Préambule du génocide haïtien (3e partie)

Préambule du génocide haïtien 

          3e partie

Par Jacques Casimir ( Pasteur D’amoulio)

majac14@hotmail.com

Avant- Propos. Si l’histoire n’explique pas tout, elle apporte souvent des réponses à des questions que l’on se pose depuis des siècles. Le devoir du chercheur historien conséquent est de trouver ces réponses, avec des preuves pour les révéler au grand jour pour pouvoir comprendre la source du mal.

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Comment pouvons-nous comprendre les faits qui ont des conséquences sur nos vies actuelles si nous ne faisons pas un retour vers le passé pour révéler certains événements cachés qui nous aideront à découvrir notre histoire ?

Dès que nous parlons de génocide des Haïtiens, en Louisiane aux États-Unis et aux Antilles, le sujet, deviens tabou. Certains sont scandalisés par nos déclarations, mais les faits et les preuves sont là. Le destin de plusieurs de nos frères a été scellé dans cette partie des États-Unis, c’est ce qui explique aujourd’hui la présence de la langue créole et qu’une grande partie de population de cet État du Sud des USA est d’origine haïtienne.

L’une des autres causes de la déstabilisation d’Haïti et du génocide des Haïtiens après son indépendance provenait de la Louisiane. Plus de 25.000 réfugiés blancs nés à Saint-Domingue (Haïti) ont fui la révolte des captifs de 1793 à 1803 pour s’installer à La Nouvelle-Orléans avec leurs esclaves, mais ces derniers se rebellaient dans les plantations, et la Louisiane a connu un taux de marronnage très élevé pour cette période.        

Suite à ce haut taux de marronnage, La loi sur les esclaves fugitifs de 1793 a été adoptée par le congrès des États-Unis. Cette loi garantissait a un esclavagiste de récupérer un esclave en fuite (article 4, section 2, clause 3), qui a ensuite été remplacée par le treizième amendement. Le premier garantissait un droit pour un esclavagiste de récupérer un esclave en fuite. Le mécanisme juridique a été adopté par la chambre des représentants le 4 février 1793. Les “Annals of Congress” indiquent que la loi a été approuvée le 12 février 1793.

Le Gouverneur espagnol de la Louisiane de l’époque, Esteban Rodriguez Miró, a interdit d’importer des esclaves de Saint-Domingue (Haïti). Dans un décret de 1790, il expliqua que les esclaves nés aux Antilles sont plus vicieux et plus débauchés. Mais il autorisa ceux qui venaient d’Afrique. En 1803, le premier gouverneur américain du territoire d’Orléans, William Charles Cole Claiborne, révoqua ce décret. Rappelons le fait que jusqu’à 1812, le futur État de Louisiane était connu sous le nom de territoire d’Orléans.

Contrairement à l’histoire officielle, la première révolte organisée des esclaves aux États-Unis a eu pour décor la Louisiane en 1807. C’était l’œuvre des esclaves importés de Saint-Domingue (Haïti). Elle a été réprimée dans le sang.  L’année suivante, une nouvelle vague d’immigration blanche en provenance de Saint-Domingue (Haïti) qui avait fui dans un premier temps vers Cuba pour ensuite débarquer en Louisiane avec leurs esclaves. Cette fois les malheureux asservis ont été arrêtés, déportés, revendus à d’autres pays ou exécutés de peur qu’ils ne sèment la révolte dans les plantations du sud des États-Unis. Plus de 12 000 esclaves originaires de Saint-Domingue (Haïti) ont été assassinés sans procès. Ce génocide est passé sous silence.

La Louisiane de l’époque regroupait : les États du Mississippi, de l’Arkansas, de l’Alabama, de l’Oklahoma, du Missouri, etc. Tous ces états ont été séparés du territoire d’Orléans après 1811. Nous avons répertorié toutes ces révoltes de 1807 pour faire ce calcul macabre. C’est à partir de ce grand soulèvement d’esclaves majoritairement originaire d’Haïti que le gouvernement des États-Unis a voté la loi sur l’insurrection de 1807 (insurrection Act Of 1807). Cette loi fut adoptée et signée par le président Thomas Jefferson le 3 mars 1807.

Cette loi, est une loi fédérale américaine qui habilite le président des États-Unis à déployer des troupes de l’armée américaine et de la garde nationale fédérée sur le territoire américain dans des circonstances particulières, telles que la répression de troubles civils, d’une insurrection ou d’une rébellion.

Avant d’invoquer les pouvoirs prévus par cette loi, la section 254 du 10 U.S.C. Exige que le président publie d’abord une proclamation ordonnant aux insurgés de se disperser.

Dans le cas de la rébellion de 1807 des esclaves originaires d’Haïti, il n’y a pas eu de proclamation présidentielle ordonnant aux insurgés de se disperser. Ils furent massacrés manu militari. Cette loi a été amendée en 1871, en 2006 et en 2007.

Si tout le monde a oublié, nous, en tant que gardiens de la mémoire notre devoir est de se remémorer. Nous devons révéler ces faits avec des preuves à l’appui pour comprendre la source de cette haine contre les Haïtiens pour pouvoir mettre fin à cette guerre de basse intensité menée contre Haïti.  Des journaux de l’époque, tels que : la Gazette de la Louisiane, le Courrier de la Louisiane, The Mississippi Valley and Federal judiciary de 1807 ont publié des articles sur cette grande révolte d’esclaves réprimée dans le sang, sans indiquer le nombre de morts.

Parmi les 25.000 réfugiés de Saint-Domingue qui ont fui la révolte des esclaves de 1791, il y avait, Pierre-Louis Durquin-Duvallon, un blanc né à Saint-Domingue en 1769, il fut un planteur de canne à sucre devenu écrivain. Il a écrit un document rare témoignant de l’époque du soulèvement des esclaves déportés de Saint-Domingue en Louisiane, sous le titre :

Vue de la Colonie espagnole du Mississippi ou des provinces de Louisiane et Floride Occidentale en l’an 1802, 1803 » 

 Il déclara : « En raison de leur (esprit d’indépendance), les Indiens d’Amérique n’étaient pas adaptés à l’esclavage, alors que pour les esclaves africains, au contraire : l’esclavage est un état naturel, duquel ils ne sortent qu’avec la violence, et dans lequel ils rentrent au Contraire, avec Souplesse, et comme un troupeau de moutons dans l’étable. »

Pour interdire l’affranchissement des esclaves et sous la pression des anciens colons de Saint-Domingue, la Louisiane a été le premier endroit au monde à instituer la clause Grand-père qui stipule :

« Tout esclave voulant être affranchi devait avoir un grand père libre pour prétendre à ce droit, dixit le décret de 1811 » 

Plus tard, la Louisiane se distingua avec une deuxième clause “du grand-père” réservant le droit de vote à ceux dont le grand-père pouvait voter avant 1860 et excluant donc les descendants d’esclaves. Était ainsi créé ce qu’un législateur appela : des électeurs par hérédité. L’esclavage avait été aboli aux États-Unis en 1860, depuis quand les esclaves avaient le droit de vote ? C’était la façon d’exclure les noirs et les immigrants d’origine Créole de l’époque. Enfin, c’est de là l’origine de la « clause grand-père » très prisé dans les conventions collectives des travailleurs dans nos sociétés actuelles.

Plusieurs colons ont pris la fuite quand la révolte générale des esclaves a commencé à Saint-Domingue. Ils ont emmené avec eux des esclaves généralement mulâtres (métis). Ils leur ont promis une meilleure condition de vie et un travail rémunéré. Ces esclaves sont devenus des commandeurs dans les plantations où s’établissaient ces planteurs dans toutes les îles de la Caraïbe et dans le sud des États-Unis. Sous la pression de leurs maîtres, ils maltraitaient les autres esclaves. On les appelait les commandeurs de Saint-Domingue. Ils étaient très réputés pour leur violence et ils étaient très en demande dans les plantations pour faire augmenter la production par le travail des esclaves. Cela a eu pour conséquence une haine des esclaves des autres îles contre les commandeurs haïtiens et cette rancœur se perpétue encore aujourd’hui contre nous par nos frères de la caraïbe et du sud des USA. Diviser pour régner a été, est et sera toujours la meilleure arme des colons et des néo-colonisateurs contre nous. Il est temps de nous ouvrir les yeux.

Quelques semaines après la déclaration unilatérale de l’indépendance d’Haïti mal digérée par la France, la subversion a commencé.  Roberjot Lartigue, un espion français, chargé de déstabiliser la jeune république avec le soutien de Louis André Pichon, ambassadeur de France aux États-Unis, a fait courir le bruit d’une offensive maritime d’Haïti sous les ordres de Dessalines pour soulever la Martinique, la Guadeloupe, la Dominique et Marie-Galante. Cette propagande mensongère a été rédigée le 26 mai 1805 à Saint-Thomas, elle fut envoyée à tous les gouverneurs des îles de la Caraïbe. Suite à cette publication, le gouvernement danois rendit alors un arrêté le 15 octobre 1805, qui défendait à tout négociant et capitaines de navires de commercer et communiquer avec les révoltés de Saint-Domingue, sous peine de la confiscation du navire, de sa cargaison et de 10,000 francs d’amende. Ensuite, Roberjot Lartigue, demanda encore au gouverneur des îles danoises de lui fournir les moyens de déporter tous les nègres de Saint-Domingue qui étaient à Saint-Thomas.

En décembre 1805, les autres colonies des Caraïbes suivaient l’exemple danois et beaucoup de citoyens haïtiens qui vivaient dans ces îles ont été massacrés. Des rapports confidentiels des gouvernements coloniaux disent qu’il y a eu beaucoup de morts sans préciser le nombre, dans un silence diabolique des historiens. C’est à partir de ces événements, de cette propagande et de ces mensonges que la haine des autres peuples des îles des Antilles contre les Haïtiens a commencé.

(Pour votre gouverne, les îles danoises étaient, composées de Saint-Thomas, Sainte-Croix et St John. Elles furent vendues par le Danemark aux États-Unis en 1917 et sont devenues, les îles vierges américaines). Voir : notre cours chronique L’affaire Dubrac 1ere partie).

L’Arche du Retour Mémorial permanent pour les victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique Conçu par l’architecte américain d’origine haïtienne Rodney Leon, le Mémorial Permanent pour les victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique, baptisé l’Arche du Retour, a été inauguré le 25 mars 2015 à New York. Ce projet a été sélectionné en 2013 parmi 310 propositions de design de 83 pays, à l’issue d’un concours international organisé en partenariat avec le projet la Route de l’Esclave de l’UNESCO et le Comité du Mémorial Permanent. L’Arche du Retour rend hommage au courage dont ont fait preuve des Africains soumis à l’esclavage, les abolitionnistes et les héros méconnus qui ont contribué à mettre fin à l’oppression de l’esclavage. Elle entend aussi faire prendre conscience de tout ce que les Africains soumis à l’esclavage et leurs descendants ont apporté à leurs sociétés. Selon les déclarations de L’UNESCO.

Est-ce que c’est un calcul planifié de choisir un architecte d’origine Haïtienne pour construire ce monument pour nous amadouer et pour nous faire oublier cette vérité qui n’a pas encore été totalement révélée ?

Le chercheur historien conséquent, se souvient, doit se souvenir et se souviendra pour révéler publiquement ces génocides cachés. Amen

L’aide internationale vient du nord. Le malheur et la punition pour avoir brisé les chaînes de l’esclavage viennent aussi du nord, c’est cela la duplicité qui explique encore le double langage des anciennes puissances coloniales face à Haïti. Amen.

Dans un prochain cours chronique, nous révèlerons avec des documents et des archives inédits certains faits sur les commandeurs de Saint-Domingue en Martinique, en Guyane française, en Louisiane et en Jamaïque.

 

Recherche No JCAS-0520-504.

Jacques Casimir (Pasteur D’Amoulio)

majac14@hotmail.com

À suivre

 

Bibliographie​

 

RÉF : Auteur : Pierre-Louis Durquin-Duvallon, Titre : Vue de la colonie espagnole du Mississipi ou des provinces de Louisiane et Floride occidentale en l’an (1802, 1803).

2) RÉF : Auteur :  Léo Elisabeth. Titre : Les relations entre les Petites Antilles françaises et Haïti, de la politique du refoulement à la résignation, 1804-1825 » Outre-mer, Revue d’histoire no 340-341, 2003.

3-RÉF : Auteur : E. Ayers. Titre : The Promise of New South. New York, Oxford University Press 1992.

4) -RÉF : Auteur : Antoine Bernard, Histoire de la Louisiane. De ses origines à nos jours. (Le conseil de la vie française en Amérique. Université Laval, Québec). 

5) Sources : The Mississippi Valley and Federal judiciary de 1807 (La vallée du Mississipi et le système judiciaire fédéral de 1807). Ces archives sont compilées dans le journal Of Américan History de 1807-1837 et publié en septembre 1925. (Document Mississippi state University ou MSU).

6) RÉF : Auteur Manuel Covo  Titre : La révolte qui ébranla le monde. LHistoiren no 415 septembre 2015.

7) Sources : Freedom’s journal, voir les articles (conditions for black freedom and rights in the south) du 30 mars 1827).

 

Jacques Casimir (Pasteur D’amoulio)

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