À quand la liste des non-sanctionnés pour un gouvernement de Transition ?

À quand la liste des non-sanctionnés pour un gouvernement de Transition ?

Esau Jean-Baptiste

New York, USA, 12/19/2022 – Dans son texte titré une révolution pour Haïti, publié dans les colonnes du Journal Montréal, Loïc Tassé opine que: « Rarement un pays a été gouverné par une brochette de bandits et d’incompétents…Tant que les élites actuelles resteront au pouvoir, rien ne changera. Elles continueront à s’empiffrer, entre autres grâce à l’argent qui arrive généreusement de l’étranger. »

Si aujourd’hui Haïti est un pays de merde, le peuple haïtien est en droit de questionner pourquoi les pays dits amis d’Haïti trop souvent portent leur appui à des leaders obscurantistes et permettent à ces derniers de perdurer au pouvoir au détriment du bien-être des Haïtiens et de l’implantation d’une vraie démocratie.

Si aujourd’hui, au nom de la démocratie, la communauté internationale met sur le banc des accusés une pléiade de gens qui, selon elle, sont impliqués dans des actes de malversations, il devrait y avoir aussi une liste pour les non-sanctionné.

Il est incohérent que les États-Unis, par le biais de la section culturelle de son ambassade à Port-au-Prince, cherchent à dynamiser sa diplomatie publique et un meilleur rapprochement entre les deux pays en permettant à de jeunes Haïtiens brillants et prometteurs d’étudier dans de grandes universités américaines, mais souvent se positionner de préférence en faveur des cancres aux élections.

Au lieu de supporter une nouvelle classe de leaders versés dans les idées modernes de la démocratie et de la bonne gouvernance, lorsqu’il s’agit de joutes électorales servant à décider quels modèles de leaders qui vont présider aux destinées d’Haïti, Washington faisait toujours choix des nuls et des corrompus. Pour finalement les dénoncer quelques années plus tard.

Comme plus que cela change avec la litanie des élections frauduleuses des législatives et présidentielles des dernières années, plus les choses sont restées les mêmes pour la classe défavorisée. Donc le futur d’Haïti est incertain. Face à ce constat, que faire ? Que peut-on espérer ? Y-a-t-il encore de l’espoir ?

Où sont donc les universitaires de ce pays ? Où sont-ils, les diplômés du FUBRIGHT, de Harvard, Columbia, Stanford, Georgetown et autres universités américaines, de la Sorbonne ou l’HEC, McGill ou Laval dont parlait l’ancien ambassadeur américain, Brian Dean Curran lors de son discours d’adieu le 9 juillet 2003?

Au moment le Canada et les États-Unis accusent des hommes et femmes, le pays attend de leurs universitaires, d’autres Manuel et Anaïse pour faire le grand combite national.

Heureusement que le pays est riche en ressources humaines. Je ne parle pas des universitaires qui sont soumis aveuglément à la cause de l’occident.

Quelques années de cela, la Fondation YAL avait mené une petite enquête sur des cadres haïtiens et leur volonté de retourner contribuer au développement de leur pays d’origine. Sur un échantillon de 100 cadres haïtiens avec des compétences allant de la licence au doctorat questionnés au Canada (Montréal) et aux États-Unis (New York, New Jersey, Connecticut, Massachusetts et Floride), 89 d’entre eux déclaraient qu’ils ont toujours voulu et veulent encore retourner en Haïti pour apporter leur contribution à son développement.

Parmi ces 89 professionnels de la diaspora, 53 avaient, à l’époque, des dossiers en attente avant et après le séisme pour des positions postées par des organisations de la communauté internationale.

Vu leur appartenance dans des mouvements sociaux et la politique locale, 27 d’entre eux faisaient le va-et-vient de leur pays de résidence à Haïti pour faire des formations dans leurs domaines de compétence.  Ironie dans tout cela, pendant que le gouvernement haïtien parle chaque jour de problèmes d’insécurité dans le pays, il y a 12 professionnels dans des domaines comme la sécurité ou la justice criminelle qui ont fait des études à John Jay College à Manhattan, New York, qui étaient pour la plupart des anciens policiers, qui voulaient retourner et offrir leurs services à leur pays. Quatorze (14) autres déclaraient qu’ils sont allés s’établir en Floride avec les membres de leurs familles de façon à être plus près de leur terre natale.  Trente et un (31) avaient encore gardé leur nationalité haïtienne. Et le reste (5) était allé en Haïti immédiatement après le 12 janvier pour offrir, dans le cadre humanitaire, leurs services à des organisations internationales.

Depuis cette recherche de ladite institution sur les compatriotes haïtiens vivant dans la diaspora, ils sont nombreux parmi ces cadres et universitaires haïtiens vivant à l’intérieur comme à l’extérieur du pays qui, quotidiennement, se plaignent de la situation socio-politique en Haïti et de l’absence de visions ou de dirigeants compétents pour tacler les problèmes.

Ils sont des anciens gradués de l’Université d’État et des Universités privées d’Haïti aussi bien que des boursiers de l’ambassade américaine à Port-au-Prince. De plus, ils sont nombreux ces gradués des universités d’Haïti qui ont aussi suivi des séminaires de formation dans des grandes institutions nord-américaines.

Pourquoi ces universitaires ne sont pas encore au timon des affaires de l’État ?  S’ils ne sont pas encore à des postes électifs, pourquoi ne sont-ils pas à des postes nominatifs ?

Quand, à travers le Core Group, l’ambassade américaine préfère des dirigeants non qualifiés à ceux qui ont fait de grandes études dans leurs universités, il y a lieu de questionner le type de formation qu’offrent ces institutions ou les intérêts politiques que Washington plaçait dans ses dirigeants incompétents et immoraux.

Qu’est ce qui est plus important, faire de la promotion des universités nord-américaines à partir des dirigeants bien formés avec de grandes valeurs morales ou défendre les intérêts politiques de l’Oncle Sam avec des leaders incompétents mais surtout soumis ?

Peu importe ce que cherche Washington, dans le domaine du sport, on dit souvent qu’on ne change pas une équipe qui gagne.  Mais, quand l’équipe est incapable de donner des résultats, on est obligé de la changer. À commencer par les dirigeants jusqu’aux joueurs réservistes.  Pas de replâtrage.

Au moment où le Canada et les États-Unis dénoncent nombreux de leurs anciens alliés du système corrompu, c’est l’occasion de les rappeler que le pays n’a pas seulement ses hommes qu’ils sanctionnent.

Il y a des universitaires compétents avec de grandes valeurs morales et de l’expérience dans les affaires publiques. La participation de ces cadres à des postes de commande aidera-t-elle à mettre fin à ce système corrompu et médiocre pour finalement remettre le pays sur la voie du changement?

En attendant de trouver une réponse à toutes ces pertinentes questions, on est en droit de demander à l’ambassade américaine à Port-au-Prince, où sont passés ces universitaires dont parlait leur ancien ambassadeur en juillet 2003 ?

Prof. Esau Jean Baptiste 

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