Que l’Âme de la Petite Olsmina Jean Méus Repose en Paix!

Que l’âme de la petite OLSMINA JEAN MEUS repose en paix!

Par Joel Leon

 

Les crimes odieux font désormais partie du quotidien de l’homme haïtien. Le pire, la société l’accepte. L’assassinat par strangulation de la petite Olsmina Jean Meus, âgée seulement de 5 ans, est un signe distinctif que la société Haïtienne est entrée dans la zone psychologique appelée « Sadisme ».

C’est quand quelqu’un prend plaisir en défaisant l’autre. Dans le cas d’Haïti, le sadisme est devenu un phénomène collectif. Tout le monde fait du mal à tout le monde. On répand du sang, on pleure, on enterre, on recommence. Il s’agit d’un cercle infernal qui se répète depuis plus de deux siècles. Cela débute à l’intérieur de la maison, au sein de la famille, à l’école, au travail…avant de se réverbérer partout dans la société. Nous sommes l’esclave de ce comportement autodestructeur. Le problème, on n’en prend jamais conscience. On le vit, le critique parfois, le dénonce par moment. Mais jamais l’extirper de la conscience collective.

C’est une répétition permanente de crimes à travers toute la république. Les uns plus odieux que les autres. On peut considérer les multiples cas de mutilations aberrantes d’un corps sans vie ; l’acharnement d’un bandit à découper un cadavre sous les hurlements d’un public abasourdi. Entretemps, des passants observent dans une insouciance cruelle. On multiplie les exemples : le supplice du collier contre les macoutes, des individus qui mettent le feu sur une personne encore vivante…sont autant d’éléments cliniques de l’état mental souffreteux d’une nation en décomposition.

Le cas de Olsmina Jean Meus est décourageant a tous ceux qui perçoivent le combat pour une autre Haïti comme un sacerdoce. Une fillette de 5 ans, kidnappée par des bandits qui réclamaient 40000 dollars américains de sa mère. Elle qui est une marchande de pistaches, l’activité de subsistance commerciale la moins rentable de la république, ne pouvant réunir cette somme. Les bandits étranglaient la fillette. Le pire, ils abandonnaient le corps sur une pile de fatras. La plus révoltante partie, ils téléphonaient à la mère pour récupérer le corps. Franchement là, je suis dépassé et écœuré. Je ne pensais pas qu’un haïtien pouvait descendre si bas dans son inhumanité pour remonter avec ça comme trophée.

C’est presqu’une loi universelle, les enfants jouissent d’une protection particulière, aussi bien que les femmes et vieillards. Même en temps de conflits armés, les lois internationales et la décence obligent à protéger la population civile. En Haïti, personne n’est exempté, pas même la petite Olsmina. En grandissant en Haïti dans les années 70 et 80, tout était à l’opposé de la réalité d’aujourd’hui.

Il fut un temps où l’on respectait l’écolier. On n’arrêtait pas l’enfant en uniforme lorsqu’il commettait une infraction. Normalement, l’éducation universelle n’était pas la priorité du régime en place, mais ceux qui avaient la chance d’y avoir accès, ils étaient respectés. On voyait en chacun de nous le pays de demain. Les voitures s’arrêtaient, comme s’il s’agissait d’une loi, pour laisser passer les enfants, les écoliers, les vieilles et vieux. S’il est vrai qu’on se moquait des gens ayant des troubles mentaux, c’était formellement interdit de les frapper. Nous dormions avec nos portes ouvertes pour laisser entrer le vent frais de l’été insupportable. On se bagarrait, mais c’était pour devenir les meilleurs amis du monde. Oui, c’était sous la dictature, les libertés publiques n’existaient pas respectées, les macoutes étaient redoutables. Ceux qui ne s’intéressaient pas à la politique, ils vivaient paisiblement. J’ai connu des moments difficiles à partir de mon implication politique contre la dictature. Aujourd’hui, Haïti est méconnaissable. Le plus paradoxal est le comportement des gens à l’intérieur d’un pays ou le crime s’étend et s’établit presque dans une indifférence complice des potentielles victimes.

Le drame, c’est que le lendemain de l’assassinat crapuleux de la petite Olsmina, tout le monde se levait naturellement pour se rendre au travail, à la plage, a l’église, au champ, a l’école…comme si rien de morbide n’était arrivé au milieu de la nuit. Personne, ou très peu de gens ont exprimé leur ras-le-bol. Les médias n’ont repéré personne sur les places publiques en train de déchirer leurs chemises, pas une pancarte, pas une note de la présidence de facto, pas un communiqué de dégoût de la présidence provisoire, pas une dénonciation de l’opposition, rien de la police, pas même un chant pour la petite Olsmina. Définitivement, ce pays est mort. Haïti n’existe plus.

La mère de la fillette, enlevée puis assassinée, tranchée au ventre, appelle au secours. Il faut mettre le petit corps dans un sépulcre. Au moins on doit ce simple geste a Olsmina, elle n’a pas l’argent. C’est normal, elle ne pouvait sauver sa fille à cause de l’argent, comment en trouverait-elle pour l’enterrer. Elle a même fait publier un numéro de téléphone en la circonstance, pour recueillir des fonds.

Paradoxalement, tout marche bien. Plusieurs millions de dollars viennent d’être « brûlés » pour la réalisation du carnaval national à port-de-paix. Avant cela, des bandits s’entretuaient à cause de la mauvaise distribution de 25 millions de gourdes par le délégué du département de l’Artibonite, plusieurs victimes furent enregistrées. Il n’y a pas d’argent pour prendre soin du peuple, mais il y en a pour bambocher par-ci et par-là. C’est le drame haïtien, on s’en fout dès qu’il s’agit des affaires du peuple, et ceci par les mêmes éléments issus de ce peuple !

Les enlèvements, les exécutions, les assassinats, l’exil forcé, la torture, les arrestations illégales, les grèves…ont de beaux jours devant eux, entretemps, le pays se meurt !

 

Joel Leon

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