Carrefour-Feuilles, la cité des martyrs, résiste aux gangs !

Boukan News, 08/14/2023 – Quand on parle de carrefour-feuilles, automatiquement on fait allusion à ce haut lieu de résistance contre la tentative des militaires de rétablir la dictature en Haïti après le départ de Jean-Claude Duvalier en 1986. Ce fut aussi le dernier bastion de la résistance populaire contre le coup d’État de Raoul Cédras en 1991.
Depuis plus de six mois, les nouvelles qui viennent de cette zone mythique sont extrêmement alarmantes. Les gangs, de façon récurrente et déterminés, sont à l’assaut de la deuxième circonscription après avoir pris contrôle de toute la troisième. Il y a une dame avec qui « Boukan News » a communiqué, elle a avoué avoir été obligée d’abandonner sa maison depuis cinq mois après que les bandits envahissaient sa zone. Il s’agit des rues Prévost, Fouchard, « nan site » …, du matin au soir, elles sont presque totalement vides. Seuls des passants fatigués et en guenilles circulent en « chatpent », ensuite, on trouve des chiens têtus et des rats rusés font le va-et-vient. Désormais, ces animaux sont les nouveaux maîtres des lieux. Après quoi, ce sont les gangs lourdement armés qui patrouillent ces rues.

Le prêtre de l’église Catholique de la « Vierge Caridad », lui aussi fut contraint de vider les lieux, après avoir tenté sans succès de négocier un accord avec les gangs pour qu’il puisse continuer de célébrer la messe. Caridad est devenu la vallée de la mort ou les crépitements de balles balafrent l’atmosphère 24/24.
Des dizaines de maisons sont abandonnées, les marchands ne peuvent plus étaler leurs marchandises sans la peur…la seule constante réelle de la zone reste les tirs continus de cartouches. Les bandits, après avoir forcé les occupants d’abandonner leurs maisons, reviennent plus tard pour les piller, avant de les incendier. C’est ce qui est arrivé à une marchande, depuis lors, elle est « homeless » et vit chez des parents. Elle a tout perdu. La maison qu’elle a passé toute sa vie à construire est réduite en cendres, le pire elle ne peut même pas visiter la ruine pour une dernière fois.
Entretemps, les plus démunis, ceux qui n’ont plus d’endroits pour se réfugier subissent le harcèlement des gangs en permanence. Ils sont obligés d’envoyer leurs jeunes filles âgées de 10 et plus chez un ami, un parent ou en province afin d’éviter qu’elles ne soient sauvagement violées. En réalité, ceux qui restent deviennent de véritables loques humaines, ils vivent comme des rats et sont exposés quotidiennement aux méchantes caprices des hommes armés.
1e 2e 3e avenue sont jusqu’à présent partiellement épargnées de la fureur des gangs de « Granravine », du fait que « Baz Pilat » ne tolère aucune incursion dans cette zone limitrophe. D’après mon interlocuteur, le gang du chef Ezéchiel, lui qui se trouve encore en prison, est semble-t-il moins « san manman » que celui de « Tilapli, Izo » …

De l’autre côté, en traversant la ravine pour se rendre dans les parages de l’hôpital sanatorium, Tunnel, Saint-Gérard, Impasse Eddy, Jean-Philippe…c’est la résistance qui s’établit. Beaucoup de citoyens refusent de céder aux bandits. Ils se battent sur deux fronts en même temps. D’abord contre les tentatives d’invasion des gangs lourdement armés avec tous les moyens possibles ; de l’autre côté, ils maintiennent une forte pression sur les autorités policières de respecter leur mission de protéger vies et biens. Dernièrement, au moins un policier a été tué en plein cœur de carrefour-feuilles par des hommes armés!
Ainsi, ils gagnent les rues pour exprimer leur ras-le-bol face à la démission de l’État. Le premier ministre Ariel Henry et l’ensemble du gouvernement ne prennent aucune initiative victorieuse pour protéger la population. Ils attendent uniquement l’arrivée des soldats de la force multinationale de maintien de la paix pour tuer les hommes armés. Donc, l’État se déclare vaincu. En ce sens, la ministre de la Justice, madame Emilie Prophète a du pain sur la planche, car, les résistants de carrefour-feuilles n’obtempéreront pas avant d’être satisfaits.
Voilà la réalité quotidienne de l’héroïque population de carrefour-feuilles, la cité des martyrs !
Boukan News





