Claude Joseph, a-t-il été dupé ?

Boukan News, 07/22/2024 – Presque tous les médias haïtiens se concentrent sur l’altercation qui opposait Claude Joseph à Gary Conille chez Gérald Gilles, ce dernier est un ami de longue date du premier ministre commencé sur les bancs de la faculté de médecine depuis plus de trois décennies. Nos journalistes ont négligé d’apprécier la source de l’énervement qui conduit à cet énorme scandale politique.
Il semblerait que « Tiklod » ait été joué. La nomination de la « bellissime », Dominique Dupuy, a été vue par l’opinion publique comme un choix de Claude Joseph du fait qu’il l’avait endossé pour être membre du CPT. En réalité, elle a été et demeure le choix judicieux de Garry Conille pour diriger la diplomatie haïtienne. On doit ajouter que sa nomination comme chancelière de la république est un acte noble de justice rendue, elle a travaillé pour qu’elle soit là où elle est.
La réalité est que Claude Joseph ne peut même pas passer devant le local du ministère des affaires étrangères sans soulever la colère de nombreux patriotes haïtiens. Cette réaction citoyenne est liée au scandale financier dans lequel son cousin, Mr Gélorme Juste, a été impliqué pendant que « Tiklod » dirigeait encore cette institution. Donc, si Claude pensait avoir les mains libres pour faire et défaire à la chancellerie haïtienne, cette illusion a été vite dissipée. Car, madame Dupuy entend diriger cette boîte publique loin des scandales d’antan motivés par des cas avérés de dilapidation dans les missions diplomatiques, notamment à Washington, Paris, Santiago et Santo-Domingo.
Au cours du processus de la séparation de gâteau, Claude Joseph s’était contenté du ministère de la Défense nationale. En temps normal, cette institution devrait être dotée d’un large budget. Cependant, après le renvoi de l’armée en décembre 1994, il a fallu plus d’une décennie pour relancer cette institution qui dotait de près de 8000 soldats. Aujourd’hui, le ministère de la Défense nationale est très affaibli, son budget maigrichon ne peut nourrir les appétits financiers du parti détenteur, en l’occurrence l’EDE de Claude Joseph.
Les élections s’amènent à grande vitesse, « Tiklod » a besoin d’argent pour nourrir son ambition politique de chef d’État d’Haïti. Le ministère de la Défense ne lui garantit pas assez d’argent, il lui faut grappiller dans les couloirs de la primature pour tisser une alliance afin de combler ce manque à gagner. Les directions générales représentent pour lui un moyen sûr d’y parvenir. Cela explique son énervement démesuré à mettre les mains sur des institutions juteuses de l’état, telles que : l’aéroport et le port de Port-au-Prince, le FNE…Maintenant, il faut ajouter un bémol. Cette réalité politique n’est pas exclusive à Claude Joseph. Moise Jean Charles et des dizaines d’autres politiciens utilisent aussi les mêmes méthodes d’enrichissement illicite depuis des années au détriment des contribuables haïtiens.
Le plus gros problème, c’est que le ministère de la Défense est pris en charge par l’international qui s’est chargé de fournir tout ce dont l’institution a besoin pour fonctionner. Ici, on parle d’équipements militaires et d’autres accessoires, tels que : armes, munitions, uniformes…l’international ne donne pas d’argent en espèces, mais en nature. Cette réalité ne permet pas au titulaire du ministère de faire quoique ce soit, en termes de marge de manœuvre pour financer la politique du parti qui l’a placé dans cette position. D’ailleurs, l’armée ne nourrit plus ses soldats comme ce fut le temps ou le mess existait dans les casernes. Et que les officiers supérieurs savaient utiliser abusivement pour s’enrichir, cette possibilité n’existe plus !
Aujourd’hui, la seule opportunité offerte par le ministère de la Défense est la possibilité d’opérer un coup d’État en faveur de Claude Joseph. Ce qui conserve une très maigre chance de réussite lorsqu’on considère la réalité politique et stratégique actuelle qui est profondément favorable au premier ministre Gary Conille. Claude Joseph n’est pas assez bête pour s’aventurer dans une initiative mort-née et stupide en même temps ! Cependant, on se demande quelle fut cette malveillante mouche qui avait piqué « Tiklod » à menacer de renverser le PM, une entreprise dans laquelle il a succédé dans le passé. Sa participation au renversement de Jean Bertrand Aristide est publiquement documentée ; Claude a lui-même revendiqué le renversement du PM Ariel Henry ; son nom est figuré dans la dernière ordonnance du commissaire du gouvernement dans l’affaire de l’assassinat du président Jovenel Moise. En un mot, « Tiklod » maîtrise l’art de renverser les gouvernements, donc ces menaces doivent être prises au sérieux !
Le premier ministre Gary Conille refuse de jouer à l’imbécile. 48 heures après, il convoque son conseil de sécurité pour passer de nouvelles instructions qui consistent à renforcer sa sécurité personnelle et celle de sa famille. Ce qu’on sous-estime, Gary Conille est issu d’une famille qui vivait directement de la politique. Car, son père, le docteur Serge Conille, fut un puissant ministre de Jean Claude Duvalier pendant des années, il est bien imbu du danger qui marche avec la politique en Haïti. D’ailleurs, au retour de Jean Claude Duvalier dans le pays, le 16 janvier 2011, après un exil de 25 ans en France, le père de Gary l’avait publiquement accueilli chez lui. Pendant que d’autres profiteurs poltrons duvaliéristes restaient à l’écart. Lui, Serge Connille, assumait son appartenance politico-idéologique et en même temps fit une démonstration de loyauté, une qualité rare chez nos compatriotes. Le PM Gary Conille a encore, comme l’ensemble de la population, à l’esprit l’assassinat crapuleux du président Jovenel Moise à l’intérieur de sa résidence par un commando armé venu de la Colombie. Donc, « evite pa kapon » !
Pour le bien-être de la patrie, que les hommes politiques et d’état s’harmonisent pour sortir la société haïtienne de la crise générale. Qu’ils soient conscients de la décadence de la république et sacrifient leurs intérêts mesquins et ambitions personnelles pour mettre fin à la souffrance de la majorité nationale du pays !
Joel Leon





