Après les élections américaines du 8 novembre, débute la phase d’occupation d’Haïti.
« Honte à tous ceux qui, oubliant leur devoir envers la patrie, en appellent à l’étranger. » Anténor Firmin

Pennsylvania, USA, 10/07/2022 – A part quelques rares exceptions, tous les hommes d’état haïtien, après avoir gouverné le pays en un chef de section, font appel à l’armée étrangère pour mater le soulèvement populaire afin de s’accrocher au pouvoir. Quelle mauvaise habitude !
Ariel Henry, très maladroitement, vient d’ajouter son nom sur la liste des demandeurs d’occupation. A Lima, au Pérou, on attend la fin des élections américaines pour agir en Haïti. Cependant, les événements de la nuit du 6-7 octobre viennent compliquer les choses. Les tuteurs d’Haïti ne s’attendaient pas à une pareille réaction. Pris au dépourvu, l’international est en train de revoir sa copie, faut-il accélérer les choses ou tenter de le calmer ? Ainsi, très tard dans la soirée, Nenel Cassy, l’ancien sénateur du département des Nippes a été contacté !
Toutes nos sources reviennent á Mr. Nenel Cassy. Il semble qu’il est le moteur de la contestation nationale contre Ariel Henry. On n’a pas traditionnellement contacté Jean B. Aristide ni Moïse Jean Charles, mais lui pour calmer les rues en attendant le 8 novembre.
Donc, une intervention étrangère en Haïti est inévitable. L’option est déjà scellée, c’est tout simplement une question de temps. Et ceci depuis l’injonction de l’ONU !
L’ultimatum du 17 octobre, lancé par le « Conseil de Sécurité » des Nations-Unies au mois d’août dernier, marque la constatation formelle de l’échec des élites nationales et cela fait partie d’un plan savamment élaboré par qui de droit. Techniquement, l’ONU a donné deux mois au gouvernement et les autres secteurs socio-économiques de parvenir à un « accord vers un processus politique permettant l’organisation d’élections inclusives, pacifiques, libres, justes et transparentes, dès que les conditions de sécurité et les préparatifs logistiques le permettent ». A moins de deux semaines de cette date « de la muerte », aucune avancée n’est constatée. Au contraire, les négociations sont au point mort depuis l’avortement de la tentative d’installer le « Haut Conseil de Transition », composé de 5 membres.
À ce point, il est déconseillé de s’aventurer dans des exercices futiles de négociations, c’est une perte de temps. L’intervention, sous couvert des Nations-Unies, est incontournable. Sauf l’intervention du Dieu tout-puissant peut modifier le plan du blanc. Comment est-on arrivé à ce point de non-retour ?
S’il est vrai qu’une puissante frange de l’international visait un scénario pareil d’occupation, cependant, il y avait toujours eu des amis historiques d’Haïti pour le dévier. Néanmoins, avec l’odieux assassinat du président Jovenel Moise, suivi du comportement méprisable des élites nationales à ce propos, et le déferlement des gangs sur la capitale, les sempiternels défenseurs d’Haïti se retrouvent avec le dos au mur. Parce que, l’incapacité des dirigeants haïtiens à s’administrer eux-mêmes, un argument fatal souvent avancé par les adeptes de la mise sous tutelle d’Haïti, a profondément ébranlé et modifié la position de principes d’un ensemble de puissants états frères. En filigrane, Haïti n’a plus de gardiens internationaux, les minimalistes au pouvoir arrivent à mettre fin à une tradition de plus de deux siècles, débutée à partir de l’année 1821.
L’incontournable rôle des Etats-Unis d’Amérique
Les Nations-Unies, depuis sa création, ne s’aventuraient jamais dans des missions internationales sans l’approbation du gouvernement américain. Ce dernier est le plus grand contributeur de l’organisation internationale, ces genres de missions sont très coûteuses et exigent des expertises et technicités que seuls les Américains sont prêts à fournir.
Le pire, à partir de 1991, l’année qui coïncide avec la disparition de l’Union Soviétique, le monde vit sous l’autorité incontestable de l’empire américain. La nouvelle réalité du monde unipolaire donne des pouvoirs extrêmement étendus aux Etats-Unis qu’ils n’avaient jamais eus auparavant. Donc, les élections américaines sont déterminantes pour définir la direction de chaque pays sur la terre. Ainsi, le monde s’arrête pour donner du temps au président Joe Biden, issu des rangs du parti démocrate.
Ces élections de mi-mandat, en général, représentent un test important d’évaluation sur la performance de l’administration au pouvoir et dégage une perspective claire à propos des deux prochaines années avant les nouvelles présidentielles. Si le parti au pouvoir ne fait pas bonne figure, en cédant trop de sièges au parti adverse, aujourd’hui le parti républicain, il y a fortes chances pour qu’il perde le pouvoir si on n’arrive pas à colmater les brèches. L’annonce d’une invasion américaine en Haïti avant ces élections sera mal accueillie par le peuple américain. Le parti républicain allait l’exploiter à merveille pour embarrasser l’administration de Joe Biden et se renforcer au Sénat comme à la chambre des députés.
Actuellement, le peuple américain est défavorable à tout envoi de troupes militaires à l’étranger, si ce n’est en Ukraine. En considérant le renforcement du conservatisme aux Etats-Unis, surtout durant les quatre ans de Donald Trump a la maison blanche, l’envoi de marines en Haïti est une décision politique trop contestable. Les démocrates ne peuvent prendre cette chance avant le 8 novembre prochain. Entretemps, comme des zombis, les élites attendent le débarquement !
Le 30 septembre dernier, le secrétaire d’état américain, Mr. Anthony Blinken rencontra Mme. Mélanie Jolie, sa collègue canadienne pour discuter des convulsions du monde, notamment l’Ukraine. Additionnellement, Haïti était au menu. Qu’est-ce qu’ils ont dit en privée à propos de la crise haïtienne, personne ne le sait…sauf quelques mots résumés ainsi : « Depuis décembre, nos pays se sont associés pour mobiliser plus de 294 millions de dollars en engagements internationaux pour Haïti. Nous apprécions profondément le leadership du Canada dans le lancement du UN Basket-Fund pour améliorer la sécurité des citoyens et renforcer l’application de la loi en Haïti – un effort que les États-Unis sont fiers d’appuyer. En ces temps extrêmement difficiles pour le peuple haïtien, nous exhortons davantage de pays partenaires à contribuer à cette cause vitale ».
Pour conclure, il est très possible que tout change à propos de la crise d’Haïti à partir des élections américaines du 8 novembre. L’administration de Biden aura les coudées franches pour agir sans être victime des conséquences politiques internes. Haïti est dans la ligne de mire de l’international, a seulement deux mois du premier janvier 2023, le peuple haïtien célèbrera-t-il son 219e anniversaire d’indépendance sous l’œil bienveillant de l’étranger ?
Joel Leon





