« Dessalines, une vision pour l’avenir : revisiter l’idéal dessalinien 219 ans après son assassinat »

«Dessalines, une vision pour l’avenir: revisiter l’idéal dessalinien 219 ans après son assassinat»

« Les noirs dont les pères sont en Afrique, n’auront-ils rien ? »

Boukan News, 10/19/2025 – À l’occasion du 219e anniversaire de l’assassinat de Jean-Jacques Dessalines, le 17 octobre 1806, le journal en ligne Boukan News a organisé une conférence-débat d’envergure, réunissant, sur Zoom et relayée sur Facebook et TikTok, plus d’une trentaine de leaders de la diaspora haïtienne. Trois heures d’échanges nourris et passionnés ont permis de revisiter l’héritage de celui que l’histoire désigne comme le Père fondateur de la nation haïtienne.

L’événement, animé par le modérateur Meriles Joseph, s’est ouvert sur un mot de bienvenue qui a rappelé l’importance de la mémoire collective et de la transmission de l’héritage dessalinien.

Dessalines, un visionnaire aux multiples dimensions

Le journaliste et PDG de Boukan News, Joël Léon, a rappelé que Dessalines était « un homme aux multiples dimensions, un visionnaire ». Né esclave en 1758, compagnon de lutte de Boukman puis de Toussaint Louverture, Dessalines fit de la protection de l’indépendance et de la souveraineté nationale son combat essentiel. Il anticipa les manœuvres de la France pour reprendre la colonie et prit des initiatives décisives, telles que la consolidation de l’unité nationale et la fortification du territoire.

Joël Léon a rappelé une vérité historique frappante : tandis que la France vendait la Louisiane aux États-Unis pour 25 millions de dollars, elle imposait à Haïti le paiement d’une rançon exorbitante de 150 millions de francs pour reconnaître son indépendance. Une injustice qui résonne encore aujourd’hui dans la mémoire collective.

Il a également souligné la dimension sociale de l’idéal dessalinien. Dessalines déclarait en effet : « Les Noirs dont les pères sont en Afrique, n’auront-ils rien ?» Une formule qui reflète son souci de justice sociale, de redistribution équitable des richesses et de réforme agraire. Pour Joël Léon, rendre justice à Dessalines aujourd’hui signifie mettre en place des politiques permettant à chaque citoyen de vivre dignement, dans un État fort, capable de protéger ses citoyens et de résister aux ingérences étrangères.

Un idéal pour l’unité nationale et la paysannerie

De son côté, le professeur Wilfrid Suprena a posé une question centrale : comment le peuple haïtien pourrait-il voir Dessalines aujourd’hui ?
Il a mis en lumière la quête d’identité contemporaine autour de la figure du fondateur, perceptible dans l’art, la littérature et la culture populaire. Suprena a rappelé l’importance de réfléchir aux grandes décisions politiques de Dessalines, telles que la mise en place d’un système de défense interne et le déplacement stratégique de la capitale.

Il a proposé de faire de Vertières, haut lieu de la bataille finale de l’indépendance, une sorte de « Mecque », symbole central de la mémoire nationale. Pour lui, Dessalines doit être placé « au frontispice de toutes nos actions ».

Le professeur a également insisté sur la nécessité de redonner une place centrale à la paysannerie, ces anciens esclaves devenus « moun andeyò », marginalisés depuis plus de deux siècles. Construire une Haïti nouvelle exige, selon lui, d’organiser politiquement, d’éduquer et de conscientiser les masses rurales. C’est dans la paysannerie, véritable base du pays, que peut s’enraciner l’idéal dessalinien d’égalité et de dignité.

Dessalines, une référence radicale et vivante

Enfin, l’intervention d’Ezili Dantò, figure de la résistance féminine, a apporté une dimension plus militante. Pour elle, Dessalines reste un symbole intemporel : « On a assassiné Dessalines, mais ses idéaux demeurent vivants. »

Elle a rappelé que rendre justice à Dessalines signifie adopter une posture radicale : valoriser la production nationale, renforcer la souveraineté et refuser toute compromission avec les ennemis de la liberté. Dans un contexte où Haïti est encore exposée aux ingérences et aux manipulations extérieures, elle a mis en garde : appliquer l’idéal dessalinien est difficile, car « les ennemis de notre pays sont toujours prêts à nous éliminer ». Son intervention s’est conclue sur un appel vibrant à la solidarité entre Haïtiens, tant dans le pays que dans la diaspora.

Un héritage toujours brûlant

Tout au long de la rencontre, la voix de Dessalines s’est imposée à travers des phrases qui résonnent encore aujourd’hui comme une exigence de lucidité et de courage, nous rappelant qu’il ne suffit pas d’avoir conquis la liberté mais qu’il faut sans cesse la défendre et la vivre par nous-mêmes et pour nous-mêmes, qu’il faut jurer de tenir jusqu’au dernier souffle pour l’indépendance de notre pays, que la richesse doit être partagée avec équité entre tous sans distinction de couleur ou d’origine, que les Noirs dont les pères viennent d’Afrique ne peuvent rester sans rien dans la terre qui est désormais la leur.

Ces paroles, qui traversent le temps, contiennent à mes yeux toute la force de l’idéal dessalinien : la justice sociale, la souveraineté, l’unité nationale et la dignité pour chacun. Plus de deux siècles après son assassinat, cet idéal demeure non pas une mémoire figée mais une orientation vivante qui nous oblige à regarder le présent avec courage et à penser l’avenir avec exigence.

Au terme de cette conférence, nourrie d’échanges passionnés et de questions profondes, il est clair que l’idéal de Dessalines ne relève pas du passé, mais s’impose comme une exigence pour l’avenir. La forte participation et l’appel à renouveler ce type de rencontre confirment que sa mémoire reste vivante et féconde. Celui qui déclara avec fermeté « Effrayons tous ceux qui seraient tentés de ravir notre liberté » continue de nous indiquer la voie d’une Haïti souveraine, juste et digne.

Dr Roland Joseph
*Merci à Jimmy Mertune pour le flyer et a tous ceux et toutes celles qui répondaient à l’appel dessalinien, incluant Thériel Theus.

One comment

  1. J’apprécie votre ligne idéologique bien que mitigée encore.
    Les écris répétés de Wilfrid Suprena témoignent une cetaine gauche qui mérite d’être affirmé !

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