D’allié à exclu : pourquoi la République d’Haïti a-t-elle été laissée de côté ?

BOUKAN NEWS, 03/10/2026 – Le récent Sommet Bouclier des Amériques tenu à Doral, en Floride le samedi 7 mars 2026, soulève une question importante pour notre hémisphère : pourquoi la république d’Haïti, une nation confrontée à l’une des crises sécuritaires les plus graves de la région, avait-elle été écartée d’un rassemblement aussi crucial?

En tant que Ministre des Affaires étrangères d’Haïti, je me souviens clairement d’un moment très positif survenu le 22 mars 2019, lorsque cinq dirigeants caribéens avaient été invités à rejoindre le Président Donald J. Trump à Mar-a-Lago pour un sommet consacré à la sécurité et à la coopération économique, à la promotion des investissements énergétiques, à la crise au Venezuela et à la nécessité de contrer l’influence croissante de la Chine dans la région. J’ai eu l’honneur d’accompagner le Président Jovenel Moïse à cette réunion.
À cette époque, ces pays des Caraïbes étaient considérés comme des alliés clés des États-Unis, des partenaires de confiance dans l’avancement de la stabilité, de la prospérité et de la sécurité dans notre région commune.
Aujourd’hui, une question se pose naturellement: qu’est-ce qui a mal tourné pour qu’Haïti passe du statut de partenaire reconnu et apprécié à celui de pays exclu d’un dialogue régional important sur la sécurité?
Je constate qu’Haïti n’était peut-être pas assise à la table, mais elle figurait certainement au menu, car la situation sécuritaire actuelle en Haïti constitue une préoccupation légitime pour toute la région.
La lutte contre le trafic de drogue et la criminalité transnationale ne peut être la responsabilité d’un groupe restreint de nations. C’est un défi qui concerne l’ensemble des Amériques. Les organisations criminelles opèrent au-delà des frontières ; notre réponse doit donc être régionale, coordonnée et inclusive.
Haïti se trouve en première ligne de ces défis. Notre nation fait face à des menaces sécuritaires graves, profondément liées aux dynamiques plus larges du trafic, du crime organisé et de l’instabilité dans l’hémisphère. Exclure Haïti des discussions visant à renforcer la coopération régionale en matière de sécurité risque de négliger un partenaire essentiel dans l’effort collectif pour affronter ces menaces.

Nous demeurons pleinement engagés à exécuter notre partition dans ce concert ambitieux. Haïti a reçu l’opportunité de reconstruire ses forces armées et des assurances de soutien financièrement international pour atteindre cet objectif. Dans ce contexte, les dirigeants haïtiens doivent articuler une vision et une stratégie claires afin de développer une armée professionnelle, bien formée et dotée d’une doctrine moderne adaptée aux réalités d’aujourd’hui.
Une telle force devrait se concentrer sur des priorités clés, notamment :
- la sécurité des frontières,
- la lutte contre le trafic de drogue et la traite des personnes,
- et le soutien à la protection de l’environnement et à la gestion des catastrophes, dans un pays fréquemment exposé aux catastrophes naturelles.
Les États-Unis, en tant que leader mondial et acteur central dans l’hémisphère, ont depuis longtemps joué un rôle crucial dans la promotion de la coopération à travers les Amériques, notamment à travers le Commandement Sud. Renforcer cette coopération avec l’ensemble de la région sera essentiel pour construire un cadre de sécurité durable et efficace.
Un tel cadre permettrait à chaque pays de contribuer de manière significative à la lutte contre les réseaux criminels, tout en aidant à préserver les intérêts de sécurité nationale des États-Unis.
Je félicite le Président Trump pour son leadership et pour son engagement déclaré à construire un hémisphère américain plus fort et plus sûr. Cette vision est celle d’un espace où aucune nation n’est laissée de côté et où chaque partenaire a sa place à la table.
Je suis absolument convaincu qu’Haïti se tient prêt à travailler avec tous ses partenaires, notamment les États Unis d’Amérique pour faire avancer cet objectif commun mais faisons en sorte pour qu’elle ait des élections générales libres et transparentes d’où sortiront nos institutions et leaders démocratiquement élus.
Amb. Bocchit EDMOND
ex-Ministre des Affaires Étrangères





