CINÉMA HAÏTIEN : A LA RENCONTRE DE L’ACTRICE MICHELLE JEUDY

CINÉMA HAÏTIEN: A LA RENCONTRE DE L’ACTRICE MICHELLE JEUDY

« L’artiste est un créateur de beauté » ! (JL)

Joel Leon

Pennsylvania, USA – Les films haïtiens sont sur toutes les lèvres, en Haïti comme en diaspora, la production est prolifique. Le public est au choix entre les scénarios de romance, d’action, de drame…Des acteurs ou producteurs se sont imposés sur la scène nationale, ils sont accueillis comme de véritables stars dans le pays et les communautés haïtiennes de l’étranger. Cependant, certains se plaignent du fait que jusqu’à présent, le cinéma ne peut nourrir financièrement son maître en Haïti. Nombreux sont, les accolades dans la rue, les applaudissements au cours des grandes premières, des interviews dans les médias…Cependant l’argent n’est pas au rendez-vous. Donc, le cinéma haïtien est toujours amateur.

Le 28 décembre 1895, les frères Lumière avaient décidé de projeter publiquement un film en exigeant un payement. Ainsi, beaucoup pensent que c’est à partir de ce moment que le cinéma a pris naissance.

En Haïti, Jean Dominique, regretté mémoire, fait partie des pionniers du cinéma haïtien. Cependant on ne peut pas oublier des noms comme, Rasoul Labuchin, Bob Lemoine, Raphael Stines…Tous ont contribué au développement de ce genre en Haïti. Il faut noter aussi, l’apport des étrangers dans le cinéma haïtien, « Gouverneurs de la rosée », un roman de Jacques Roumain, fut mis en scène en 1974, par un certain Maurice Faillevic.

Entre temps, le cinéma a fait son chemin dans le pays, ils sont nombreux ceux qui ont participé à cette croisade positive, citons Théodore Beaubrun, allias Languichatte Debordus, Papa Pyè, Frederic Surpris, Arnold Antonin, Raoul Peck…Et plus près de nous la nouvelle génération de stars telles que : Fabienne Colas, Reginald Lubin, Sachat Parisot, Raynald Delerme, Natacha Bien-aime, Jean Gardy Bien-aime, Richard Senecal, Herold Israel, Michelle Jeudy…

Dans cette rubrique, nous allons présenter une actrice haïtienne, elle est parmi les meilleures, Il s’agit de l’élégante Michelle Jeudy. Née à Cayes-Jacmel un beau jour de 29 septembre 1979, dans le département du sud-est. Elle a un talent extraordinaire qui fait d’elle la plus sollicitée et la plus redoutée, en une période de temps relativement court.

Elle est Présentée au public pour la première fois dans « Protège-moi », pour escalader plus tard toutes les limites dans « Player ½ ». Dans ce dernier film, elle s’est libérée de toutes les contraintes pour s’affirmer comme une actrice accomplie, naturelle, et séduisante digne de Queen Latifah. Tout spectateur haïtien, connaisseur et profane, attend beaucoup de Michelle Judith Jeudy, pourquoi pas sur la scène hollywoodienne au milieu des super stars américaines.

Voilà l’interview que j’ai eue avec elle :

Joël Léon (JL) : Présente-toi de façon pittoresque, sans masque ou réserve avant d’être une actrice.

Michelle Jeudy (MJ) : Sans masque ? Je n’en ai aucun ! Je suis Judith, benjamine d’une famille de huit enfants. J’ai grandi à Cayes-Jacmel, un arrondissement situé à 15 kilomètres de Jacmel – dans un environnement paysan. Par conséquent, mon éducation a été grandement influencée par l’humilité et la simplicité des paysans.

JL- Quand tu étais petite, savais-tu que tu allais être une star cinématographique ?

MJ- Pas du tout ! J’avais très peur des caméras. Je suis en larmes dans le seul photo-souvenir que je possède de mon enfance. Je me rappelle qu’il fallait me récompenser pour poser devant une caméra. Par contre, durant mon adolescence, certains membres de ma famille, amis et professeurs, ont vu en moi ce côté “célébrité”.

JL- Être une star, en quoi cela a-t-il changé ta vie ?

MJ- Je garde tous mes amis et le même train de vie que j’avais avant de devenir un personnage public.

JL- « Player ½ », est le rôle qui a révélé définitivement ton talent sans conteste d’actrice, comment as-tu pu décrocher le rôle, es-tu satisfaite de cette performance ?

MJ- « Player ½ » est un film taillé sur mesure pour le personnage de Patricia que Jean Gardy Bien-Aimé a créé dans Protège-moi.   Le réalisateur Hérold Israël a constaté le succès du personnage et a décidé de poursuivre l’expérience. Je ne peux pas parler de concurrentes dans la mesure où il n’y avait pas d’audition pour ce personnage dans le film. Après avoir vu la réaction du public, je suis plus que satisfaite de ma performance.

JL- Certains pensent que tu as sauvé ce film (player 1/2), cette agressivité, cette passion pour la vengeance…es-tu tout cela dans la vie ?

MJ- Le personnage de Patricia n’a rien à voir avec Judith. Je ne fais que l’incarner.

JL- Le cinéma haïtien est prolifique aujourd’hui, penses-tu avoir des reconnaissances à des pionniers ou à des personnes en particulier ?

MJ- Bien sûr, je ne veux pas citer de noms, mais je loue le travail de tous ceux qui se sont investis dans le domaine du cinéma quand les conditions étaient extrêmement précaires.

JL- Quelle est ton opinion du cinéma haïtien actuel ?

MJ- On produit et je constate que les œuvres sont assez diversifiées et s’améliorent dans certains cas.

JL- Des fans pensent que tu devrais exploiter ton talent à un niveau plus élevé, par exemple Hollywood…qu’en penses-tu ?

MJ- J ’y pense énormément, mais je connais aussi la réalité d’Hollywood. Alors j’essaie de décrocher un diplôme dans un autre domaine au cas où je ne percerais pas là-bas.

JL- Être actrice, est-ce un passe-temps ou une activité professionnelle pour toi ?

MJ- Je dirais un passe-temps pour le moment mais je compte en faire une activité professionnelle.

JL- Quels sont tes acteurs ou actrices haïtiens préférés ?

MJ- Piram (Roland Dorfeuille) et son fils Haëndel, Paul Henry Atis, Fabienne Colas, Gessica Généus, Blondely Ferdinand.

JL-Quel sera ton prochain movie, et c’est quoi le scénario ?

MJ- Xtreme bleu est le titre de mon prochain film, d’après un scénario de Hérold Israël. Le film relate l’histoire de Lonie (moi), une jeune épouse dont le mari handicapé est au lit depuis deux ans. Devant ses promesses d’amour éternel, le cri de son corps de femme en mal d’amour laisse les limites de son appartement pour se traîner au bord de l’Atlantique, comme dans un blues charriant avec lui larmes et complaintes.

JL- Je sais que tu étudies le nursing, quel rapport entre cette profession et le cinéma ?

MJ-Pas trop sinon en tant qu’actrice, je dois entrer dans la peau de mon personnage autant que je dois manifester de l’empathie pour mon patient. Les deux domaines requièrent un niveau très élevé de communication.

JL- Quelle est ta couleur préférée, ton livre, ton film, ta chanson, ton groupe, hobbies…

MJ- J’aime le jaune ; Je prends beaucoup de plaisir à lire « Mûr à crever » de Frankétienne ; Mariage à la grecque, « A puro dolor de Son » by four est ma chanson préférée; de tous les temps, j’aime Tropicana ; Aller au cinéma est mon passe-temps favori.

JL- Es-tu mariée, engagée, kids…

MJ- Je ne suis pas mariée et je n’ai pas d’enfants non plus mais il y a des projets à l’horizon.

JL- Jacmélienne que tu es, pourquoi cette ville s’impose-t-elle comme la meilleure en Haïti pour l’instant ?

MJ- Je suis fière de l’être et consciente des atouts touristiques de la ville de Jacmel. En revanche, personne ne peut ignorer la valeur touristique des autres villes telles que le Cap, Gonaïves, Cayes pour ne citer que celles-là.

JL- Quels sont tes projets pour les 5 ans à venir ?

MJ- Je ne veux pas en parler, mais je promets à mes fans que je ne résisterais pas au clin d’œil du cinéma.

JL- Quel avenir pour le cinéma haïtien ?

MJ- Le cinéma haïtien grandit et est sur une très bonne piste. Ce n’est pas l’inspiration qui manque, encore moins les talents. Maintenant il nous faut des investisseurs qui comprennent la portée économique du cinéma pour en faire une véritable industrie. Il nous faut aussi de la formation. C’est crucial.

JL- Ta considération générale sur l’art haïtien ?

MJ- Il ne fait aucun doute qu’il s’agit là d’une de nos plus grandes forces. Mais je déplore le fait que les artistes haïtiens ne peuvent pas vivre de leur art.

JL- Un mot à tes nombreux fans.

MJ- Merci pour leur support. L’actrice existe parce qu’ils existent.

JL- Ton opinion sur la situation actuelle de ton pays, l’occupation, le kidnapping, la misère…

MJ- C’est triste ! Mais je suis très optimiste et convaincue qu’il aura un changement.

MJ- Merci à Michelle pour l’interview.

Elle est une digne représentante du cinéma haïtien, et ceci dans toute sa dimension. Maintenant nous attendons des films sur l’histoire nationale, montrant les périodes les plus glorieuses, mettant en vedette Jean Jacques Dessalines, Toussaint Louverture, Marie Jeanne, Claire Heureuse…

Joel Léon

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