CE QUE JE PENSE
LA LOI DES CONTRAIRES
(Le Nouvelliste 8 avril 1996)

New York, USA 07/07/2022 – En Haïti, sur les 3/4 de l’étendue du territoire sportif, on avance en faisant de grands pas en arrière. Il y a longtemps que ça dure. Enfantée par la routine, cette mauvaise habitude est devenue une règle que certains appliquent efficacement. Une règle négative qui déroute notamment les légalistes, divisés en deux groupes : les conformistes et les résignés. Entre le refus de s’aligner et la peur de s’engager, ils ont déposé les armes. Ce qui renforce l’inquiétude de la cohorte sportive nationale.
L’instabilité sportive est plus que nuisible. Elle est incontournable parce qu’il n’y a aucune force sur le terrain en mesure de la contrecarrer. De ce fait, on se sent parfois au cœur d’une jungle où l’on dévore les lois. En ballotage défavorable depuis quelque temps, certaines « grosses caisses » sonnent creux et ressemblent aujourd’hui à des brebis qui oublient leur rang, leur palmarès et même leur adresse…
D’un côté comme de l’autre, on a péché. Les principaux responsables de cette gênante atmosphère, ce sont les dirigeants passifs qui ont adopté l’impuissance et le « je m’en foutisme » comme règles de conduite. Des fois, ils se révèlent plus handicapés que les aveugles et les paralytiques. En perdant les clés de la réussite, certaines équipes s’affirment comme les grandes victimes d’un changement qu’elles ne voyaient pas venir.
Il ne sert à rien de gonfler sa poitrine pour rappeler son nom ou ce qu’on était. Car les rugissements, le palmarès et la renommée n’impressionnent plus les autres. Se laissant entraîner au milieu d’une ronde où ils ne parviennent pas à observer la cadence, les ténors d’hier oublient même le nom de leur vierge porte-bonheur.
Quelques années avant cette période confuse, certains dirigeants, adeptes du « lèse grennen », avaient acheté une carte pour suivre les débats dans les tribunes, au lieu de s’armer de principes pour défendre la légalité. Désorientés, ils défilent aujourd’hui comme des « pantins à roulette » …
Les saisons passent et repassent, ils se trouvent dans la même position. À chaque défilé, ce ne sont pas leurs chars qui dominent le cortège. Et à cause de leur imprévoyance, ces « dirigeants-spectateurs » deviennent inoffensifs et impuissants. Ils n’ont qu’à retrouver le temple de leur vierge pour allumer des chandelles.
Ces jours-ci, on rencontre certains dirigeants qui, se tenant sur leur « c’est ma faute », acceptent qu’ils ont grandement péché, tandis que d’autres ne font que partager la balle de l’impuissance. Ils ressemblent à la cigale de la fable. À la seule différence qu’ils ne chantent pas en été, puisqu’ayant perdu leur voix en entonnant de fades refrains.
Regardant le temps qui passe, ces dirigeants originaux sont devenus inoffensifs comme le dernier des anolis. Ne pouvant lire leurs partitions, ils plient leurs costumes et leurs instruments, en attendant le prochain concert.
La saison arrive avec son cortège d’incertitudes. Timidement, les premiers chars commencent à se manifester. Puis arrivent d’autres chars. Mais celui de l’espoir ne passe pas, à cause d’une panne. Demain probablement, il ne passera pas à cause de la même panne. Les retards et les pannes, un perpétuel recommencement en sport national. C’est la « loi des contraires » …
Raymond Jean-Louis
Le Nouvelliste
Lundi 8 avril 1996
N.B.- Exposé depuis vingt-six (26) ans sur la « galerie des désillusions », ce remarquable tableau laid ne change pas de couleur. C’est la résultante de la persistante « loi des contraires ». Et les peintres sportifs nationaux ne cessent d’exposer des tableaux gris, au nez et à la barbe du menaçant « trop tard » …





