« BONNE CHANCE AU PAYS »!

Pennsylvanie, USA, 02/12/2023 – Au mois de décembre de l’année 2006, quelques jours après l’organisation des élections, René Préval, un ancien président, a été reporté dans les médias comme le gagnant du scrutin dès le premier tour. Lesly Manigat, lui aussi ancien président, arrivait largement en retard après Préval. Le professeur fut mécontent et délivrait le plus virulent discours de toute sa carrière politique.
Cette harangue, digne d’un forcené, fut impeccable dans le fond comme dans la forme. Elle a été savamment délivrée. Toutefois, cela n’avait pas empêché de déceler une pointe d’amertume et de regrets sortis du fond du cœur de l’homme politique. On dirait que le professeur attendait le deuxième tour électoral pour délivrer son dernier combat politique. D’après lui, on le lui a enlevé cette dernière opportunité de s’immortaliser dans l’opinion publique haïtienne comme le grand débatteur, cela lui fit énormément mal. Le grand axe de ce discours reposait sur cette fameuse phrase, entre-temps devenue célèbre, « BONNE CHANCE AU PAYS » !
Lundi dernier, en regardant la vidéo de la constitutionnaliste Mirlande Manigat en compagnie du premier ministre de facto, le néo-chirurgien Ariel Henry, je ne pouvais m’empêcher de penser à ce fameux discours du feu Lesly Manigat, lorsqu’il souhaitait humoristiquement, « BONNE CHANCE AU PAYS ». Aujourd’hui, je dis bonne chance au pays et bonne chance à Mme Mirlande Manigat, car tout esprit sain de la nation ne voit dans cette aventure politique qu’un « échec annoncé ». Car, le revers de Manigat ou de tout autre haut dignitaire d’un quelconque régime politique est celui du peuple, donc le mien aussi.
Pour adoucir la bizarrerie du mariage politique hétéroclite entre Mirlande et Ariel au cours de la cérémonie d’investiture des membres du « Haut Conseil de Transition-HCT », l’ancienne première dame de la république s’était transformée en blagueuse. Ennuyée et gênée, elle faisait rire le PM dans le but d’alléger l’atmosphère trop tendu. Les deux s’amusaient mollement, mais tout le monde questionnait la couleur du rire, était-il jaune…Certainement, oui. Car, c’est une partie de poker politique entre une louverturienne accomplie et un renard chevronné. La question, qui va gagner ce pari de coquins ?
La réponse est très simple, quel que soit le gagnant, la république sortira perdante. Parce que, depuis 37 ans, les élites haïtiennes jouent au « qui perd, gagne ». C’est là le grand drame national, « lotry a ap tire, men pa gen Ayiti nan kalbas la ». Donc, c’est un jeu de canailles ou tous les joueurs s’entendent préalablement pour déplumer la république.
Mirlande Manigat reproduit le même schéma tactique de son défunt de mari. La différence, c’est que Lesly Manigat ne s’intoxiquait pas. En revanche, l’ancienne première dame consomme lourdement du clairin, ce qui porte plus d’un à questionner le jugement de l’octogénaire. En ce sens, il faut « donner à César ce qui est à César » : le professeur avait toujours les yeux dans le jeu. Que peut-on attendre de cette noce Mirlande/Ariel ?
Mirlande Manigat, en dépit de tout ce qu’on dit, ne pactise pas avec Ariel Henry par souci de se refaire une santé économique. Elle n’est pas pauvre et a toujours opté pour la moderation en matière de richesse pendant toute sa vie. C’est peut-être le fruit d’un calcul politique de s’affirmer pour une dernière fois sur la scène politique, ou du moins une volonté de voir le pays évoluer vers une autre direction. Dans les deux cas de figure, ce sera tout simplement un allègement, mais pas une solution. A ce point, accorder le bénéfice du doute a Mirlande n’est pas mauvais, une pratique que nous n’honorons pas dans les traditions haïtiennes. On doit admettre qu’au fur et à mesure que l’opposition boycotte les démarches fallacieuses d’Ariel Henry pour organiser des élections, il reste au pouvoir pour plus de temps. Ce qui fait son affaire, parfois on se demande, s’il ne fallait pas le prendre aux mots ?
D’une façon ou d’une autre, Ariel a toujours trouvé la meilleure formule, a l’exception de l’application de la constitution de 1987, pour convaincre l’international qu’il est le seul homme du moment. Le pire, la classe politique, totalement fragmentée, n’arrivait pas encore à présenter un front commun autour d’un grand projet national de reconstruction. Ce qui engendrerait la mobilisation populaire indispensable pour rééquilibrer la balance du pouvoir. Dans ce cas, Ariel Henry, en dépit de son incompétence cinglante, reste le garant de l’instabilité qui existe actuellement dans le pays afin d’éviter le chaos total. Donc pour eux, Ariel est l’idiot utile !
Bonne chance au pays, même si tous les indicateurs signalent le contraire.
Joel Leon





