Dans la complicité du silence et de l’impatience, les élites haïtiennes scrutent le spectre de la 3e occupation d’Haïti

Dans la complicité du silence et de l’impatience, les élites haïtiennes scrutent le spectre de la 3e occupation d’Haïti

« Dans les pays où l’on constate une forme de stabilité, indispensable à tout processus de développement économique et de progrès social, c’est le résultat du sens de compromis qui existe entre les élites à propos de leur mission historique. Ce qui exige, en dépit du jeu d’intérêts contradictoires, de traiter de manière pragmatique les grands défis de la société. Car, à défaut de cette habilité, le peuple s’en chargera lui-même. Automatiquement, elles cesseront d’être des élites » (Joel Leon)

Joel Leon

Les peuples commettent toujours des erreurs, c’est le rôle des élites de les en empêcher. D’ailleurs, ils n’ont jamais de torts. Ils marchent sur les pas des leaders, s’ils se précipitent dans le trou, c’est leur absence de vision qui est responsable. Car, les peuples sont mineurs.

Si par effraction, les peuples se drapent dans des habits de leaders, contrairement à sa mission historique, c’est le chaos. Là encore, c’est le résultat de l’échec de l’avant-garde qui n’arrivait pas à se mettre en phase ou mieux, en avance de phase avec les évènements qui se bousculent d’heure en heure. Dans les pays où l’on constate une forme de stabilité, indispensable à tout processus de développement économique et de progrès social, c’est le résultat du sens de compromis qui existe entre les élites à propos de leur mission historique. Ce qui exige, en dépit du jeu d’intérêts contradictoires, de traiter de manière pragmatique les grands défis de la société. Car, à défaut de cette habilité, le peuple s’en chargera lui-même. Automatiquement, elles cesseront d’être des élites !

Le 21e siècle avait mal commencé. Car, dès le mois de décembre 2003, le département d’État avait jugé nécessaire d’augmenter sa présence militaire en Haïti. C’était le début de la 2e occupation du pays en mois d’une décennie. Le coup de grisou a été donné le 29 février 2004 quand l’armée française et américaine débarquait à l’aéroport international de Maïs-Gâté pour entamer l’occupation. Était-il possible d’éviter au pays cette deuxième humiliante expérience ?

Oui. Au cours d’une conversation que mon père, Bétonne Leon, et moi avions eue avec Serge Beaulieu, au local de sa station, Radio Liberté, juste quelques mois après l’échec des négociations de « Governors Island », du mois de juillet 1993. Bouboule expliquait qu’il y avait une possibilité concrète de résoudre la crise afin d’écarter l’intervention étrangère. Selon son opinion, le camp d’Aristide souhaitait bien une solution en faisant des concessions impensables. Jean Dominique, le représentant du camp Lavalas, et lui s’entendaient très bien pour conclure un accord inter-haïtien. Cependant, le camp des militaires était présent juste pour des photos d’opportunité. Donc, les négociations étaient piégées avant même le début des pourparlers. Finalement, le 15 novembre 1994, l’option militaire a été appliquée conformément aux vœux des puissances tutrices d’Haïti.

Le 29 février 2004, c’était la répétition du même scénario de 1994. Jean B. Aristide voulait négocier une solution de crise, quoique la décision était trop tardive, mais sous la pression de l’idiot Stanley Lucas, l’opposition rejetait l’opportunité de trouver une issue haïtienne. Les troupes débarquèrent dans le pays après le boycottage, pour des raisons politiciennes, de la commémoration du bicentenaire de l’indépendance nationale d’Haïti. Finalement, qu’est-ce que les élites avaient compris ?

Rien. Le comportement du gouvernement, de l’opposition, au moins ce qui en reste, de la société civile…exprime clairement cette incompréhension. D’interminables négociations qui n’en finissent pas et ses conséquences cruelles sur la population ne suffisent pas pour porter les élites à accepter de se sacrifice pour stopper le robinet de sang qui se vide en chute libre dans le pays. S’il est vrai que « « Toutes les générations ne possèdent pas le génie suffisant pour redécouvrir la roue tous les 25 ans ». Cependant, on s’attend à ce que les deux dernières séances d’occupations inspirent les élites à prendre un différend chemin cette fois-ci. Mais c’est mal connaître l’incongruité de nos élites !

Comme je l’avais décrit dans mon article « Élites d’Haïti, réveillez-vous, le pays se meurt ! », comment que les élites haïtiennes réagissent avec indifférence face aux humiliations internationales, aux avertissements des diplomates et ressortissants étrangers sur le spectre de l’occupation qui nous guette. Aujourd’hui, Luis Almagro, secrétaire général de l’Organisation de l’Etat Américain-OEA, a déclaré sans ambages que la 3e occupation d’Haïti est en branle.

Normalement, cette sortie de Mr. Almagro devrait être le catalyseur qui déclenchait un grand mouvement national pour la recherche d’une solution à la crise. Des réunions devraient prendre place en permanence entre le gouvernement, Montana/Pen, la Société Civile…afin d’éviter cette humiliation suprême au peuple haïtien. On constate plutôt à un comportement tout à fait opposé, en silence les élites attendent avec impatience l’arrivée des blancs.

Comme après le débarquement, suivi d’occupation, des forces étrangères, les élites haïtiennes s’alignent pour recevoir des franchises douanières, des postes diplomatiques et politiques, des chèques sans travail…Entre Temps, le massacre se poursuit, la misère se maintient et se renforce, l’exode de la jeunesse vers n’importe pays s’amplifie, le désespoir se renforce…Haïti est perdue !

Les élites attendent la 3e séance d’occupation avec les bras ouverts, dans une impatience surprenante !

Joel Leon

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *