CLAUDE JOSEPH ENCORE VIRÉ 

CLAUDE JOSEPH ENCORE VIRÉ 

Par Duverger Altidor

Washington, DC-Les nombreux chômeurs dont pullule le pays accueillent une nouvelle recrue en leur sein, en la personne de Claude Joseph. En effet, au cours de la semaine écoulée, le titulaire du ministère des affaires étrangères se retrouve désormais sur le béton, sans emploi, “deux bras balancés”. Derrière cette révocation : un remaniement ministériel. Une petite touche de toilette que le Premier ministre de facto voulait donner à son gouvernement. Après tout, il faut bien qu’on donne l’impression de vouloir avancer afin de marquer le pas sur place.

Si se baigner aux sources puantes de Titanyen conférait vraiment de la chance telle que la croyance populaire le laisse entendre, on conseillerait à monsieur Joseph de bien s’y rendre pour prendre le fameux bain rituel, afin d’enlever cette déveine politique qui le frappe de plein fouet. Car, tout ce qu’il entreprend finit en mal. En moins de cinq mois, monsieur Joseph a été remercié deux fois. D’abord viré à la tête de la primature par Jovenel Moïse, il pouvait se contenter du portefeuille de la Chancellerie, à la mort de celui-ci. Mais voilà, le destin en a décidé qu’on la lui arrache quatre mois plus tard. Comment peut-on faire ça à lui qui a tout tenté pour redonner du souffle à la diplomatie haïtienne, plongée dans un état moribond depuis des années, se demande-t-il peut-être ?

C’est d’autant plus vexant que parmi ces nouveaux ministres il y en a qui sont décriés pour être des larcins ayant leur casier judiciaire au sein de la Police. Claude Joseph doit être fou de rage, et ce n’est pas l’accueil chaleureux dont il a été l’objet par ses anciens collaborateurs à la Chancellerie qui va calmer son ire. Il misait tant sur ce prestigieux portefeuille qui accorde une espèce d’éclat à son titulaire. Et cette visibilité, Claude Joseph la cherchait désespérément pour se frayer un chemin, pour réaliser un rêve, pour gravir des échelons, pour se faire remarquer….ou tout simplement pour préparer son avenir politique. Son audace n’a d’égal que l’intrépidité de ses actions.

Au cours de son passage comme chef de la diplomatie Haïtienne, tout ce qu’il faisait était millimétré. Il calibrait ses tirs pour atteindre son objectif en plein cœur. Il lançait des cailloux dans l’eau pour mesurer la profondeur de celle-ci. Il faisait tout pour avoir un certain ancrage au sein du parti du défunt Moïse à la mémoire de qui il voue une révérence déifique, juste pour avoir le clan Jovenel à ses côtés. Cela faisait partie d’un plan bien orchestré pour réaliser ce rêve qui lui est si cher. Car il s’en est fallu de peu pour qu’il devienne président de la république. Nous allons revenir sur cet aspect plus bas.

Manipulant la plateforme du réseau social avec beaucoup de dextérité, Claude Joseph savait comment l’exploiter afin d’en tirer le meilleur parti. Ainsi, la toile estampillait ses rencontres, ses déclarations, ses tweets qui offraient le portrait d’un diplomate qui s’abouche avec les grands dignitaires de ce monde. Enfin la machine de la diplomatie haïtienne pouvait compter sur un champion. Comme il lui manquera ses nombreux périples fastueux qui lui donnaient accès à tous les grands salons diplomatiques.

Ses pérégrinations l’emmenèrent jusque dans la tanière du pontife du Vatican avec qui il se faisait prendre en photo. Mais comme l’avait dit notre cher Maurice Sixto : “Chen fè rèv li, li ret nan kè l”. Claude Joseph avait bien évidemment dérogé à ce conseil salutaire, pour son propre péril. Car des oreilles écoutaient, des yeux observaient et épiaient ses moindres mouvements. Confondant vitesse et précipitation, il oubliait que lorsque la couleuvre veut grandir, elle se claquemure dans son trou. Les requins qui sont à la tête du gang phtékiste le jugent trop remuant. Pour eux, ses objectifs étaient clairement discernables. Il travaillait non dans l’objectif de faciliter le deuxième avènement du “parrain” mais pour promouvoir un Jovenelisme dérangeant.

En effet, voulant se catapulter coûte que coûte au devant de la scène politique, Claude Joseph faisait feu de tout bois. Car son influence s’estompait. Et c’est cette quête du Graal qui le poussait à jouer ce coup de poker, en tentant d’exacerber le sentiment anti-dominicain dont il sait être présent chez la quasi-totalité des Haïtiens. Mais, mal lui en prit, il s’est lancé dans un bras de fer avec la République Dominicaine qui l’a rendu manchot.

Luis Abinader (Photo: DW)

En effet, se référant à la mise en garde du département d’État à l’endroit des touristes Américains sur les dangers potentiels qu’ils risqueraient en République Dominicaine, Claude Joseph avait repris ces propos pour faire comprendre à ces Dominicains qui se croient sortir de la cuisse de Jupiter que le problème de l’insécurité n’est pas seulement l’apanage des Haïtiens mais qu’elle les ronge autant que nous. Cette petite claque a eu l’effet d’une bombe !

Abinader avait vu en ces propos une sorte d’affront fait à son peuple, surtout venant d’un pays aussi à genoux que Haïti. Le président dominicain en a fait tout un plat. Des sanctions n’ont pas tardé à se déferler sur Haïti par rafale. La suspension des visas pour nos étudiants ainsi que le ralentissement du commerce informel. Tout cela parce qu’un diplomate ne comprend pas quand il faut maintenir sa langue en bride.

Mais coup de théâtre, loin de soutenir son chancelier, Ariel Henry a plutôt délégué un émissaire pour quémander l’indulgence des dominicains. Claude Joseph était donc isolé et calciné politiquement. Depuis, notre remuant diplomate n’était plus le même homme. Il gardait un profil très bas. Des rumeurs font même croire qu’il aurait présenté des excuses personnelles à Abinader.

Pauvre type, il voulait marquer des points sur le plan national, mais, de toute évidence, c’est l’effet boomerang qui s’est produit. Car une certaine frange de la mouvance du PHTK (le parrain peut-être) qui, de toute évidence l’exècre, en profitait pour crier haro sur le baudet. Pour elle, c’était un cas pendable. On a réclamé sa tête, afin de tuer l’histoire dans l’œuf.

Mais, l’autre grief qui peut bien se cacher derrière la révocation de Claude Joseph serait dû au fait que ce dernier se positionnait en rival d’Ariel Henry. Les deux hommes sont des Némésis. Ils collaborent mais se détestent. Pour comprendre cette thèse, il faut se rappeler les événements du 7 Juillet dernier. À la mort de Jovenel, Claude Joseph qui assurait alors l’intérim à la primature n’entendait pas lâcher prise sur la primature. Fort du soutien de Martine Moïse et de certains ministres de son gouvernement, il se considérait comme héritier présomptif pour assumer la présidence provisoire.

Ses ambitions allaient même au-delà de la primature puisqu’il voulait faire appliquer l’article 149 de la constitution qui lui conférerait la double fonction de

Photo: www.haitiaujourdhui.com

président et de Premier ministre. Il a fallu l’intervention in extremis des Américains pour évincer monsieur Joseph du pouvoir. Ce n’est donc pas par amour que monsieur Ariel Henry ait pu accepter Claude Joseph dans son gouvernement. Il l’a fait pour apaiser le clan Moïse qui le voulait dans le gouvernement puisqu’il se montrait disposé à baisser la bague de la première dame. L’incident diplomatique est juste un faux-fuyant pour se débarrasser d’un chancelier qu’on considère comme un caillou dans ses chaussures.

Mais attention, tout n’est pas encore joué. En dehors du pouvoir, Claude Joseph peut bien causer des nuisances à Ariel Henry. Fougueux et ambitieux, il se prépare sans doute à prendre sa revanche tôt ou tard. La rebuffade est trop sévère pour qu’il soit resté sans réaction. Car la vengeance est un plat qui se mange à froid. Ayant des connexions au sein de la Police, sans mentionner quelques alliés épars du parti qu’il se serait faits lors de son passage à la primature, je peux parier de mes deux yeux de la tête que la rivalité entre ces deux hommes ne fait que commencer. Qui vivra verra.

Duverger Altidor

Photo: www.thedailycable.com

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