Y a-t-il un Regime Dictatorial en Place en Haïti ?
Par Joel Leon
« C’est le pouvoir qui arrête le pouvoir »
Voici une définition simplifiée d’un gouvernement dictatorial :« Tout régime politique dans lequel le pouvoir est détenu par une personne ou par un groupe de personnes qui l’exercent sans contrôle et de façon autoritaire. »
Jovenel Moïse, président de facto, répond-il à la définition d’un dictateur ?
La réponse est incontestablement oui. Depuis le 13 janvier 2020, une dictature s’abat sur Haïti. Pourquoi ?
Parce que l’un des trois pouvoirs de l’État et Co dépositaire de la souveraineté nationale, cessait d’exister en tant que tel. Il y a seulement 11 élus, 10 sénateurs et un président, sur un nombre de : 571 conseils d’administration communale, 144 maires, 119 députés, 30 sénateurs…sans compter les délégués de ville…
Le système judiciaire haïtien est totalement inféodé à l’exécutif, a un point tel qu’il a cessé d’exister depuis des années. La plus concrète justification, est du fait que le président de facto, Jovenel Moïse, avait procédé à la révocation, sous la forme d’une mise à la retraite, de 3 juges inamovibles de la plus haute cour de justice nationale, la Cour Supérieure des Comptes. Le pire, il les a remplacés par 3 autres individus personnellement choisis pour obéir à ses caprices dictatoriaux, en dehors de tout cadre légal.
Comment est-on arrivé là ?
Le régime au pouvoir depuis 2011 n’a pas organisé d’élections régulières dans le pays. En 2015, il y avait eu une tentative sous le premier président du régime, Michel Martelly, elle a été interrompue. C’est sous le régime intérimaire que les élections avaient été poursuivies et complétées.
Que dit la Constitution à ce propos ?
Pour chaque quinquennat, Haïti devrait avoir au moins 3 élections. En revanche, durant les dix dernières années, on en a enregistré seulement une, c’était sous la présidence de Jocelerme Privert.
Donc, on peut en déduire que le régime PHTK ne croit pas aux élections. De ce fait, les membres de cette formation politique ne sont pas des démocrates. Ce sont des autocrates qui rejettent l’exercice électoral comme l’unique moyen de renouvellement des institutions politiques et administratives, aussi bien que le personnel politique.
Depuis le 13 janvier 2020, le président de facto, Jovenel Moïse, dirige le pays par coups de décrets. En absence du parlement, dont le rôle essentiel est de contrôler les actions de l’exécutif, Jovenel s’est fait juge et partie à la fois. Montesquieu disait que « c’est le pouvoir qui arrête le pouvoir », puisque le pouvoir politique actuel n’est pas doté de l’arrêt constitutionnel, qu’est le législatif, nous ne sommes plus dans un système démocratique.
Le langage adopté par Jovenel Moïse à travers ses déclarations publiques est celui d’un dictateur assoiffé de pouvoir. Il agit aussi dans le même sens, en forçant des dissidents à fuir le pays, s’exiler ailleurs, les cas de Dimitri Vorbes et sa famille, celui de Mathias Danton…en dernier lieu, le cas de l’ancien magistrat de Port-au-Prince, Mr Chevry qui avait dû quitter précipitamment Haïti pour prendre refuge chez les voisins dominicains. Ceux qui vaillamment décident de rester au pays pour combattre la dictature se voient vivre dans des conditions de sécurité précaires. Les cas des deux anciens sénateurs de la république, Nenel Cassy et Youri Latortue, représentent la profondeur de la volonté de Jovenel Moise d’imposer une dictature féroce en Haïti. Youry Latortue a été directement ciblé par le président de facto lors d’une réunion publique, en disant que l’ancien sénateur allait recevoir quelques fessées pour se calmer. 24 heures après cette déclaration menaçante, le monsieur qui est responsable d’une ferme agricole pour l’ancien sénateur, a été victime d’une tentative d’assassinats, quand sa voiture fut criblée de balles.
L’opposition démocratique qui lutte contre le rétablissement de la dictature en Haïti fait face à toutes sortes d’intimidations. Toutes les manifestations pacifiques des combattants pour la démocratie sont réprimées régulièrement dans le sang. La police nationale, considérée comme la garde prétorienne de Jovenel Moise, tire à balles réelles sur eux. Ainsi, on enregistre des morts et blessés par dizaines depuis des mois, en particulier depuis le début de cette année. Les arrestations illégales se multiplient à travers le pays. Les dirigeants des organisations des droits de l’homme sont constamment intimidés par des perquisitions intempestives directes des agents de sécurités dans leurs résidences.
Dès qu’il y a des accrocs dans le plein exercice des libertés publiques, qui ne sont plus respectées, il y a dictature. Lorsque les 3 pouvoirs sont concentrés entre les mains d’un seul homme, il y a dictature. Lorsque des citoyens sont persécutés pour leurs opinions politiques et idéologiques, il y a dictature. Lorsque des gens sont contraints à s’exiler pour éviter d’être victimes d’emprisonnement illégal et de tortures, il y a dictature. Lorsque des journalistes sont ciblés par les forces de sécurité, il y a dictature. Lorsque le gouvernement fait appel à des gangs pour réprimer les adversaires politiques, il y a dictature. Lorsque le président siège illégalement au palais national en dépit du constat de la fin de son mandat constitutionnel, il y a dictature.
En conclusion, il y a bel et bien un régime dictatorial en place en Haïti !
Joel Leon





