Les Leçons à Retenir de Cette Affaire de Kidnapping
(Le Dominicain Est un Homme; le Citoyen Haïtien est une Bête!)
Par Joel Leon
Le respect avec lequel on traite les sujets d’une nation à travers le monde dépend du poids économique et militaire de cette nation-là. L’Empire romain voulait que le sujet de l’empire fût traité avec respect et dignité sur toute la surface du globe. Tout au long du 19e siècle, Haïti faisait face à la réalité géomilitaire et économique des puissances : espagnole, anglaise et allemande, sans oublier les États-Unis. Je veux parler des affaires : Rubalcava-1861, du Capitaine Bach-1883-1884, de Luders-1897 et de l’occupation d’Haïti par les USA de1915-1994-2004.

C’est un postulat historique qui a toujours marqué les rapports entre les grands et les petits. Cependant, la réalité est beaucoup plus compliquée lorsque la mégalomanie s’allie avec l’incompétence pour produire un résultat catastrophique.
Le cas des deux citoyens dominicains

L’enlèvement des deux citoyens dominicains en Haïti vient de consacrer la déchéance de l’État haïtien à l’échelle internationale. Autrement dit, la façon dont ce dossier a été traité relève du pur amateurisme. Serge Beaulieu, l’ex éminence grise du macoutisme, aurait parlé d’une absence totale de triture diplomatique. D’abord, le président de facto n’aurait pas dû s’y impliquer directement. C’est une affaire commune relevant de la compétence de la direction de l’immigration. En cas d’escalade, le ministre des affaires étrangères aurait pu intervenir. L’appel placé au président dominicain aurait dû être la responsabilité de Claude Joseph, le ministre de facto des affaires étrangères, pas non celle du président de fait lui-même. Les chancelleries des deux pays ont la compétence et la qualité requise pour remédier à ce conflit mineur.
L’implication directe du palais national dans les négociations avec les bandits est une blessure diplomatique qui durera plusieurs décennies. En diplomatie, il est toujours bon d’utiliser un tampon. Le gouvernement haïtien va plus loin dans ses bêtises en s’engageant dans un processus de chantage avec son homologue dominicain. Il propose d’échanger les deux sujets dominicains contre l’ancien maire de la capitale, Youri Chevry. Du coup, les autorités voisines avaient bien compris qu’ils faisaient face à une forme de kidnapping d’état dont le principal chef n’est autre que Jovenel Moise lui-même.
Heureusement pour Haïti, l’affaire était dénouée en dehors de toute implication martiale. Les sujets dominicains peuvent rejoindre leurs familles et enfants, sains et saufs.
Pendant que le président haïtien de facto s’empressait d’appeler le leader dominicain, Luis Abinader, pour l’informer de la libération de ses deux ressortissants kidnappés en Haïti depuis une semaine, celui-là n’est plus respecté nulle part dans le monde.
Arrêtons-nous un peu sur un cas, celui de Borgella Philistin.
Le cas de Borgella Philistin
Le 16 janvier 1993, Borgella Philistin, un étudiant d’origine haïtienne, voyait le soleil pour la dernière fois de sa vie. Il avait 19 ans lorsque le taxi où il se trouvait fut stoppé par des policiers à Philadelphie dans l’état de Pennsylvanie. « Après altercation, l’un des officiers a atteint la fenêtre et a frappé Philistin dans la bouche avec une lampe de poche, puis le tira dehors à travers la fenêtre. Une grosse bagarre a suivi, avec les deux flics et Philistin sur le sol. Un flic essayait d’attraper les mains de Philistin. L’autre a sorti son arme. Dans la lutte, le flic a laissé tomber son pistolet, Philistin l’a ramassée, (sic) et dans ses paroles aux flics lors de son interrogatoire, ‘j’ai tiré des coups de feu vers le sol pour que je puisse (sic) courir. Je n’avais pas tiré sur eux ; l’un des officiers a été blessé. J’ai vu le sang. J’ai paniqué et j’ai commencé à courir’». Ce fut un acte de légitime défense ; un cas d’homicide involontaire. Sans un avocat préparé, sans notifier la mission diplomatique haïtienne, Borgella Philistin, un étudiant au « Temple University », de Philadelphie, a été condamné pour meurtre prémédité et expédié vers « the death row » (couloir de la mort), en compagnie du célèbre prisonnier politique américain, Mummia Abu Jamal. Finalement, après révision de son cas, la condamnation a été réduite d’une peine de mort à la prison à vie. Donc, l’immigrant haïtien ne reçoit jamais aucune reconnaissance de la part des autorités haïtiennes. Pas même une compréhension ! Pendant ce temps, la diaspora haïtienne apporte une contribution de 4 milliards de dollars annuellement à l’économie nationale.
Donc, tous les gouvernements haïtiens, sans exception, ont toujours professé un suprême mépris envers leurs citoyens qui vivent à l’étranger. En ce sens, nos compatriotes font face quotidiennement à des abus en terre étrangère, car les autorités de notre pays savent pertinemment que l’Haïtien n’a personne pour prendre sa défense. En République Dominicaine où les nationaux sont régulièrement maltraités par des militaires/policiers/citoyens dominicains, le gouvernement haïtien brille toujours par son absence.
Les autorités de l’autre côté de la péninsule, à travers cette affaire de kidnapping, ont démontré que leurs citoyens sont des êtres humains à part entière, en Haïti ou ailleurs, tandis que le citoyen haïtien est traité comme un sauvage en Haïti, et pire, en Dominicanie et ailleurs.
La décadence accrue de la diplomatie haïtienne !
Ce qui vient de se passer va sérieusement tourner les relations entre les deux pays au vinaigre. C’est la consécration de l’hégémonie dominicaine sur Haïti. C’est un lourd héritage à redresser. Il faut arriver à convaincre les Dominicains dans le futur que la République d’Haïti n’est plus cette perception d’état bandit. C’était juste une déconvenue passagère qui n’impliquait pas le long terme. La Dominicanie, on en a besoin, et ceci pendant les deux prochaines décennies au moins. Dans le cas où les élites haïtiennes décident sérieusement de jeter les bases d’un État moderne pour sortir du sous-développement endémique. Il faut compter avec les Dominicains, même s’il faut modifier les paramètres de coopération qui, aujourd’hui, font unilatéralement l’affaire de nos voisins.
Au cours d’une émission radiophonique, l’animateur Trézel Joseph, s’interrogea sur l’omniprésence de Jovenel Moise dans toutes les affaires. Il est sur tous les fronts pour lesquels, il n’a pas la compétence, ni l’expérience. C’est la domination de l’esprit mégalomaniaque dans la vie politique haïtienne qui explique ce comportement antidaté. Car, nous sommes à l’heure de l’expertise !
On va de mal en pis ! Á la réunion du conseil de sécurité, Jovenel Moïse avait embarrassé la nation. Cela ne faisait pas partie de son rôle de président de s’asseoir avec des subalternes des Nations Unies pour adresser des questions relevant de la compétence de son ministre des affaires étrangères. De deux choses l’une : Soit qu’il ne fait pas confiance au ressort des ministres de son gouvernement pour réaliser rien de grandeur, soit qu’il est tout simplement un mégalomane invétéré. Dans les deux cas de figure, Haïti est foutue !
Nous sommes à la croisée des chemins où le monde cherche à se redéfinir. Tout dirigeant inapte à apporter une contribution notable au grand débat international actuel, centralisé autour de la globalité du monde, est carrément « banann » (nul). Il n’y a plus de place au 21e siècle pour les esprits féodaux qui n’arrivent pas à tolérer la dissidence. Le nouveau monde se construit à partir des prémices basées sur un humanisme lucide et d’espoir. Il n’y aura plus de place pour les régimes aboyeurs d’hommes et de femmes. L’exil ne sera pas une option non plus. Il faut être l’homme de demain pour pouvoir contribuer à ce grand débat humaniste et libertaire.
Joel Leon





