La fête du Travail et de l’agriculture commémorée sous le signe du chômage et de la honte !

La fête du Travail et de l’agriculture commémorée sous le signe du chômage et de la honte !

Michaud Joanier

« L’Agriculture d’un pays fait la valeur de son drapeau » !

 

En effet, ce dimanche 1er mai 2022, les autorités haïtiennes célèbrent la fête du Travail et de l’Agriculture !

Pourtant, si nous n’avions pas perdu le droit d’avoir honte, c’aurait été une bonne occasion qui s’offrirait aux autorités haïtiennes de se cacher à jamais. Et, comme dans ce pays si particulier de la Caraïbe, Dieu merci, le ridicule ne tue pas. On peut toujours se targuer via des discours grandiloquents et vides à toujours vouloir s’affirmer, se montrer comme quoi on dirige encore quelque chose.

En Haïti, on a honte seulement quand on veut.  Ariel Henry a honte s’il le trouve nécessaire, cela dépend de son humeur du jour. Le pire, des individus considérés censés, le prennent comme un interlocuteur valable pour dialoguer.

Heureusement, il y a de pires espèces que la nature en a bien pris la précaution de n’en produire qu’une tous les 100 ans. La nature a ses vertus, faut-il bien le reconnaître !

En Haïti, plus de 4.5 millions de personnes sont menacées de faim. Et pourtant cette situation d’insécurité alimentaire ne semble pas être le cadet des soucis de nos autorités. Ariel Henry et sa cohorte s’activent à parler d’élections, de Conseil Electoral Provisoire, de candidature…

Toujours sur la même lancée, près de 1.338 000 haïtiens se retrouvent en situation d’insécurité alimentaire aiguë élevée. Cela dit, ces citoyens peuvent mourir !

Cette situation est d’autant plus intenable que depuis 2016, le département de la Grand’ Anse, considéré comme le grenier du pays, surtout en matière de production agricole, la Plaine du Cul-de-Sac n’étant plus, est sévèrement touché par d’importants chocs climatiques. Ce qui rend sa capacité productive très restreinte, donc la république est totalement exposée à la famine.

Il faut admettre que cette situation s’est nettement accélérée avec la détérioration du climat sociopolitique qui secoue le pays, surtout après l’exécution du président Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021. Le tremblement de terre du 14 Août 2021 n’allait pas arranger les choses qui, aujourd’hui, se sont transformées en une catastrophe.

La guerre en Ukraine est une bonne occasion pour les pays, dits « Amis d’Haïti », de lui tourner le dos. Déjà, la discrimination avec laquelle Haïti a été traitée, comparativement avec ce pays européen, était déjà évocatrice et annonciatrice de cet abandon. 500 millions de dollars américains constituent l’enveloppe promise par la communauté internationale pour la reconstruction et le développement du Grand Sud, alors que la dernière aide américaine à l’Ukraine s’élevait à 33 milliards de dollars. L’on peut comprendre que l’avenir politico-économique et environnemental d’Haïti dépend uniquement de ses fils et filles !

L’agriculture des pays en développement, dont Haïti, nécessite des investissements nets de l’ordre de 85 milliards de dollars américains par an. Naturellement, si l’on veut être en mesure de nourrir 9.1 milliards de personnes en 2050, ce qui équivaut à un accroissement d’environ 50% de ces investissements, selon l’Organisations des Nations-Unies. Haïti est foutue !

Les manques de politiques publiques, pour ne pas dire l’absence de politiques publiques tout court, plus la corruption, la prolifération des gangs …sont autant de facteurs qui sont de nature à décourager l’investissement dans le pays.

Le taux de chômage ne fait qu’augmenter surtout avec un déficit budgétaire dépassant les 25 %. Donc, nous sommes condamnés à commémorer, d’années en années, le chômage à la place du travail !

Le dernier réajustement salarial de ces derniers mois, dû aux luttes des ouvrières et ouvriers haïtiens, ne va pas contredire nos avant-propos.   Car, non seulement qu’il en était en dessous du montant réclamé par ces derniers mais l’augmentation du prix du gaz les précarise davantage.

Au moment de célébrer la fête de l’agriculture, beaucoup de compatriotes, en particulier les jeunes, se demandent comment se fait-il qu’un pays qui s’alimentait dans les années 80, se trouve à deux doigts de la famine 40 ans après.

Fondamentalement, c’est la conséquence de la corruption et de la mauvaise gouvernance, sans oublier de mentionner les haïssables de la communauté internationale. Cependant, il y a aussi d’autres facteurs tout aussi importants, tels : le manque de terres agricoles, souvent sous exploitées ; le système d’irrigation désuet ou inexistant ; l’agriculture non-mécanisée qui se fait à la main comme du temps de la colonie, le flambement des prix des engrais, le déboisement, les dérèglements climatiques, l’absence de l’État dans les prises de décision…Haïti est victime de tous ces maux !

D’où un pays livré à lui-même, toujours incapable de nourrir ses enfants. L’État haïtien est obligé de les placer sous supervision de l’aide économique fallacieuse de l’international. Ces pays qui en profitent pour placer des renégats au pouvoir dans le pays. Car, en définitive « Qui finance commande ». Aujourd’hui, Haïti n’est plus en mesure de renouveler son personnel politique via des élections crédibles et honnêtes. En fait, tout est intimement lié !

Dans combien de temps encore le monde entier cessera de voir en l’Haïti de Jean Jacques Dessalines, une république humanitaire ?

Quand on cessera de célébrer le chômage, chaque 1er mai… A quand la fin ?

 

Michaud Joanier

 

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