ADIEU LHÉRISSON !!!

C’est jeudi 21 juillet 2022, il est sept heures P.M. Une journée nord-américaine comme les autres. Revenu de chez le cardiologue, j’en étais encore à effeuiller les marguerites de ma mémoire quand le téléphone sonne, interrompant mes réflexions qui commençaient à épouser un contour pas trop lyrique. À la deuxième stridulation, j’ai décroché le combiné et c’est pour m’entendre dire de la bouche de Jacques Henri Alézi, que mon père spirituel, mon prof, mon compère, mon frère, mon ami, Me Lhérisson Alézi est parti. Dans l’évidence de la tristesse qui imprègne les membres de la famille, dans le doute cartésien qui interpelle les consciences accompagnatrices, je m’imagine, Lhérisson, quittant la terre des hommes, indifférent au faste de circonstance et à la somptuosité du rituel de ses funérailles.

Au terme d’une longue journée bien remplie au cours de laquelle il sut garantir un espace immense aux étoiles qu’il avait longtemps portées, il s’est endormi souriant, avec cependant en toile de fond, le mince filet de regret contenu qui marque les visages d’insatisfaction. C’est que : Homme, Père, Lutteur : ces fonctions difficiles des réalités tiers-mondistes, Me Lhérisson Alézi a assumé avec éclat toutes ces variantes nobiliaires du métier d’humain sans pourtant être sûr d’avoir totalement réussi.
Romain Rolland disait quelque part : « À mesure que l’on vit, à mesure que l’on crée, à mesure que l’on aime et qu’on perd ceux qu’on aime, on échappe à la mort. À chaque nouveau coup qui nous frappe, à chaque œuvre qu’on frappe, on s’évade de soi, on se sauve dans l’œuvre qu’on a créée, dans l’âme qu’on aimait et qui nous a quittés. À la fin, Rome n’est plus dans Rome ; le meilleur de soi est en dehors de soi. »
Me Lhérisson Alézi a engendré des astres. Et ces astres vont lui retourner à son point d’origine, la luminescence reçue lors de la diffraction des ondes tropicales. Le Roi est parti, certes. Mais le royaume survit à travers la nombreuse descendance de cet être tentaculaire et pluriel. Et c’est Bussy Rabutin qui s’exclamait au spectacle poignant d’un décès royal : « La mort des souverains est un sermon. Quand je vois mourir un Roi, je me console de n’être pas immortel. »
Puissent tous ses parents, ses enfants, ses amis, ses nombreux élèves, ceux qui l’ont connu et pratiqué, trouver dans cet hommage l’expression de mes condoléances émues à l’occasion de la disparition d’un être aussi cher, disparition d’autant plus importante qu’il s’agit d’un « Homme à part entière. » Adieu, frère, ton souvenir restera gravé à tout jamais dans ma mémoire.
Jean L. Theagene
Photo: Radio Generation 80





