Comprendre le discours du 9 juillet 2003 de Brian Dean Curran dans un contexte de crise politique actuelle.

 

Comprendre le discours du 9 juillet 2003 de Brian Dean Curran dans un contexte de crise politique actuelle.

« Un simple regard sur les vingt-cinq dernières années dévoile les échecs flagrants de tentative de stabilisation ou de « normalisation » d’Haïti. Pas moins de 30 milliards de dollars auraient été dépensés pour résoudre une crise récurrente. Des milliers d’anonymes spécialistes de la coopération pour le développement se sont rendus sur place pour accompagner et orienter des projets dans les domaines les plus divers. Jamais un petit pays sous-développé n’a autant éveillé l’intérêt d’un si grand nombre de scientifiques et de chercheurs renommés au long de ces trois dernières décennies. Des spécialistes nord-américains et européens des champs de la connaissance les plus divers – économistes en tête – ont élaboré des centaines d’études qui ont débouché sur des suggestions et des propositions. » Ricard Seintefus

Par Esau Jean-Baptiste, professeur

Naturellement, quand un diplomate américain fait des commentaires sur la problématique des crises politiques, surtout dans l’Haïti post Duvalier, il faut regarder ou penser beaucoup plus loin que la valeur de vérité de sa déclaration.  Car cette dernière pourrait, à court et à long terme, avoir des conséquences sérieuses sur la gestion politique du pays. Mais, quand un ambassadeur américain dit une chose et que ses successeurs font le contraire, il y a donc lieu de comprendre que, en tant qu’acteurs influents dans les élections en Haïti, les intérêts de Washington dans le choix des dirigeants du pays de Dessalines, reflètent toujours le contraire du jeu démocratique. Tout en faisant une analyse du passé récent de la politique haïtienne de façon à mieux comprendre le discours sortant de cet ancien ambassadeur américain en Haïti, ce texte a pour objectif de faire le plaidoyer pour qu’il y ait des hommes et des femmes bien formés, mais surtout avec de grandes valeurs morales au sein de l’appareil d’État en Haïti.

Brian Dean Curran

Dans son discours d’adieu d’une cérémonie spéciale organisée par l’HAMCHAM le 9 juillet 2003, l’ambassadeur sortant des États-Unis en Haïti à l’époque, Brian Dean Curran, d’une analyse très profonde des réalités politiques, économiques et sociales du pays, eut à déclarer que: « J’espère que les têtes froides prévaudront. Et j’espère que l’ultime incohérence, la nostalgie de l’ère duvaliérienne, n’induise personne à appuyer financièrement ou autrement, aucun rôle politique pour Jean Claude Duvalier. Le passage du temps ne devrait pas effacer les crimes. Les pages de l’histoire ne peuvent pas être retournées. L’Ambassadeur continua pour dire: Cherchez de préférence parmi vos incroyablement talentueux jeunes professionnels éduqués à Harvard, Columbia, Stanford, Georgetown et autres universités américaines, à la Sorbonne ou l’HEC, à McGill ou Laval, pour une nouvelle génération de leadership politique, éprouvés dans le creuset des idées modernes, mais maintenant en Haïti, préparant un meilleur avenir pour Haïti et non la pérennité, la nostalgie ou la revanche. »  (1)

Peut-être que certains se demandent à quoi ça sert, plus de quinze ans après, de revenir avec cet extrait du discours de cet ancien ambassadeur américain qui était en fin de mission en Haïti? D’autres pourraient objecter que le contexte politique a évolué et une telle analyse, par conséquent, n’est plus appropriée pour aider à comprendre la conjoncture de crise à laquelle le pays fait face actuellement.  Quelle que soit la préoccupation soulevée, cet exercice est important dans la mesure où l’analyse ou le décryptage d’un discours, surtout d’un ambassadeur américain, peut aider à cerner, dans un sens ou un autre, le projet politique de l’Oncle Sam pour le pays.

Il est important et même nécessaire de s’interroger, d’une part du lieu, des circonstances que l’ambassadeur a choisis pour tenir de tels propos, et, d’autre part de l’audience qui était présente à cette cérémonie. Sans entrer dans les détails d’une discussion qui serait définitivement trop longue, mais quand on fait un discours d’adieu à la HAMCHAM en présence d’une frange de l’élite intellectuelle, économique et politique du pays, il y a lieu de penser que le diplomate voulait lancer, avant son départ, un message fort, mais surtout cordé, aux dirigeants et dirigés d’Haïti.  Car, « tout discours s’inscrit dans un certain cadre actionnel où sont déterminés les identités sociales, les buts et les rôles sociaux des partenaires de l’échange langagier. » (2)

 Patrick Charaudeau dans son texte, À quoi sert d’analyser le discours politique, pense que : « discours et action sont deux composantes de l’échange social qui ont une autonomie propre. C’est de leur combinaison que naît le sens de l’échange langagier. Ainsi, on considérera que les faits de langage sont essentiellement des faits de communication qui ont une double dimension. Une dimension dite “externe” en ce que les acteurs qui y sont impliqués ont des attributs psychologiques et sociaux à priori indépendants de leur comportement langagier : leur identité et leur intentionnalité sont liées à une expérience de l’enchaînement des faits et des événements du monde qui les place dans une logique des actions (détermination d’une quête, recherche d’un résultat, évaluation positive ou négative des conséquences), non dépendante du langage. »  (3) Tout ceci, c’est pour expliquer et positionner le discours dans un contexte réel du paysage de la politique du pays, mettant en relief les échantillons de la classe politique contre laquelle s’exerçait le discours critique de l’ambassadeur.

Le positionnement du sujet communiquant

Pour mieux comprendre le discours de l’ambassadeur Brian Dean Curran, il faut le placer dans un contexte sociopolitique de l’après des élections de mai et de novembre 2000.

Les turbulences politiques ayant marqué les élections de mai et novembre 2000 avaient conduit Haïti à une situation économique désastreuse ainsi qu’un climat politique hautement volatile et polarisé. Les manœuvres dilatoires et de manipulations pour boycotter les résultats des élections par des acteurs politiques de l’opposition et de la société civile visaient, dès les premiers jours de la prise de fonction de l’équipe lavalas, d’affaibli le pouvoir d’Aristide. L’idée était de discrédité la nouvelle administration aux yeux des acteurs et bailleurs de fonds internationaux. Tout en cherchant, effectivement, le boycottage du pouvoir lavalas par une classe politique sur le terrain, et son isolement par la communauté internationale surtout des bailleurs de fonds, donc les détracteurs d’Aristide voulaient rendre l’État dans ses services de bases à la population, beaucoup plus défaillant. Ainsi, par ces actions, ils voulaient que les institutions soient dépassées par l’ordre des choses et incapables de redresser la fracture sociale, rétablir la confiance nationale et réveiller la conscience citoyenne afin de pouvoir créer les conditions de sécurité et de stabilité en Haïti.

Ce qui fut, dès sa prise de pouvoir le 7 février 2001, Aristide était non seulement isolé par des amis d’hier de l’international, mais aussi affaibli sur le terrain par une frange de la classe politique rapace et assoiffée de pouvoir. N’en parlons pas de la classe oligarchique des affaires qui était toujours farouche non seulement à sa personne, mais aussi à son programme de changements sociaux pour les masses défavorisées qui croupissent dans les quartiers pauvres depuis après l’assassinat du père fondateur de la nation haïtienne en 1806.

Contrairement à 1991, cette fois ci, Aristide était arrivé au pouvoir dans un contexte beaucoup plus difficile que lors de son premier mandat. Il charriait avec lui les conséquences des élections controversées du 21 mai et du 26 novembre 2000.  En dépit de sa large popularité et de son charisme, la classe politique locale et la communauté internationale se montraient non seulement peu enthousiastes à Aristide, elles faisaient montre même d’une indifférence totale à l’égard de son gouvernement.  Dans l’objectif de trouver une tentative de solution, c’était sous l’égide de l’Organisation des États Américains (OEA), le parti Fanmi Lavalas et l’opposition se sont amenés à négocier la crise post-électorale de mai et novembre 2000. De ces négociations, plus d’une dizaine de rencontres s’étaient tenues.

En dépit de larges diffusions et de propagandes médiatiques faites autour de ces rencontres, elles restaient infructueuses et n’avaient pas permis aux protagonistes de vider les contentieux. Malgré, d’une part, l’insistance de la communauté internationale, et d’autre part, la bonne volonté d’Aristide de trouver une issue à la crise, les deux parties, à savoir le pouvoir lavalas et l’opposition récalcitrante forte dans les jeux du marronnage, ne parvenaient pas à un accord pouvant aider à résoudre cette longue crise.

Donc, c’était dans cette période de grande perturbation politique que l’ambassadeur américain sortant avait choisi de faire cet important discours.  Discours qui avait toute son importance au cas où les élections étaient visées comme une option dans la lutte pour le remplacement du leader lavalas.  Si c’était le cas, ce discours serait déjà, aux prochaines élections, le cheval de bataille de certains politiciens appartenant à l’élite universitaire.

N’empêche, après ce discours, ils étaient nombreux ceux-là qui se considéraient comme des potentiels candidats au poste de président, députés sénateurs ou autres, surtout des universitaires venant de l’Europe ou d’Amérique du Nord.  Ils pensaient que les États-Unis préparaient la rentrée sur la scène politique, l’émergence d’une nouvelle génération d’hommes et de femmes formés à l’étranger dans la politique en Haïti.

Entre-temps, des organisations politiques, économiques et sociales dites société civile, grâce au grand support financier d’une frange de l’international et de la sympathie à leur mouvement de certaines stations de radios locales, gagnaient également du terrain.  En un mot, c’était donc en pleine crise de contestation des élections de mai et de novembre 2000 que, en juillet de 2003, l’ambassadeur sortant, devant une audience composée de l’élite haïtienne très opposé à Aristide, eut à faire ce remarquable discours.

Dans l’intervalle, pour atteindre leur objectif qui était le renversement d’Aristide, mis à part de leurs fréquentes manifestations dans l’aire métropolitaine, l’opposition politique et les membres de la société civile essayaient sur tous les fronts, des manœuvres dilatoires à l’encontre du leader lavalas. Comme il avait de grands moyens économiques et de contactes des ambassades pour des visas de voyages dans des pays nord-américain, ainsi, le Groupe 184, nombre fictif d’une société civile soumise à la cause du statuquo local et international, dans leurs mouvements de protestations et de déstabilisation contre le pouvoir lavalas, il soudoyait certains étudiants, journalistes et hommes politiques sur le terrain.

 

Ainsi, sur fond de grandes turbulences sociopolitiques, les opposants au gouvernement d’Aristide, spécialement le Groupe 184, à travers son programme de contrat social, ils prônaient un partage équitable des richesses du pays.  Ils voulaient le départ du gouvernement d’Aristide et associés pour l’émergence d’une autre classe politique capable de rendre Haïti plus prospère avec des conditions de vie meilleures et de l’égalité des chances pour tous et toutes.

Mais de cette fausse promesse faite de propagande fallacieuse de contrat social du Groupe 184, le discours de l’ambassadeur en juillet 2003 et les actions de l’ambassade des États-Unis à Port-au-Prince en matière de choix des dirigeants haïtiens, il y a une certaine incohérence.  Et c’est cette incohérence d’un ambassadeur qui prônait une nouvelle politique avec des cadres bien formés et l’action de Washington qui faisait choix des médiocres et immoraux pour diriger Haïti. Les élections de 2010-2011, 2015 et 2016 montraient très clairement que le choix de l’ambassade des États-Unis se portait sur les candidats incompétents et immoraux. Donc, où sont passés les universitaires préparés à un exercice efficient et démocratique du pouvoir politique en Haïti dont parlait l’ambassadeur américain lors de son discours en juillet 2003 ? Pour mieux comprendre cette question, un regard rétrospectif sur les leaders politique qui ont succédé Aristide après son départ le 29 février 2004 aiderait à mieux cerner les paramètres entre un discours et les actions politiques de Washington en Haïti

Haïti et ses leaders après le discours de l’ancien ambassadeur en 2003

Au départ d’Aristide en 2004, il y eut donc une absence de leadership, et le besoin de le combler fut pressant.  L’ironie de l’ironie, la classe politique, la classe des affaires et l’international chassaient du pouvoir un président élu pour finalement aller chercher, selon les normes de la constitution haïtienne dès lors en vigueur, un juge de la Cour de Cassation comme président. Questions pour dire qu’elles voulaient toutefois respecter les lois de ce pays ou encourager le processus démocratique, mais pas avec l’emmerdeur Aristide. Entre-temps, si le remplacement d’Aristide avait été fait par un juge de la Cour de Cassation, par contre, faute de parlementaires, dans les deux Chambres en majorité lavalas qui, eux aussi étaient, comme leur leader, chassés de leurs fonctions, donc les acteurs politiques et l’international ne pouvaient pas utiliser la 47ème Législature dans la ratification d’un Premier ministre de facto.  Ainsi, pour combler le vide que laissait Yvon Neptune, Chef de Gouvernement d’Aristide, à partir d’un semblant d’accord qui désaccorde beaucoup plus la société haïtienne, Gérard Latortue était imposé comme l’autre chef du pouvoir exécutif

De par sa personnalité, le président du gouvernement de transition était l’ombre du Premier ministre qui, lui, était quelqu’un imposé par Washington. Il était un puissant chef de gouvernement.  On savait appeler son équipe, le gouvernement de technocrates.  Des technocrates sous les dictats d’une classe d’hommes d’affaires affairistes et de l’international qui non seulement avait des problèmes personnels avec Aristide, mais qui voulait aussi saboter la célébration du bicentenaire de l’indépendance d’Haïti. Bref, « Bizarrement préféré à des candidats bien enracinés dans le pays, Latortue a, malgré un CV impressionnant assorti d’une longue expérience de haut fonctionnaire dans les institutions onusiennes, échoué sur bien des plans, selon une idée largement répandue dans l’opinion publiqueTout puissant aux côtés du Président provisoire, Boniface Alexandre, à qui il n’avait cessé de faire de l’ombre, sa vision et sa faible capacité d’écoute devaient contribuer à compliquer davantage l’équation politique que le gouvernement de transition avait à résoudre. »  (4)

 

Très soumis dans l’exercice de leur fonction, pendant les deux années passées à la tête du pays, le gouvernement intérimaire avait failli dans l’établissement de l’autorité de l’État en Haïti.  Un homme politique qui, sur les ondes d’une station de Radio très écoutée à Port-au-Prince, commentait les deux ans du pouvoir de transition aussi bien que les supports techniques et financiers, mentionnait que:

 Avec de faibles institutions, un système de justice défaillant, le gouvernement intérimaire n’a pas réussi à rétablir l’état de droit, sans compter le peu d’efforts réels de la MINUSTAH pour désarmer les milices et les gangs de rue dans les bidonvilles. Il semblerait que ce n’étaient pas tant les moyens financiers que la volonté politique qui aient fait défaut au gouvernement intérimaire de Gérard Latortue et aux Nations-unies. ‘’Outre la sécurité, la relance économique, la réconciliation nationale – autant d’objectifs qui n’ont pas été atteints -, l’une des priorités était le désarmement des milices.  En dépit d’un maigre bilan d’un régime qui, lors de son investiture après le départ forcé d’Aristide en février 2004, était porteur d’espoir, il y avait, quoique reportées en plusieurs occasions, des élections générales au pays le 7 février 2006.

Cet échec du gouvernement intérimaire explique en partie pourquoi les lavalassiens, encore forts sur le terrain même si la fureur avait grandement diminué par rapport à 1990, avaient jeté leur dévolu sur René Préval pour un second mandat. Ils croyaient, avec un Préval au pouvoir, en de meilleures chances pour un retour d’Aristide au pays.

Si l’on considère l’instabilité politique pendant les deux ans du gouvernement de transition et la présence des troupes militaires sur le terrain, définitivement, les élections du 7 février 2006 étaient d’une grande importance pour le peuple haïtien puisqu’elles permettraient, à nouveau, la possibilité de se prononcer sur l’avenir politique de leur pays pour les cinq prochaines années à venir.  Malgré quatre reports successifs du scrutin, finalement le 7 février 2006 le peuple avait décidé d’aller voter et remplir leurs devoirs civiques. L’intérêt que manifestait l’électorat quant à sa participation massive le jour du scrutin pour élire un président et des parlementaires était visible.  Il dégageait de l’importance que le peuple avait placée au renouvèlement, particulièrement à l’alternance du pouvoir politique dans le cadre d’une stabilité démocratique, aussi bien qu’assurer de la crédibilité des dirigeants à travers des élections.

L’administration de René Préval

Rene Preval

L’héritage laissé par le gouvernement de transition était très lourd.  Comme lors de son premier mandat en 1996, président Préval hérita un pays avec des problèmes domestiques les uns plus urgents que les autres. Comme par exemple : insécurité, kidnapping, chômage, cherté de la vie, exode rural, militaires démobilisés et occupation du territoire par une force multinationale dite de stabilisation.

Quoique bénéficiant de l’appui des militants pro-Aristide des quartiers populaires, mais contrairement à son premier mandat, président Préval était, cette fois ci, plus libre pour dégager les grandes lignes de sa vision politique pour le pays. La plateforme politique du parti Lespwa (L’espoir) sur laquelle le président s’était présenté aux élections, regroupait en son sein non seulement certaines personnalités politiques bien connues sur le terrain, elle était également composée des bases du Parti Louvri Baryè du feu Renaud Bernardin (PLB), Kòdinasyon Rezistans Grandans (Eskanp-Korega) aussi bien que de certaines organisations paysannes comme KOZEPEP.

Dans ses grandes lignes de politiques générales, la plateforme Espwa avait, à travers le gouvernement de M. Alexis, promis de moderniser le système judiciaire, de résoudre le problème des anciens militaires démobilisés, des gangs armés et du même coup doter le pays d’une police professionnelle bien équipée, éléments fondamentaux pour tacler les problèmes d’instabilités et d’insécurités surtout dans le cas d’un processus démocratique très fragile comme celui d’Haïti. Malheureusement, les stratégies d’approches et d’interventions de la nouvelle administration n’avaient pas apporté de résultats escomptés puisque les bandits continuaient, sous formes de rançon, de kidnapper et, certaines fois, de tuer des paisibles citoyens.  Face à ce fléau, l’équipe au pouvoir devait, avec la Police nationale (PNH), la force de la Mission de Stabilisation des Nations-unis (MINUSTAH), désarmer les gangs armés, réduire la corruption dans les boites publiques, renforcer les institutions et instaurer l’état de droit. « Mon gouvernement va créer un climat de paix et de sécurité pour attirer le secteur privé », avait déclaré président René Préval.

Entre-temps, les choses étaient devenues de jour en jour plus compliquées, non seulement politiquement, mais le pays subissait également les effets des catastrophes naturelles à répétition qui n’ont fait qu’accentuer sa fragilité ou sa vulnérabilité.

Haïti, des catastrophes naturelles au choléra importé

UN et la crise de cholera

Du mouvement des émeutes de la faim en avril 2008 sous le gouvernement du Premier ministre Alexis, au renvoi du gouvernement de Madame Duvivier Pierre Louis à l’installation de celui de Max Bellerive, la situation politique, économique et sociale ne s’était pas vraiment améliorée.  Donc « le changement de gouvernement n’était motivé ni par le souci d’efficacité ni par la recherche de résultats. En remplaçant Madame Pierre-Louis par Monsieur Joseph Jean-Max Bellerive, ancien ministre de la Planification et de la Coopération Externe dans les précédents gouvernements, le Président Préval avait opté pour le changement dans la continuité. », disait un parlementaire de l’opposition.

C’était dans un contexte de jeu de manipulation au niveau du pouvoir exécutif et d’un Conseil Électoral Provisoire (CEP) complice que les élections législatives de février 2010 pour renouveler les quatre-vingt-dix-neuf députés et onze sénateurs devaient être organisées. Durant toute cette période, le pouvoir exécutif était décrié à cause surtout de l’utilisation des fonds du trésor public et des bureaux du Palais national à des fins politiques contraire du jeu démocratique.  Pour arriver à la création d’une plateforme politique appelée ‘Inité’ dont l’idée était un éventuel contrôle dans les deux chambres de la prochaine législature, le chef de l’exécutif soudoyait à tous les niveaux des élus en fonction aussi bien que des membres influents, des cadres et dirigeants d’autres partis politiques.  C’était dans cette Haïti avec un avenir incertain ponctué de machinations politiques de l’équipe au pouvoir que s’était arrivée la catastrophe meurtrière du 12 janvier 2010.  « Le gouvernement de Jean-Max Bellerive eut à faire face à une crise sans précédent dans l’histoire du pays suite au séisme dévastateur du 12 janvier 2010, et qui malheureusement n’a pas su montrer le type de leadership qu’on espérait. »

 Le tremblement de terre du 12 janvier

Palais national en ruines

Généralement, comme les autorités haïtiennes en fonction passaient plus de temps à manipuler les institutions étatiques et détourner des fonds publics pour leur réussite personnelle au lieu d’instituer une véritable gouvernance, donc un phénomène comme le développement anarchique des bidonvilles les laissait quasiment indifférents. En quoi cela devraient-ils les intéresser puisqu’ils pensaient qu’ils pouvaient toujours se cacher derrière leurs petits monuments en béton au cas où il y aura, en termes d’insécurité, une urgence ? S’ils sont malades, ils peuvent toujours acheter un billet d’avion pour aller se soigner à l’extérieur comme par exemple à Cuba, aux États-Unis, au Canada et dans certains pays de l’Europe. En quoi cela pouvait-ils les intéresser puisque leurs familles, dans bon nombre de cas, ne sont pas en Haïti ? Pour eux, environnement, infrastructures, décentralisation, centres sanitaires de santé publique, éducation, justice sociale, développement durable ne sont que de simples mots ou des rêves pour des socialistes rêveurs.  Donc, à cause de cette précarité ou de mauvaises pratiques dans les constructions, les dégâts causés par le tremblement de terre en termes de pertes en vies humaines et au niveau des infrastructures ont atteint des proportions chaotiques.

Quelques mois plus tard, alors que des familles pleuraient encore la disparition de leurs proches et que les débris et décombres du tremblement de terre du 12 janvier 2010 étaient encore visibles dans toutes les régions métropolitaines de Port-au-Prince et certaines autres villes, le pays allait faire face à une grave épidémie. C’était une crise de plus.

Comme toutes les institutions haïtiennes, le système de santé n’était pas préparé et ne possédait ni les connaissances ni l’expérience nécessaires pour faire face à une crise de santé publique de cette envergure. Selon le rapport de l’UNICEF Les Enfants d’Haïti- un an après-Des secours à la reconstruction : un long parcours paru en janvier 2011 « La situation s’est encore assombrie vers la fin de l’année quand une épidémie de choléra a provoqué une nouvelle situation d’urgence en Haïti…. Le choléra a plongé le pays dans une nouvelle crise-touchant les 10 départements du pays, tandis que le vibrion du choléra se propageait rapidement et que la transmission s’accélérait après le passage de l’ouragan Tomas au début du mois de novembre.  La maladie frappe le plus lourdement en dehors de Port-au-Prince, dans les régions les plus difficiles à atteindre, caractérisées par une absence totale de services sociaux de base en raison du sous-développement. » (5)

Au moment où, fin octobre (2010) et dans les régions de l’Artibonite, on avait découvert les premiers cas de choléra, le pays était déjà engagé dans une grande fièvre électorale. Les panneaux, les affiches et photos des candidats aux présidentielles et législatives avec les grands moyens financiers, étaient partout.

Face à cette crise épidémique et le constat d’échec de l’État, les idées étaient divisées entre ceux-là qui étaient pour l’élection et ceux-là qui étaient pour son report. Leurs arguments étaient abondants sur le sujet, mais là encore, c’était dépendamment de la position politique des uns et le placement des candidats dans les sondages électoraux.  ‘’Devan, devan net’’.  Donc c’était sur fond d’une crise dans une autre crise puisque les cicatrices du tremblement de terre étaient encore bien ouvertes que, avec une épidémie de choléra, le peuple avait été invité à aller aux urnes pour renouveler les élus.

 Haïti entre la fièvre électorale 2010 et l’épidémie de choléra

 Les élections remplissent de nombreuses fonctions importantes dans la société.  Elles socialisent, institutionnalisent l’activité politique, et surtout rendent possible l’inclusion de beaucoup de citoyens à des postes politiques. Le processus électoral permet l’arrivée au pouvoir sans pour autant passer par le bouillonnant à travers des manifestations, des émeutes, ou des révolutions. En un mot, elles offrent un accès régulier au pouvoir politique ou les dirigeants peuvent être remplacés l’un ou l’autre sans pour autant d’être renversé de force.

L’idée de l’alternance veut que : « ce ne soit toujours pas les mêmes personnes qui commandent et les mêmes qui obéissent. Les capacités d’obéissance et de commandement doivent être en chaque citoyen ».  Par contre, si les élections représentent le mode démocratique de désignation du personnel politique, « des urnes sortent trop souvent en Haïti des dictateurs, contempteurs de la démocratie. »

En effet, les élections législatives étaient prévues les 28 février et 3 mars 2010, mais avec le tremblement de terre du 12 janvier qui a ravagé la capitale haïtienne et d’autres villes avoisinantes, elles étaient reportées.  Report qui devait se faire effectivement en novembre 2010.  Comme aux élections générales de 2005, c’était une classe politique avec des candidats de toutes tendances qui s’était présentée aux scrutins de novembre 2010.

Ainsi, les élections qui se s’étaient déroulées le 28 novembre 2010 étaient à la fois législatives et présidentielles.  Un deuxième tour devrait avoir lieu le 16 janvier 2011, mais a été reporté à cause de soupçons de fraudes lors du premier tour des présidentielles.  Avec des irrégularités électorales du 28 novembre 2010, l’actualité politique haïtienne avait très largement retenu l’attention de la presse locale, des ambassades des pays amis aussi bien que des institutions régionales et mondiales. Ce qui explique que déjà à l’horizon se dessinait le spectre effrayant des répercussions incertaines.

De toutes les préoccupations, compte tenu de l’importance capitale de ce scrutin, il y avait, sporadiquement, de nombreuses manifestations populaires et beaucoup d’autres étaient prévues à travers tout le pays, si toutefois il n’y avait pas une proclamation officielle des résultats définitifs du premier tour des élections législatives et présidentielles et un second tour programmé.  Les mouvements de grandes violences exprimées dans les manifestations, particulièrement de la ville des Cayes dans le département du Sud étaient des cas classiques de protestations de ceux-là qui soutenaient le chanteur Sweet Micky.  Déjà, on pouvait sentir la force machiavélique puisé dans la source du banditisme du leader bandit légal.  Face à toute cette violence, bien entendu, orienté et financé par un groupe avec de grands moyens financiers et d’un pouvoir politique caché, « La communauté internationale a fait pression pour un recomptage, notamment à travers l’Organisation des États américains, chargée d’une mission d’expertise. »

Dans le cadre du nouvel ordre mondial et du jeu macabre de déstabilisation, l’international crée le problème et ensuite offrir un semblant de solution. Ainsi, encore une fois, comme par le passé, l’OEA était invitée.  Arbitre ayant le dernier mot dans les grandes prises de décisions politiques en Haïti, sous les ordres de l’ambassade des États-Unis à Port-au-Prince, l’organisation régionale a tranché surtout en faveur de ceux-là qui supportaient le statu quo local et international, mais contre le peuple et le processus démocratique dans le pays.

Rôles de l’OEA dans les crises politiques en Haïti

Non seulement la crise politique des dernières décennies en Haïti interpelle la conscience de tout haïtien, mais elle nous montre aussi combien est grande l’ingérence internationale dans les affaires politiques du pays. C’est cette ingérence érigée en système de gouvernance qui a engendré une classe politique médiocre, arrogante et immorale dont la qualité laisse à désirer. C’est grave pour la démocratie. Pourtant, l’Organisation des États Américains devrait être un véritable levier pour une démocratie durable en Haïti.

Selon Ricardo Seitenfus « Un simple regard sur les vingt-cinq dernières années dévoile les échecs flagrants de tentative de stabilisation ou de « normalisation » d’Haïti. Pas moins de 30 milliards de dollars auraient été dépensés pour résoudre une crise récurrente. Des milliers d’anonymes spécialistes de la coopération pour le développement se sont rendus sur place pour accompagner et orienter des projets dans les domaines les plus divers. Jamais un petit pays sous-développé n’a autant éveillé l’intérêt d’un si grand nombre de scientifiques et de chercheurs renommés au long de ces trois dernières décennies. Des spécialistes nord-américains et européens des champs de la connaissance les plus divers – économistes en tête – ont élaboré des centaines d’études qui ont débouché sur des suggestions et des propositions. » (6)

Ricard Seintefus

Ricardo Seitenfus, représentant de l’OEA en Haïti lors du premier tour des élections présidentielles de novembre 2010, était donc partie prenante du rôle que jouait la communauté internationale dans cette mascarade électorale de novembre 2010.  L’auteur de l’Échec de l’aide internationale en Haïti, publié sous les Presses de l’Université d’État d’Haïti, croit que: «de toutes les expériences récentes de transition politique entre une dictature et une démocratie, celle d’Haïti n’a pas seulement été longue, chaotique et toujours retardée; elle est la seule à ne pas pouvoir encore définir les règles du jeu de la lutte pour le pouvoir. Des exemples de réussite ne manquent pas et vont tous dans le même sens. D’un côté, les acteurs politiques doivent soigner les blessures du passé (lois d’amnistie, de pardon, de paix et de conciliation, etc.). De l’autre, établir des règles de fonctionnement pour l’avenir (multipartisme, liberté de la presse et des associations, alternance du pouvoir, respect des minorités et des droits de l’homme, institutions solides et respectées, etc. » (7)  

Face à toutes ces crises, tel le départ forcé d’Aristide le 29 février 2004, une mission des Nations-unis sur le terrain qui déstabilisait, l’échec du pouvoir de transition Boniface et Latortue, la soumission du gouvernement de Préval aux dictats venant de l’étranger, le tremblement de terre du 12 janvier 2010, suivi de l’épidémie de choléra, donc c’était un pays affaibli et une classe politique surtout du secteur populaire divisé qui avait facilité aux acteurs de l’international, par le biais des experts de l’Organisation des États Américains (OEA) à l’application, bien entendu à l’envers, du discours de l’ambassadeur américain.  À savoir, en lieu et place des universitaires au Palais national, au Parlement et à la diplomatie, ce sont des musiciens, bambocheurs, des individus très peu préparés à diriger l’État qui sont à la tête du pays.

À commencer par, en mars 2011 lors du second tour des élections présidentielles opposant la professeure d’université au chanteur de la musique compas, l’international avait opté pour le musicien immoral, incompétent et arrogant.

À cette tempête de catégorie 5 qui s’était abattue sur Haïti, l’élite économique aussi bien que bon nombre de l’intelligentsia haïtienne se sont tus. Au lieu de dénoncer l’ingérence de l’international dans les affaires internes du pays, des hommes et des femmes avaient, comme par enchantement, intégrés le pouvoir du chanteur sans vision.

 Entre-temps, l’arrivée de Jocelerme Privert, ancien Sénateur des Nippes et ancien ministre de l’Intérieur de Jean-Bertrand Aristide (second mandat) n’avait pas pu empêcher, lors du scrutin de novembre 2016, avec l’arrivée d’autres incompétents au pouvoir, la descente du pays vers l’abîme. Et depuis, si certains haïtiens font semblant de marcher la tête haute pendant qu’ils sont dans la merde jusqu’au cour, c’est tout simplement ils refusent de comprendre que le pays est dans un profond abîme.

 L’alternance des dirigeants politiques

L’élection est universellement reconnue et acceptée comme étant la seule méthode juste et libre, dans un processus démocratique, de choisir les dirigeants politiques.  Mais quand ces dirigeants, non seulement arrogants et immoraux viennent de nulle part, sont sans expérience dans les affaires publiques et politiques du pays, mais de plus, n’ont aucune formation académique, il y a lieu de s’interroger en matière de progrès sur les résultats positifs de développement de ces dirigeants au pays et surtout les retombées de leurs élections dans un processus démocratique.

Bref, depuis le fameux discours de l’ambassadeur américain Brian Dean Curran en juillet 2003, l’institution électorale ne fait qu’inscrire des candidats sans compétences académiques ni expérience de la fonction publique. Là n’est pas le problème, puisqu’il n’y a aucune exigence constitutionnelle exigeant des diplômes universitaires aux candidats.  Mais là où est le problème, c’est quand ils sont repris de justice ou des individus au passé douteux qui, à travers un poste électif, cherchent à se couvrir de toute immunité de leurs actes de banditisme.

 Les élections de 2015 et 2016

Dans un rapport sur les élections de 2015, publié le mardi 2 juin de cette même année, le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) questionnait la moralité de certains candidats, dont 35 candidats (4 au Sénat et 31 à la députation) en lice pour les législatives, qui étaient de moralité douteuse. « Trente-cinq candidats aux législatives sont pointés du doigt dans ce rapport non exhaustif du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) qui a révélé certains faits troublants portant spécifiquement sur la moralité des candidats aux législatives et qui est de nature à inquiéter tous les citoyens haïtiens. En effet, certains citoyens en conflit avec la loi se sont portés candidats en dépit du fait que le décret électoral leur fait exigence de se munir d’un certificat prouvant qu’ils sont de bonne vie et mœurs. Les candidats mentionnés dans le rapport ont été contraints par la justice pour des motifs divers tels qu’assassinat, escroquerie, abus de confiance, cas de violence, agression et voies de fait, enlèvement, vol, viol, usage de faux, association de malfaiteurs, trafic illicite de stupéfiants, détention illégale d’arme à feu, corruption, vol de propriété, entre autres. » (8)

Ainsi, les deux dernières élections présidentielles et législatives (2010-2011 et 2015-2016) confirment tous ceux et toutes celles qui pensent que lorsqu’un diplomate vous dit quelque chose, c’est tout le contraire qu’il a en tête.  Constanze Villar dans son texte Pour une théorie du discours diplomatique écrivait ce qui suit: « Le discours diplomatique a mauvaise réputation: il est dit banal et euphémique, langue de bois ou mensonger. Les guides de diplomatie ne martèlent-ils pas à satiété qu’« un ambassadeur est un honnête homme qui est envoyé́ à l’étranger afin d’y mentir pour le bien de son pays. » (9)

Puisque des élections post séisme du 12 janvier 2010, sont sortis, malheureusement pour Haïti, des dirigeants incompétents, immoraux et sans expérience pour régler les problèmes très complexes qui minent le pays.  Contrairement à Haïti où des citoyens sans capacité académique et expérience dans les affaires de la politique se portent candidats à quelques semaines d’une course électorale, dans les pays occidentaux, particulièrement les États-Unis, donneur de leçon démocratique, pour bon nombre de chefs d’État américains, à l‘exception du président républicain, Donald Trump, le chemin vers la Maison-Blanche implique un long apprentissage dans la fonction publique.

C’est dans leur vingtaine ou trentaine qu’ils commencent leur carrière, généralement à des niveaux inférieurs du système politique. Mis à part de leur compétence académique et expérience dans les affaires politiques de leur pays, le processus pour devenir président est très long.  Puisque, c’est après de long mois de campagne entre les candidats d’un même parti que, finalement, quelqu’un qui aspire à diriger les États-Unis peut devenir, à travers les élections primaires, le nominé de cette organisation politique, puis participer ou affronter l’adversaire de l’autre groupement aux élections générales de novembre.

Apparemment, les deux-tiers des présidents américains avaient tout d’abord siégé soit à la Chambre des représentants, du Sénat et, dans bien des cas, dans les deux Chambres à la fois, soit comme gouverneur ou vice-président. Les autres viennent d’horizons différents.

De plus, bien que de milieux familiaux différents, bon nombre de présidents américains ont, dans une certaine mesure, une carrière professionnelle similaire avant leur entrée publique en politique.   En effet, parmi les quarante-six chefs d’État des États-Unis, ils sont nombreux ceux-là qui ont pratiqué le Droit à un certain moment dans leur vie. Il n’est pas du tout surprenant qu’autant de présidents soient des avocats parce que cette profession est étroitement liée à la politique dans le contexte américain.  Certains furent des militaires de carrière, d’autres, éducateurs, journalistes, ingénieurs etc.

Sous le titre : Dans quelles universités sont formés les présidents américains? le journal Orientation fait état qu’aux Etats-Unis, Harvard est l’université ayant formé le plus de présidents américains. Les établissements de la Ivy League sont très bien représentés dans ce classement.

Harvard University

 C’est la célèbre Harvard qui remporte la palme. L’université du Massachusetts a formé le plus de présidents américains. Elle est suivie par Yale, l’académie militaire de West Point, Princetown et le Collège de William et Mary. Les établissements de la Ivy League (les huits universités les plus anciennes et prestigieuses du pays) sont très bien représentés, puisque plus d’un président sur quatre (26 %) est diplômé de l’un deux.

 

Peut-être plus surprenant encore, 28 % des locataires successifs de la Maison Blanche n’ont jamais été diplômés. Il s’agit de cas plutôt anciens, tels George Washington (1er président américain) ou Abraham Lincoln (16e), et cela fait plus de 50 ans qu’un président non diplômé du supérieur n’a pas été élu.

Enfin, l’enquête s’est intéressée aux spécialités suivies par ces personnalités au cours de leurs études. Les sciences politiques n’arrivent qu’en quatrième position, le podium se composant, dans l’ordre, de l’histoire, de l’économie et des affaires internationales.

 Quant aux deux candidats pour la présidentielle de 2016, Hillary Clinton a étudié à Yale, et Donald Trump à l’université de Pennsylvanie.(10).

Tandis que, l’actuel président américain, Joe Biden, il a étudié le droit à l’université de Syracuse, dans l’État de New York.

En réalité, jusqu’à preuve du contraire, le discours de l’ancien ambassadeur américain répond plus à une réalité américaine qu’à celle d’Haïti ou tout est décidé par celui qui finance et une culture politique où les règles du jeu sont bafouées par une dynamique cynique de jeu d’intérêts au détriment de l’intérêt national.

Haïti avec des autorités mal élues, immorales, incompétentes et corrompues

Les aides faites par les pays et les organisations internationales au pays pendant le processus dit de transition démocratique initié dans l’Haïti post-Duvalier, s’élèvent à des milliards de dollars.  Si elles avaient été utilisées à bon escient, de telles aides et dépenses pour les élections auraient dû conduire à des améliorations dans ce processus démocratique, mais malheureusement, elles ont en réalité seulement servi à enraciner le statu quo du système corrompu dont les politiques publiques entravent toujours le développement de cette transition démocratique interminable.  « Les pays donateurs ne donnent pas par pur altruisme, ils avancent leurs intérêts stratégiques et économiques. L’aide fournie implique souvent que le pays récipiendaire achète en contrepartie au donateur, à un prix généralement plus élevé que le marché. Il est opportuniste pour les pays développés de soutenir ces dirigeants corrompus car cette situation permet aux grandes puissances de plus facilement négocier leur accès aux ressources fabuleuses…. Plutôt que devoir faire face à une vraie démocratie qui poserait ses conditions. Autant maintenir au pouvoir un gouvernement amadoué par l’aide et d’approuver la tenue d’élections arrangées de façon à garder bonne conscience. » (11)

Mais pour parvenir à une élection crédible, l’institution appelée à l’organisation de la compétition électorale doit, pendant tout le processus, « obéir à des normes neutres et bien précisées, afin d’éviter d’incliner la balance en faveur d’une force politique, fait qui pourra mettre en doute la crédibilité du système politique.  Il faut donc assurer tous les groupes politiques qu’ils ont des chances égales d’accès au pouvoir et que les règles du jeu sont garanties par des lois impartiales. » Mais, dans le cas d’Haïti, comme il arrive très souvent, ce sont des élections frauduleuses, manipulées dans l’intérêt d’un petit groupe.

Général de Gaulle disait que « les États-Unis n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. » Mais, comment ne pas souvent penser à cette phrase de ce général français quand on observe, à l’ère de la démocratie, compte tenu de sa force politique, économique et militaire dans le monde, comment les USA, à travers leurs ambassades dans bien des régions, influencent les décisions politiques des petits pays pour défendre leurs intérêts, tout en ignorant ceux de leurs supposés amis.

 Ce qui fait que, du chanteur Sweet Micky, fait président par l’international, à son poulain ‘’nèg bannan’’, supporté par cette même communauté internationale ou le Core Group, la transition démocratique se trouve, depuis bien des années, dans l’impasse.

Imposé par l’international et le statu quo national à travers la mascarade électorale de 2016, comme son prédécesseur Sweet Micky, le chef de l’État, deuxième version, issu du parti Tèt Kale était arrivé au pouvoir dans un contexte très difficile. Ainsi, les problèmes de légitimité et de crédibilité du poulain de l’international, suivi de son incompétence dans la gestion de la chose publique du pays, étaient un handicap majeur tout le long de son fonctionnement au pouvoir. Pour un président qui avait, non seulement entretenu des liens d’amitié avec d’autres dirigeants du parti PHTK, mais lui-même, tremper dans des affaires louches avec des hommes et femmes d’affaires du secteur privé, le chef de l’État pataugeait dans la corruption de toute sorte.

Contrairement à ce que pensaient et pensent encore les supporteurs du statu quo, les dirigeants politiques des dernières années, pillaient et continuent encore à piller le Trésor public du pays.  L’implication des hommes d’État des dernières élections dans des actes mafieux est visible à l’œil nu.  Même le simple citoyen n’a besoin ni de télescope ni de microscope pour voir bouger sous ses yeux les vices de la corruption érigée comme système et qui fragilise la nation davantage au point de l’enfoncer encore plus dans une situation d’État failli.

 Le pays n’était pas gouverné

Les inégalités sociales sont si criantes entre ceux qui possèdent tout et ceux qui n’ont rien. Des bandits sont de connivence avec des élus. Entre-temps l’administration publique se dévalorise chaque jour. En effet, le drame socio politique auquel Haïti fait face durant respectivement les deux administrations du chanteur Sweet Micky et de ‘’nèg bannann’’ est indubitablement lié à la défaillance des institutions à répondre aux problèmes du pays.

Car, sous les yeux des soi-disant autorités du pays, la situation socio-politique se détériore. Pendant les dix dernières années de mandat des hommes imposés de Washington, vu de leurs incapacités de convocation et de contrôle de ces deux président, Haïti vivait et vit encore une situation de tension généralisée qui fait peur. Quand ce n’était pas à Grand Ravine, Ti Bwa, Village de Dieu au Bicentenaire dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, c’est dans presque toutes les grandes villes du pays que les armes automatiques se font entendre. N’en parlons pas de la tuerie organisée contre les pauvres gens de La Saline, de Cité soleil, de Carrefour-feuilles, Pont Rouge et Bel-Air en plusieurs occasions.  Partout, les bandits imposent leurs lois. Face à cette situation, toutes les institutions sont impuissantes à ce qui se passe au pays.

De plus, le pays fait face à de sérieuses crises sociétales comme l’éclatement de l’espace urbain, l’insécurité, l’impunité, un système de transport défaillant, des problèmes de dépréciation de la monnaie nationale (gourde) par rapport au dollar américain, de corruption, d’analphabétisme, de pénurie de carburant depuis plusieurs semaines, de cherté de la vie, de kidnapping, de la prolifération des armes dans les quartiers populaires, pendant que rien n’est fait pour résoudre ces problèmes complexes, donc le pays est pris en otage par un état paria.

Oui, cela fait longtemps que la République est dirigée par des administrations les unes les plus incompétentes, insouciantes et corrompues que les autres.  Pour un pays d’une superficie de 27,750 km2, quand il y a des bandits sur presque tout le territoire, donc que contrôle l’État?  C’est un État qui n’a aucun pouvoir de contrôle et de convocation. Quand sur la terre héroïque de Dessalines, l’expression de violence, avec des gangs armés de connivence avec des élus, est la règle, le pays est donc dirigé par un État voyou en mauvais état de délinquance.

Dans son texte titré : une révolution pour Haïti, publié dans les colonnes Journal de Montréal, Loïc Tassé opine que: « Rarement un pays a été gouverné par une brochette de bandits et d’incompétents…Tant que les élites actuelles resteront au pouvoir, rien ne changera. Elles continueront à s’empiffrer, entre autres grâce à l’argent qui arrive généreusement de l’étranger… »

Comme plus que cela change avec la litanie des élections frauduleuses des législatives et présidentielles des dernières années plus les choses sont restées les mêmes pour la classe défavorisée, donc le futur d’Haïti est incertain.

Mais où sont donc les universitaires de ce pays ? Où sont-ils, les diplômés du FUBRIGHT, de Harvard, Columbia, Stanford, Georgetown et autres universités américaines, de la Sorbonne ou de HEC, McGill ou Laval dont parlait l’ambassadeur américain ?

 Si, au nom de la démocratie, la communauté internationale a toujours le dernier mot dans un processus électoral en Haïti, aux États-Unis, le pays de l’ambassadeur, les choses se font différemment.  Lors de la crise électorale des élections présidentielles de novembre 2000 opposant respectivement les candidats républicains et démocrates George W. Bush et Al Gore, Bill Clinton, alors Président sortant, n’avait pas fait appel à l’OEA pour trancher sur un sujet de souveraineté nationale.  Comme cela se fait à chaque élection en Haïti, la « république des comédiens. », plus récemment, alors que le président sortant Donald Trump contestait les résultats des élections de novembre 2020, il n’avait pas sollicité l’expertises des membres de l’OEA pour trancher sur la crise, alors que le bureau de l’organisation hémisphérique n’était pas loin de la Maison Blanche.

Pour les élections aussi bien que du pouvoir politique en Haïti, c’est comme dans les animaux malades de la peste de Jean Lafontaine. Selon que vous soyez pro ou anti impérialiste, la communauté internationale peut vous rendre blancs ou noirs. Depuis leur départ de leurs dix-neuf années d’occupation d’Haïti (1915-1934), les États-Unis sont, par le truchement de leur ambassade à Port-au-Prince, devenus une force de déstabilisation de la politique haïtienne.  De par ses agents sur le terrain, Washington peut décider à n’importe quel moment de la destinée d’un candidat à la présidence aussi bien que de celle d’un chef d’État en fonction, surtout si ce président essaie de remettre en cause ses intérêts. « L’histoire a démontré plus d’une fois que lorsque les dirigeants des pays exploités ne font pas l’affaire des grandes puissances, élus démocratiquement ou non, ils sont diabolisés. Durant la guerre froide on les accusait d’être communistes, aujourd’hui la tendance est de les accuser d’être en violation des principes des droits humains. »  (12)

Donc, si aujourd’hui, Haïti est un pays de merde, le peuple haïtien est en droit de questionner pourquoi les pays dits amis d’Haïti trop souvent portent leur appui à des leaders obscurantistes et permettent à ces derniers de perdurer au pouvoir au détriment du bien-être des masses défavorisées dans les quartiers pauvres aussi bien que de l’implantation d’une vraie démocratie.  Il est incohérent que les États-Unis, par le biais de la section culturelle de son ambassade à Port-au-Prince, cherchent à dynamiser sa diplomatie publique et un meilleur rapprochement entre les deux pays en permettant à des jeunes haïtiens brillants et prometteurs d’étudier dans de grandes universités américaines, pendant que Washington, dans le choix de leur partenaires politiques, se positionner de préférence en faveur des cancres au pouvoir.  Au lieu de supporter une nouvelle classe de leaders versés dans les idées modernes de la démocratie et de la bonne gouvernance, lorsqu’il s’agit de joutes électorales servant à décider quels modèles de leaders vont présider aux destinées d’Haïti, c’est tout le contraire qui s’est fait.  Et si, accidentellement, l’ambassade américaine faisait de la promotion d’un gradué de leur université, s’il n’est pas un agent double, c’est sans ambages, un soumis au style de ‘’yes sir’’. Face à ce constat, que faire ? Que peut-on espérer ? Y-a-t-il encore de l’espoir ?

Où sont passés les universitaires dont parlait l’ancien ambassadeur américain?

Comme Diogène, le pays cherche d’autres Manuel et Anaïse pour faire le grand coumbite. « On se rappelle sans doute cette courte anecdote concernant Diogène de Sinope, le cynique, rapportée ici par Diogène Laërce : » Ayant allumé une lanterne en plein jour, il dit : “Je cherche un homme. » (Vies et doctrines des philosophes illustres, VI, 41, éd. Goulet-Cazé, p. 718.) 

Ils sont nombreux parmi des cadres et universitaires haïtiens vivant à l’intérieur comme à l’extérieur du pays qui, quotidiennement, se plaignent de la situation sociopolitique en Haïti et de l’absence de visions ou de dirigeants compétents pour tacler les problèmes.  Ils sont des anciens gradués de l’Université d’État et des Universités Privées d’Haïti aussi bien que de boursiers de l’ambassade américaine à Port-au-Prince.   De plus, ils sont nombreux ces gradués des universités d’Haïti qui ont aussi suivi des séminaires de formation dans des grandes institutions nord-américaines.  Pourquoi ces universitaires ne sont pas encore au timon des affaires de l’État ?  S’ils ne sont pas encore à des postes électifs, pourquoi ils ne sont pas à des postes nominatifs pour défendre les intérêts du pays?

Quand, à travers le Core Group, Washington préfère des dirigeants non qualifiés à ceux qui ont fait de grandes études dans leurs universités, il y a lieu de questionner le type de formation qu’offrent ces institutions ou les intérêts politiques que l’impérialiste américain plaçait dans ses dirigeants incompétents et immoraux.   Qu’est ce qui est plus important, faire de la promotion des universités nord-américaines à partir des dirigeants bien formés avec de grandes valeurs morales au timon des affaires de l’État ou défendre les intérêts politiques de l’Oncle Sam avec des leaders incompétents, mais surtout soumis à leurs idéaux anti-démocratique?

Peu importe ce que cherche Washington, dans le domaine du sport, on dit souvent qu’on ne change pas une équipe qui gagne.  Mais, quand l’équipe est incapable de donner des résultats, on est obligé de la changer. À commencer par les dirigeants, les entraineurs, jusqu’aux joueurs réservistes.  Pas de replâtrage.  Le peuple haïtien veut des résultats. Est-ce un tabula rasa du système qui viendra avec ces universitaires compétents avec de grandes valeurs morales et de l’expérience dans les affaires publiques ou la participation de ces cadres à des postes de commande qui mettra fin à ce système corrompu et médiocre pour finalement remettre le pays sur la voie du changement ?  En attendant de trouver une réponse à toutes ces pertinentes questions, on est en droit de demander à l’ambassade américaine à Port-au-Prince, où sont passés ces universitaires dont parlait leur ancien ambassadeur en juillet 2003 ? Qui sait si parmi ces universitaires, on ne trouvera pas des fils ou des filles de Manuel et d’Anaïse qui puissent, par leurs grandes visions de changement, conduire le pays vers l’entente et la conférence nationale que prônait l’ancien sénateur, Dr. Tuneb Delpé.

 Prof. Esau Jean-Baptiste

 

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Références

1-Le Monde Du Sud// Elsie News

Archives. Juillet 2003. Discours de l’ambassadeur sortant des États-Unis en Haïti Brian Dean Curran, le 9 juillet 2003

Publié par siel sur 6 Juin 2017, 15:40pm

Catégories : #AYITI ROSE RAKET,  #AYITI EXTREME DROITE,  #DUVALIER,  #PEUPLE sans mémoire…

2&3-Patrick Charaudeau

Centre d’Analyse de Discours

Université de Paris 3

A quoi sert d’analyser le discours politique

4-Les Premiers ministres haïtiens en un coup d’œil

Publié le 11 novembre 2009/Haïti-Primature-Historique/Kiskeya

5-UNICEF

Les Enfants d’Haïti- un an après-Des secours à la reconstruction : un long parcours.

Paru en janvier 2011

6&7- Ricardo Seitenfus

La nature du dilemme haïtien

Publié le 29 avril 2015/Le Nouvelliste

 8-Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH)

9-Constanze Villar

Pour une théorie du discours diplomatique

10-Orientation.

Dans quelles universités sont formés les présidents américains?

Publié le 26 octobre 2016

11-Emmanuel Martin

Afrique: sortir de la dépendance à l’aide

Il y a un cercle vicieux de l’aide en Afrique

Contrepoints 15 juillet 2011

Le pouvoir Tèt Kale deuxième version

12-Julie Levesque

L’ingérence étrangère en Haïti: quelle démocratie

25 novembre 2010

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