MUSCADIN : LA BÊTE NOIRE DES GANGS ?

Pennsylvania, USA 06/06/2022 – Le nom de Jean Ernest Muscadin est sorti de l’anonymat pour défrayer la chronique subitement. C’est la nouvelle star des internautes haïtiens. Il est acclamé par un pan de la population en quête d’un messie pour éradiquer le phénomène du banditisme qui réduit le pays au rang d’un pandémonium depuis l’avènement des « Phtékistes » au pouvoir.
La scène mythique où on le voit dévaler les rues, muni de son kalashnikov, faisant la chasse aux sorcières, le campe comme le plus preux des mortels dans un pays où tout le monde se terre, effrayé par les gangs. Pourtant, sous toutes réserves, monsieur Muscadin ne possède aucune expérience militaire à son actif, encore moins une formation en police urbaine. Il est, tenez-vous bien, COMMISSAIRE du gouvernement du département des Nippes !
Exacerbé par le climat d’insécurité généralisé, il déclare la guerre aux bandits. D’ailleurs, une vidéo devenant virale le montre en train d’exécuter un certain Elvé Jean-Jacques, connu sous le sobriquet de « Zo Pwason », appartenant à l’un des gangs les plus sanguinaires de la capitale.
Cette action a soulevé une polémique d’une proportion épique. D’un côté, on retrouve une majorité des citoyens ordinaires qui la plébiscitent comme de l’héroïsme, de l’autre côté, en revanche, il y en a ceux qui se questionnent sur la légalité de ses démarches. C’est le cas, par exemple, de FJKL (fondasyon Je klere ) un mouvement des droits humains dirigé par Yolène Giles.
Pour ce dernier groupe, l’idée qu’un commissaire de gouvernement, dont la mission est de faire respecter la loi, puisse s’arroger le droit de trucider la vie de quelqu’un en public sans autre forme de procès, n’est ni plus ni moins qu’un acte barbare. Lequel acte ne fait que ternir davantage l’image de la République déjà vilipendée par les atrocités des groupes hors-pistes.
Comment concilier ces deux points de vue antagoniques ?
La question est très dilemmatique pour dire la vérité, dépendamment de l’angle duquel vous la percevez.
D’entrée de jeu, on doit comprendre l’attitude des gens essorés par les exactions des gangs et qui, par désespoir de cause, s’érigent en un bloc monolithique pour défendre le commissaire. Car, partout dans le pays, les gangs se multiplient à une vitesse ahurissante. Ils rançonnent, pillent, violent et déciment la population avec une fréquence alarmante, en toute impunité.
Tout cela se passe sous les yeux je-m’en-foutistes des autorités. Ils n’en ont cure, car la sécurité des citoyens se relègue au cadet de leurs soucis. Ce serait pure hypocrisie de ne pas situer les actions du commissaire dans leurs contextes.
Toutefois, les bonnes intentions de Me Muscadin devraient-elles oblitérer ses démarches illégales pour autant ?
Au risque de nous faire remonter les bretelles, disons tout simplement qu’on ne répond pas à l’injustice par une autre injustice.
Les agissements du commissaire ont beau être sincères il faut quand même avoir le courage de les dénoncer comme étant arbitraires.
La démocratie ne fonctionne pas sans garde-fou. Ses balises sont établies pour nous préserver des dérives. Par exemple, au lendemain de la deuxième guerre mondiale, cédant à la propension naturelle de prendre leur revanche, certaines victimes du régime Nazi s’en étaient prises à leurs bourreaux par des actes d’exécutions sommaires. Mais des voix étaient montées au créneau pour dire non : on ne peut pas répondre à la barbarie par la barbarie.
Valéry Giscard d’Estaing avait un jour déclaré qu’il faut « laisser les choses basses mourir de leur propre poison ». Cela veut-il dire qu’on doit fermer les yeux sur les actes des bandits ? Catégoriquement non ! Mais si l’on doit combattre la violence, cela doit s’inscrire dans un schéma légal.
Il est clair que Me Muscadin s’est ostensiblement démarqué de ses prérogatives en tant que commissaire de gouvernement. Son rôle est de se servir du sceau de la justice pour sévir contre les malfrats, mais pas en se munissant de son glaive ou de son AR-15 pour imposer sa loi. La mort d’un bandit n’émeut personne, certes, mais il n’en demeure pas moins que l’on doit s’armer de courage pour fustiger le comportement du dit commissaire pour ses violations flagrantes des lois de la République, car ses actions tracent un très mauvais précédent.
Ducasse Alcin





