Comment détruire facilement un pays ? 

Comment détruire facilement un pays ? 

« C’est nous jeunesse étudiante,

C’est nous les grands nous les petits

Demain la gloire d’Haïti. »

(Hymne à la jeunesse de Édouard A. Tardieu 18 mai fête du drapeau et de l’université. Bref, fête de la jeunesse).

Marcel P Mondesir

Massachussetts, USA, 05/16/2023 – Que pourra dire Ariel Henry à la jeunesse d’Haïti ? Existe-t-il encore une jeunesse dans ce pays ? Est-ce que cette jeunesse a le courage, l’énergie et la fierté pour de partout sur la terre d’Haïti d’époumoner cet hymne de Édouard A. Tardieu ?

Comment se sentirait-il aujourd’hui en regardant la déliquescence de cette jeunesse ? D’ailleurs lui-même Tardieu n’est-il pas trahi par l’un des siens ?

Fête de l’Université. De quelle Université parlons-nous aujourd’hui ? De cet espace défini partout ailleurs comme le temple du savoir, le réservoir de la pensée universelle et de la pensée critique. Celle d’Haïti peut-elle se définir ainsi ? Notre éducation se trouve à un tel niveau critique, par les temps qui courent tous les temples du savoir du fait du monde nous indexent, nous mettent en quarantaine.

Ils questionnent nos cursus, nos curriculums à tous les niveaux depuis la petite enfance jusqu’aux échelons les plus élevés.

Oh, quelle honte pour un pays qui a fourni tant de cerveaux à l’humanité et qui dans un certain passé a été le pourvoyeur de cerveaux pour le continent africain et plus près de nous le Canada.

Malgré tout, combien d’hommes et de femmes, de manière disparate, brillent de mille feux dans les grandes instances internationales et occupent des postes de responsabilité et de gestion dans les Universités les plus prestigieuses des Amériques. Et, pour la plupart, leur base était l’école d’Haïti.

Quelle gestion catastrophique, quel type de politique publique avons-nous appliqué pour nous ramener aussi bas de l’échelle ?

Même celles et ceux que nous avons accompagnés dans le temps, sont bien obligés de nous traiter avec la plus grande rigueur.

Jeunes d’haiti

L’école d’Haïti perd de sa valeur dans tous les domaines. Et, selon toute vraisemblance, l’une des causes de cette descente aux enfers réside dans cette question : quel homme haïtien voulons-nous pour quel pays ? Disons le plus crûment : quelle école haïtienne, pour quel pays ? Quelle école haïtienne, pour quel développement ?

Colloques sur colloques, assises sur assises, missions après missions, tout ceci pour rien. On dirait que nous faisons le choix de jeter de l’argent par la fenêtre tout en sacrifiant génération après génération.

Qui dans le secteur éducation, tout niveau confondu peut oser nous dire que l’école d’Haïti fonctionne selon le standard international en matière des jours de classe (tous les niveaux confondus) ?

Qui dans le système a pris le soin de produire une évaluation sur le nouveau mode d’apprentissage ? Nous faisons référence ici aux cours à distance via les réseaux sociaux où les éléments de base (internet et électricité) font cruellement défaut.

Le moment n’est-il pas venu pour qu’ensemble nous jetions un regard critique sur la coopération internationale en matière d’éducation avec Haïti ? Depuis l’OIF, l’Unesco, les financements avec des titres ronflants de la Banque mondiale, de la BID. La coopération toute particulière de l’UNICEF pour les petits enfants, les écoles du premier au troisième cycle ?

Que dit-on des divers accords de l’Université d’État d’Haïti éparpillés encore plus qu’il y a vingt ans. Et depuis plus de trois décennies un projet de Campus est sur toutes les lèvres.

Quid aujourd’hui des différentes associations d’élèves au niveau du secondaire ?

Que dire des mouvements d’étudiants fer de lance et avant-garde des mouvements sociaux ? Haïti en a connu quelques-uns. Et bon gré mal gré la Fédération Nationale des Étudiants Haïtiens (FENEH) émanation du mouvement de protestation à l’intérieur de l’espace universitaire après la chute de la dictature des Duvalier a marqué son temps.

La FENEH, malgré certaines faiblesses, a joué un rôle central dans la poussée des revendications populaires de 1986. À celles et ceux qui auront à écrire l’histoire du mouvement social haïtien d’après la dictature de déceler les forces et faiblesses de ce mouvement. De par notre positionnement, nous ne sommes pas les mieux placés pour porter un jugement.

Quid des différentes associations d’élèves de Jérémie dans la Grande-Anse, au Cap-Haïtien dans le Nord, pour rejoindre les Gonaïves où les associations d’élèves ramassaient le sang des trois jeunes : Mackenson Michel, Jean Robert Cius et Daniel Israël assassinés par les sbires de Jean-Claude Duvalier (tontons macoutes) le 28 novembre 1985. Ce fut la goutte d’eau qui a fait déverser le vase du rejet du régime.

Nous ne saurions oublier les associations d’élèves de la capitale et en particulier Zafè Elèv Lekòl (ZÈL) et Inyon Elèv Pòtoprens (IEP).

Tout ceci, toutes ces énergies dépensées, tous ces investissements de notre vie pour aboutir à cette Non-école d’Haïti et l’équipe d’Ariel Henry ne se gêne plus de l’éliminer complètement.

Le bilan de l’équipe d’Ariel Henry en matière d’éducation est pareil au bilan de tous les autres domaines stratégiques capables d’élever une nation. Sur une échelle de 1 à 10 combien peut-on noter les résultats de cette équipe qui se spécialise seulement dans l’élaboration des Accords (Akò Akwòkò, Dezakò) pour conserver le pouvoir.

Pour ne pas nous perdre dans des exercices à n’en plus finir, prenons les instances régaliennes du pouvoir. Citons-en : diplomatie, justice et sécurité, défense du territoire, production nationale, santé, éducation.

Que les instances internationales friandes d’évaluation de politique publique, OIF, BID, BM, FIM, que les Universités d’Haïti à travers la Corpuha ou bien ensemble ou bien de manière séparée avec une méthodologie claire et standard fassent pour le peuple haïtien une évaluation de ces politiques publiques pour éclairer nos lanternes. La population haïtienne leur sera hautement reconnaissante.

En dernier ressort nous aimerions savoir quelles paroles le Recteur de l’Université d’État d’Haïti aura porté au nom du temple de savoir et en signe de respect pour la jeunesse universitaire du pays ce 18 mai 2023.

Quant au chef du gouvernement, nous sommes déjà habitués à ces discours creux, ces phraséologies semblables à son état d’âme, car il n’a pas d’état d’âme.

Les ministères de l’éducation nationale et celui de la jeunesse et des sports auront-ils la couille et l’audace de rassembler comme des moutons les enfants des différentes écoles pour leur faire défiler et surtout pour leur faire entonner l’hymne à la jeunesse ?

Mesdames et messieurs du pouvoir PHTK 3ème version et alliés dirigé par le roi Ariel Henry, s’il vous plaît n’allez pas souiller la cité du roi Christophe, n’allez pas humilier la jeunesse de mon pays, n’allez pas pousser l’audace encore plus loin sur les cadavres de centaines de jeunes sacrifiés à cause de votre soif d’argent et de pouvoir. D’ailleurs quel pouvoir et pour quelle finalité ?

Marcel Poinsard Mondésir 

Photo: www.sibellehaiti.com

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