L’assassinat de Jovenel Moise hantera la nation pendant des décennies !  

L’assassinat de Jovenel Moise hantera la nation pendant des décennies ! 

« Homo Sapiens est esclave du conflit violent ». ( John Bolton)

Joel Leon

Pennsylvania, USA, 11/06/2022 – Le 7 juillet 2021 marque le début d’une escalade politique et sociale apocalyptique en Haïti. Les ramifications économiques incalculables sont à dénombrer dans les jours et années à venir. C’est la pire calamité qui pouvait arriver au pays. Cette expérience violente va hanter la république pendant des décennies. Aucun peuple ne devrait, en aucune façon, vivre l’assassinat de son président, qu’il soit bon ou mauvais. A chaque fois qu’une hécatombe de cette magnitude arrive, les impacts sont toujours profonds et durent plusieurs décennies.

 L’impact des assassinats de Jean Jacques Dessalines…Vilbrun Guillaume Sam sur le pays

Présidents haïtiens assassinés

L’assassinat de Jean Jacques Dessalines, le 17 octobre 1806, a ouvert la voie à la première grande crise nationale haïtienne. Non seulement, le rêve impérial fut totalement abandonné, mais aussi la jeune république faisait précocement l’expérience de la division territoriale. Une république divisée en deux : Un royaume dans le grand nord et une république patricienne à l’ouest et au sud.

La convoitise internationale et le désir de réimplanter l’ordre colonial en Haïti culbutait le président Jean Pierre Boyer à hypothéquer l’avenir de plusieurs générations. Lorsqu’il accepta le principe d’endettement pour la reconnaissance de l’indépendance nationale.

Le très atypique cas de Sylvain Salnave, le président haïtien qui fut assassiné le 15 juin 1870, deux ans seulement après avoir prêté serment, dans les conditions les plus révoltantes. Ce qui inaugure, certains diront augmentent le lâchage d’Haïti dans le précipice. Ce qui va déterminer les événements qui, 45 ans après, conduisaient à l’expérience amère de la première occupation, le 28 juillet 1915.

Vilbrun Guillaume Sam, l’ancien président d’Haïti, du 25 février 1915 au 27 juillet 1915, fut violemment attaqué par une foule en furie, à l’intérieur même de l’ambassade de France, après avoir ordonné au général Charles Oscar de massacrer 167 prisonniers politiques.  Il a été brutalement tué et ses restes furent traînés dans les rues de la capitale. Le lendemain, les forces américaines débarquèrent dans le pays et y restèrent pendant 19 ans, jusqu’en 1934. Les Etats-Unis, l’un des pays ayant la plus grande tradition démocratique au monde, n’ont pas été épargnés par cette conséquence incontournable.

 L’impact de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy sur les Etats-Unis

 

« Homo Sapiens est esclave du conflit violent ». 

Ainsi, le 15 avril 1865, les Etats-Unis venaient à peine de sortir d’une guerre civile meurtrière de 4 ans. Abraham Lincoln, le vainqueur de cette guerre, fut lâchement assassiné. Ce qui avait plongé le pays dans une grande confusion qui mettait l’institution de la présidence en question.  16 ans après, James Garfield, le 20eme président des Etats-Unis, a été atteint de plusieurs balles, à seulement 4 mois de son investiture. Il a succombé 2 mois après.  Le 22 novembre 1963, JFK fut assassiné à Dallas. L’acte qui a inauguré une période d’instabilité qui a duré près de 3 décennies.

 De 1963 à 1992, 7 présidents défilaient au pouvoir aux Etats-Unis.

Presidents américains assassinés

Lyndon Johnson, constitutionnellement prêta serment pour terminer le mandat de Kennedy, avant d’être élu à son tour en 1965. Entretemps, le frère de JFK, Robert Francis Kennedy fut assassiné le 6 juin 1968. Le leader des droits civiques américains, Martin Luther King, fut abattu à Memphis en 1968. Lyndon Johnson refusa de participer aux élections de 1968 pour se faire réélire. Richard Nixon, ancien vice-président de Dwight Eisenhower, fut devenu président en 1969. La guerre du Vietnam faisait rage. Ce qui provoqua des manifestations monstres dans tout le pays. Le bilan de ce stupide affrontement est fixé à environ plus de 60.000 morts et 350.000 blessés du côté américain. Pour le Vietnam on parle d’un million de soldats et 430.000 civils tués, et 1.8 millions de blessés et de mutilés.  En gros, 4 millions de civiles périrent au cours de ce long conflit militaire.

Nixon a été réélu en 1972, pour être contraint à la démission après seulement un an de son second mandat. Le vice-président Gerald Ford le remplaça pour compléter le mandat inachevé, mais il a été battu au cours de la présidentielle de 1975 par le démocrate Jimmy Carter. Ce dernier a servi le pays comme président pendant 4 ans, de 1976 à 1980, avant de se faire humilier par Ronald Reagan. Celui-ci a gouverné le pays pendant 8 ans, cependant, il a été gravement blessé par balles le 30 mars 1981. Le vice-président de Reagan, George Bush Sr, remporta les élections de 1988, cependant il occupa la présidence pour seulement 4 ans.

L’élection et l’investiture de Williams Jefferson Clinton marque la fin de la période fortement marquée par une instabilité chronique qui commença avec l’assassinat de JFK en 1963. Beaucoup d’observateurs chevronnés de la politique pensent que la brutalité de l’assassinat du président avait eu impact psychologique profond sur les événements qui allaient marquer les 30 dernières années qui en suivaient. « Dans son ouvrage Spasm : « Virtual Reality, Android Music and Electric Flesh (1993) », le professeur de science politique et théoricien de la culture Arthur Kroker décrit l’assassinat de JFK comme étant le moment précis où les États-Unis ont quitté la modernité et ses pôles définis pour (enfin) basculer vers la postmodernité et ses signifiants fluides ».

Sylvain Raymond poursuit, pour dire « Ce qu’il (Arthur Kroker) définit comme étant les « Spasm USA », c’est en fait une Amérique virtuelle qui est incapable de se déterminer à l’extérieur du spectacle reconstitué des événements entourant l’assassinat ».

 L’impact économique

 « Le Dow Jones Industrial Average avait progressé de 3,31 points (0,5%) sur la journée, au moment où des coups de feu ont été tirés sur Kennedy. Quarante minutes plus tard, alors que la nouvelle de la mort de Kennedy s’annonçait, il avait déjà plongé de 21,16 points (-2,8 %), sur un volume d’échanges très important. La bourse ayant déjà 20 minutes de retard sur les transactions au sol, le Conseil des gouverneurs de New York Bourse a annoncé qu’ils avaient fermé les commandes pour la journée. AMEX et les bourses de matières premières ont rapidement suivi. »

 L’impact médiatique

 « Au moment où la Maison Blanche a confirmé la mort de Kennedy juste après 1h30 ce vendredi, 45,4% des foyers américains équipés d’un téléviseur avaient leurs téléviseurs en service, selon l’agence de notation Nielsen. »

 « Lundi, peu de temps après l’arrivée du caisson transportant le cercueil de Kennedy au cimetière national d’Arlington, 81 % des foyers américains équipés d’un téléviseur avaient leurs téléviseurs en service, l’une des cotes d’écoute les plus élevées de l’histoire des États-Unis, a déclaré Nielsen. »

Les événements qui s’annoncent après l’assassinat du président Jovenel Moise sont tristes. L’invasion/occupation/élections qui s’annoncent peuvent être transformées en un carnage si les élites haïtiennes ne font pas preuve d’une grande maturité en pratiquant « le sens de la mesure » comme vertu.

Le constat qu’on fait aujourd’hui en Haïti est alarmant. On a un pays qui est géographiquement divisé en deux. Le sud est coupé du reste du pays à partir de Martissant. La petite-rivière de l’Artibonite est actuellement le prototype d’une ville écartelée, parce que rien ne fonctionne, même les vivants se terrent au beau milieu du jour. Des milliers de familles sont en déplacement du fait de la violence des gangs.

La polarisation du paysage politique paralyse l’État qui est tributaire d’un accord politique global qui s’attarde à voir le jour. Le pire, l’insouciance et l’ambition dégénérée des acteurs politiques les empêchent de prioriser la souveraineté nationale en ce temps, harcelant des bruits de bottes de l’armée canadienne. Les « boat people » recommencent vigoureusement à prendre la mer rappelant étrangement les affres des années 1979-1980.  Car le désespoir pousse les citoyens et citoyennes à opter pour les dents des requins que mourir des cartouches des gangs et de la famine.

Le pouvoir politique, incompétence liée à la situation d’exception, immobilise le gouvernement. On a le sentiment que le pays est dirigé par lui-même. Ariel Henry, premier ministre, adopte un profil bas après avoir demandé officiellement l’envoi des troupes étrangères dans le pays pour suppléer à son échec… Aujourd’hui, ce sont les journaux et télévisions américains/canadiens qui donnent le ton en Haïti.

Le département d’État et le Canada, en dépit de toutes les vacarmes d’invasion/occupation, hésitent à s’aventurer dans une entreprise dangereuse. Parce que la volatilité de la situation reste insaisissable, nul n’est sûr de rien. La diaspora haïtienne, dans ce carrefour historique ultime, devrait être en mesure de faire preuve de leadership, mais s’enlise de préférence dans des luttes mesquines. De ce fait, en dépit de la bonne foi de plus d’un, elle n’arrive pas encore à formuler la marche-à-suivre ni l’inspiration nécessaire aux haïtiens et haïtiennes de l’intérieur.

Donc, chers lecteurs et lectrices, la dégringolade ne fait que commencer. Attachez vos bottes, nous sommes partis pour une longue marche après l’assassinat crapuleux du président Jovenel Moise !

 Joel Leon  

 Reference :

1-Le Devoir du 28 novembre 2020, Devoir de phylo/Histoire, par Sylvain Raymond

2-Lee, John M. (November 23, 1963). “Financial and Commodities Markets Shaken; Federal Reserve Acts to Avert Panic”. The New York Times. p. 7 (Wikipedia)

3-How the JFK assassination transformed media coverage, Jon Herskovitz, 21 November 2013.

4-Histoire et Civilisation. La mort de César, un meurtre fondateur, HENRI ETCHETO, HISTORIEN.

5- Internaute.fr, Guerre du Vietnam : dates, résumé, rôle des USA, nombre de morts, par Charlène Vince, 11 décembre 2020.

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