pétrolier, on doit s’attendre à une amélioration de la précarité énergétique qui frappe l’île depuis plusieurs mois. Toutefois, cela n’a pas empêché que les manifestations se poursuivent. Le 21 août, des milliers de manifestants défilaient dans les rues des villes : Pastelillo, Nuevitas, Camaguey… dans le blackout, ils réclamaient du courant électrique et plus de libertés.
Le 15 juillet dernier, plusieurs milliers de citoyens gagnaient les rues dans la province de Guantanamo au département de « Malecon de Baracoa ». Les forces de l’ordre durent intervenir pour mettre fin au mouvement, une dizaine de personnes a été arrêtée et en attente de leur jugement.
Le 14 Juillet, des centaines de personnes protestaient dans la municipalité de « Los Palacios » pour exiger que l’État rétablisse l’énergie électrique qui est sous un rationnement de 12 heures par jour (en Haïti, des villes entières restent sans électricité pendant des mois). Au cours de cette manifestation, les gens criaient « qu’ils sont fatigués avec le rationnement, nous avons faim, pas besoin de promesses fallacieuses ». Aucune arrestation n’avait été enregistrée. Le lendemain, les autorités organisaient une série d’activités créatives pour essayer d’obstruer la tension qui montait d’un cran.
Depuis le mois de juillet, les protestations se succèdent les unes après les autres. Ce qui représente un fait rare pour ce régime de 63 ans qui n’avait jamais à s’inquiéter de bouleversements internes, si on ne mentionne pas l’invasion de la « baie des Cochons » en 1961.
Jusqu’à présent, à l’exception de la grande manifestation de juillet 2021, les mécontentements semblent rester dans les limites du social. Mais, le passage du virus Covid-19 a propulsé le monde dans un climat inflationniste. Ce qui aura des incidences politiques directes sur les régimes affaiblis qui jonglent en permanence avec une économie en crise et une société de plus en plus impatiente. Pour l’instant, la politique n’est pas prédominante au cours de ces événements. Cependant, c’est ainsi qu’a toujours commencé tout mouvement revendicatif, il finit toujours par se radicaliser en des récriminations politiques. Est-ce le cas pour la république populaire de Cuba ?
C’est possible. Le régime est vieux de plus de 60 ans. Leurs principaux leaders historiques ne sont plus, à l’exception de Raul Castro, aujourd’hui âgé de 90 ans. Si la génération politique actuelle, ayant Miguel Diaz-Canel comme leader, n’arrive pas à réinventer l’univers du pouvoir, conformément au souhait de la nouvelle génération, il faut s’attendre à des turbulences profondes dans un proche avenir.
Car, il y avait une assise sur laquelle reposait le « Parti Communiste » cubain, elle n’existe plus. C’était cette solidarité sociologique, indispensable au maintien du gouvernement au pouvoir pendant toutes ces décennies. Il y avait cette complicité avec les frères Castro, le peuple était témoin de la réalité socio-économique désastreuse sous le régime féroce de Batista. Cette génération avait quantifié les progrès de la révolution cubaine et ses multiples bienfaits. Ainsi, en dépit des moments de défaillance économique, le peuple se serrait la ceinture parce qu’il croyait dans la bonne foi et la compétence des dirigeants. Actuellement, il faut des décisions ponctuelles et non des souhaits pour se mettre au diapason avec les défis de Cuba d’aujourd’hui. Que faut-il faire, suivre le modèle chinois ?
Deng Xiaoping, feu leader historique de la chine, avait pu, dès la mort du chairman Mao Zedong, jeter les bases d’une réforme fondamentale qui touchait toutes les pentes du pouvoir. Sans pourtant toucher à la rigidité du parti communiste chinois en termes de modèle politique, il arrivait à évoluer la structure agraire nationale de l’économie à l’industrialisation, puis à la technologie. C’est un prototype de réussite qui, malheureusement aucun dirigeant du bloc socialiste n’était pas assez intelligent pour appliquer dans leur pays respectif. Parce que fondamentalement, tous les anciens états socialistes faisaient face à la stagnation et l’impossibilité de se renouveler selon les exigences générées par les grandes mutations sociales et historiques.
A ce point, s’il y a encore du temps, ne faudrait-il pas que les dirigeants cubains se lancent dans des réformes économiques en profondeur pour pouvoir assouvir les problèmes de base du peuple ?
Facile à dire, mais extrêmement difficile à implémenter. Car, l’un des plus grands problèmes de Cuba, c’est d’être à quelques dizaines de kilomètres des côtes des Etats-Unis d’Amérique. Un empire qui place un embargo économique sur le régime cubain datant de plusieurs décennies, dans le but de renverser la réalité systémique de l’île. Donc, la facilité avec laquelle les dirigeants chinois aient pu faire tourner les choses dans leur pays, Cuba ne jouit pas de cette faveur. Au contraire, c’est une réussite du fait que le parti communiste est toujours au pouvoir après les événements de 1988-1992 qui emportèrent presque tous les régimes dits socialistes de l’Europe de l’Est.

D’après tous les observateurs lucides de la politique internationale, il est opportun que la turbulence soit à la porte de Miguel Diaz-Canel. Il doit se préparer à y faire face, ce sera son premier baptême de feu dont il doit sortir vainqueur. Sinon, ce sera la fin d’une époque, d’une expérience, d’une histoire pour le peuple cubain. Est-il doté suffisamment de maturité politique pour passer cet examen ?
Miguel Diaz-Canel, l’actuel président de la République populaire de Cuba et premier secrétaire général du Parti Communiste depuis 2021, a du pain sur la planche. Il doit s’assurer que la transition politique des frères Castro vers une ère nouvelle, toujours dans la continuité communiste soit un succès. Miguel a l’expérience qu’il faut, pour avoir été membre du bureau politique du PC depuis 2003, ministre de l’Enseignement supérieur, vice-premier ministre, premier vice-président du conseil d’État. En 2018, il a été élu par l’Assemblée nationale pour succéder à Raul Castro, puis président de Cuba en 2019 jusqu’à nos jours. En ce sens, il a les prérequis exigés pour qu’il soit un grand chef d’État.
Cependant, Miguel Diaz-Canel doit prouver dans les faits qu’il a le panache obligatoire en tant qu’héritier spirituel des charismatiques frères Castro.
En attendant, on attend !
Joel Leon






Well done buddy
Très belles analyses, espérons qu’une solution soit trouvée dans les années qui vont venir pour ne pas dire des mois. Dans le cas contraire, les rêves du baron du system imperialisme deviendrons une réalité. Espérant que les dieux tutélaires des nations interviendront en faveur de cette nation digne de fierté.
L’avenir dira le reste!!!!!