Claude Joseph, le nouveau chef de l’opposition !
« Ariel Henry, le représentant du clan de Martelly, sera sans pitié à l’endroit de Claude Joseph. D’ailleurs, d’après une source très crédible, le premier ministre de facto a menacé le chancelier sortant d’une façon à peine voilée. Ariel lui a déclaré qu’il n’a plus les moyens de le protéger s’il reste dans le pays. Pour remédier à cette incommodité, il a offert un poste d’ambassadeur à Claude Joseph, quelque part en Europe, que ce dernier a habilement refusé. En fait, ce n’était rien d’autre qu’un exil doré ! »
Par Joel Leon
Contre toute attente, Claude Joseph, ancien ministre des Affaires étrangères, s’adressait à la nation de la façon la plus spectaculaire qu’on pouvait imaginer. L’essence de son discours circonstanciel était de se présenter à la nation, car, avant son ascension au pouvoir, il était inconnu du public; parler de ses réalisations dans la diplomatie ; réaffirmer son attachement au président assassiné, Jovenel Moïse, et son engagement dans le processus trouver justice à son mentor, et en dernier lieu, se proclamer devant la face de la terre comme le chef de l’opposition en Haïti.
C’est cette dernière partie qui m’intéresse, le chef de l’opposition. « En politique, le parti qui empêche le gouvernement de s’emballer en lui coupant les jarrets », constitue la contestation. Si on part de ce principe, Claude Joseph est prêt à se concevoir en emmerdeur du gouvernement d’Ariel Henry. Car, pendant tout le règne de Jovenel Moise, l’opposition haïtienne a été traitée comme un groupe de bons à rien, d’emmerdeurs…En réalité, le fonctionnement de l’opposition haïtienne a été toujours une force préjudiciable qui propose très peu et, qui sans merci prononce des édits de condamnations à mort à l’endroit des présidents de la république.
Claude Joseph VS Ariel Henry
Je me demande si le Dr Claude Joseph a saisi toute la dimension de ce choix politique. Car, être chef de l’opposition en Haïti équivaut à un homme qui est perçu comme un bandit. L’opposant haïtien est constamment vilipendé, déformé, traqué, arrêté, emprisonné, torturé, assassiné…Est-ce que Claude Joseph est psychologiquement paré pour ces genres de traitements. D’ailleurs, le régime auquel il appartenait, hier encore, se distinguait dans la mystification et la déshumanisation de ses opposants politiques. Certainement, Ariel Henry va coincer Claude Joseph de la même façon, s’il ne sera pas le pire !
Ariel Henry, le représentant du clan de Martelly, sera sans pitié à l’endroit de Claude Joseph. D’ailleurs, d’après une source très crédible, le premier ministre de facto a menacé le chancelier sortant d’une façon à peine voilée. Ariel lui a déclaré qu’il n’a plus les moyens de le protéger s’il reste dans le pays. Pour remédier à cette incommodité, il a offert un poste d’ambassadeur à Claude Joseph, quelque part en Europe, que ce dernier a habilement refusé. En fait, ce n’était rien d’autre qu’un exil doré. Donc, déjà les hostilités ont passé de la phase d’ouverture à l’escalade. Car, c’est une atteinte directe à la vie de Claude Joseph s’il reste dans son propre pays. Entretemps, ce dernier a quitté le pays, il est aux Etats-Unis. C’est chez l’oncle Sam qu’il a rendu public son désir de prendre la tête de l’opposition.
Le comportement de Claude Joseph est-il justifié ?
Certainement oui. Car, comme il l’avait fait remarquer dans son adresse à la nation, les opposants d’hier sont aujourd’hui au pouvoir. Il y a un vide qu’il faut absolument combler. « L’opposition est essentielle dans une démocratie, « elle est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Et, de la façon que l’opposition s’était désengagée et désintégrée comme une pouf de fumée, tout de suite après l’intronisation du premier ministre/président, crée un vide. Une vacance que Claude Joseph s’apprête à combler. Mais où est passée l’opposition qui avait combattu le régime PHTK pendant les dix dernières années ?
Où est l’opposition ?
C’est une question qui ne cesse de revenir à chaque fois qu’on parle de politique en Haïti. On ne peut s’en empêcher, car tout le discours politique a changé en un tour de main. C’est comme s’il n’y a plus de maux à guérir, plus de corruption à dénoncer, plus d’illégalités à pointer du doigt…Du jour a demain, Haïti est devenue un paradis ou le peuple jouit d’un niveau de vie très élevé, mettant fin ainsi à toute velléité ou raison d’être de l’opposition. « L’opposition politique constitue l’essence même de la démocratie, en ce sens qu’elle est le début et la fin de tout processus démocratique. Le respect de l’opposition est une proclamation des libertés. Il représente une des vertus cardinales de la démocratie sur le plan politique »
Pourtant, la situation empire partout et en tout. Ariel Henry nage dans la plus parfaite illégalité, impossible même à imaginer. Il est président et premier ministre à la fois, il accumule des fonctions publiques, il nomme et révoque à l’insu du conseil des ministres, il se donne des pouvoirs sans limites, il jouit d’un mandat éternel, il engage le pays dans des transactions internationales ignobles, il s’enrichit…En revanche, l’opposition s’est évanouie au moment même quand elle devrait être le fer de lance incontestable de la contestation populaire.
Claude Joseph a l’audace d’un homme politique opportuniste. Le message qu’il a exprimé, non sans une certaine solennité, a fait son chemin. Cette sortie a été visualisée par plusieurs milliers de sympathisants ou curieux sur tous les réseaux sociaux, elle a créé des remous aussi au sein même du clan des jovenelistes. Cyrus Sibert, un défenseur déclaré de l’ancien président Jovenel a lancé une mise en garde claire à Claude Joseph, en disant que le jovenelisme a une seule cheffe, c’est bien Marine Moïse !
Ce qui reste de l’opposition ou qui fait semblant d’en être encore, réagi dans les coulisses. La seule voie discordante et autorisée qui s’était exprimée contre l’intention d’Ariel Henry d’augmenter les prix du pétrole dans le pays, c’était l’ancien sénateur Antonio Cheramy, dit Don Kato. Après quoi, c’est le silence total !
Donc, la transmutation de l’opposition vers la jouissance du pouvoir politique débroussaille la voie à Claude Joseph de s’imposer, non sans conteste, comme le principal chef de l’opposition. Cette partie ne fait que commencer, il faut s’attendre à d’autres révélations et déceptions dans les jours à venir. Entre-temps, pour parodier l’américain, « It is what it is »!
Joel Leon
Photo: www.haitinews2000.net







