Inventaire du Patrimoine Haïtien pillé par les étrangers
3e partie
Par Jacques Casimir
Lorsque tout le monde pense pareil, personne ne pense vraiment, avait écrit Confucius dans son livre : « L’invariable milieu » 25 siècles avant Jésus-Christ. Ces paroles ont été reprises par l’écrivain américain Walter Lippman dans son livre : « L’opinion publique. » On nous a formaté pour accepter et croire à n’importe quoi pour oublier qui nous sommes pour ne pas pouvoir réclamer ce qui nous appartient.

Le pillage du patrimoine culturel d’Haïti a commencé quand Alexandre Pétion, non seulement, s’est mis à genoux devant la France en lui proposant une

indemnité pour reconnaître l’indépendance d’Haïti, il a remis en 1814 à Jean-François Dauxion-Lavaysse envoyé de Louis XVIII, sans consulter le Parlement l’acte de reddition que Rochambeau a signé et qui marquait la défaite de l’armée française en Haïti. Ce document haïtien est mis sous Scellé dans les archives officielles du gouvernement français. Cet acte d’une valeur historique inestimable est la preuve écrite de la capitulation des armées de Napoléon en Haïti. Aujourd’hui, des millions de noirs auraient fait le voyage pour constater et voir par eux même ce patrimoine historique.
Les écrits sur Jean-François Dauxion-Lavysse au XIXe siècle par les frères Michaud et par Jacques-Nicolas Billaud-Varenne, natif de La Rochelle, citoyen français et aide de camp du président Alexandre Pétion, mentionnent que Dauxion Lavysse a reçu des mains du président Pétion l’acte de capitulation signé le 20 novembre 1803, par Rochambeau devant le général en chef Jean-Jacques Dessalines et ses officiers. Dauxion-lavysse, n’a jamais pris contact avec Christophe, mais avec Pétion parce que ce dernier était plus réceptif à céder aux exigences du roi de France. Tandis que Christophe était intraitable, il voulait la reconnaissance d’Haïti sans contrepartie et ne voulait rien négocier. Il avait émis un mandat d’arrêt contre cet envoyé du roi de France, selon les mémoires de Malouet.
Il y a eu la mission secrète de deux autres émissaires royaux, envoyés par Louis XVIII, les sieurs De Fontagnes et Esmangart que seul Lepelletier de Saint- Rémy a brièvement parlé dans son livre : Titre Saint-Domingue, étude et solution nouvelle de la crise haïtienne. Livre troisième. Les deux envoyés français avaient soumis à Pétion ce qui suit :
« L’esclavage sera rétabli avec des adoucissements dans le régime intérieur. Les anciens propriétaires seront remis en possession. Les mulâtres les plus influents recevront des titres qui les reconnaîtront comme blancs, et les rendront aptes aux fonctions publiques pour diriger Saint-Domingue. »
Le seul fait de recevoir des gens qui veulent renégocier l’indépendance d’Haïti est un acte de haute trahison. Nous avons trouvé dans la gazette des archives, dans la section outremer plusieurs documents compilés de 1738 à 1817 dont une partie de ce que disait Lepelletier de Saint-Rémy dans son livre.
Si le passé et le futur sont l’union des contraires qui donnent le présent, de ce présent, il nous faut chercher à connaître notre passé pour savoir ce que sera notre avenir. À force de ne pas vouloir voir les faits et les choses devant nous, on finit par devenir aveugle. Un pays ne peut pas vivre sans archives.
Où sont nos archives ? Tous les documents signés par Pétion en 1816 et par Boyer en 1824 et 1825 concernant le dédommagement des colons français en Haïti, ce qui est devenu officiellement la dette de l’indépendance sont mis sous scellés en France. Quelques rares documents de cette époque sont en Haïti, mais détenus par des collectionneurs privés dont nous essayons de les convaincre de ne pas les vendre.
Après l’accord signé par le Président Elie Lescot le 24 septembre 1945 avec le représentant du service de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France, M. Marc Millon de Peillon, à cette date, cette institution est devenue l’institut français d’Haïti. Suite à cette entente dont nous ignorons une grande partie du contenu, des tonnes de documents et d’archives ont été rapatriées en France. Voir : notre cours Chronique, l’affaire Dubrac, 2e partie.
Le Code Henry, ces textes de lois en vigueur dans le Royaume du Nord, en 1812, d’une valeur inestimable a été publié en 3 copies originales, 1) La copie du roi. 2) La copie du ministre de la Justice 3) La copie authentifiée pour le dépôt des archives du royaume du Nord. Le président Léon Dumarsais Estimé a racheté d’un collectionneur privé la copie du ministre de la Justice en 1948. Aujourd’hui, ce document a disparu. Par contre, le document original avec la signature du roi Henri Christophe se trouve en possession de la grande bibliothèque de Boston.
Le Dr Historien et médecin Jacques Catts Pressoir, lors de ses voyages aux USA vers la fin des années 1940 avait répertorié dans ses notes la présence du document du roi dans la grande Bibliothèque de Boston, depuis, elle a été remplacée par une vulgaire copie que l’on peut consulter seulement sur demande.
Comment se fait-il qu’un document patrimonial de cette importance soit détenu illégalement par un pays étranger ? L’autre copie, celle des archives du Royaume du nord, est en possession d’un collectionneur étranger anonyme selon nos recherches.
1) Pour bien comprendre l’horreur, le génocide de l’occupation américaine, le vol des biens et le pillage des ressources patrimoniales d’Haïti, un document sans précédent dont une partie a été censuré par le gouvernement américain. Ce rapport écrit en 1926 et publié en 1927, par l’Américaine : Emily Green Balch, membre d’un comité nommé pour enquêter sur les conditions en Haïti, alors occupé par des garnisons criminelles des marines américains.
Madame Balch, a écrit le rapport : « Occupied Haïti » (Haïti occupée) voir la photo ci-devant. Le document du comité révèle des horreurs inconnues par la majorité des historiens Haïtiens. L’un des rares exemplaires non censurés se trouve à l’université de Virginie. (USA). Ce document fait état d’expéditions aux USA de documents, de biens publics et privés haïtiens saisis arbitrairement par l’armée américaine dont la fameuse carte des mines d’Haïti de Gérard Tropnas, datée de 1901, un document très rare. Les militaires américains ont pillé les livres de la bibliothèque de l’école de médecine et ont démonté le laboratoire pour l’expédier aux Etats-Unis. Tous ceux qui essayaient de s’opposer à cette profanation ont été assassinés manu-militari.
Nous menons actuellement des recherches sur le massacre de l’école de médecine de Port-au-Prince de 1916.
2) Un autre document confirme les faits : il s’agit du « CRS report congress Analyst in National Defense Foreign Affairs and National Defense Division » de 1933. Dans la 3e partie de ce dossier, se trouve l’analyse du Lieutenant-colonel Smedley D. Butler, un officier de la marine américaine qui a fait un rapport à l’amiral William B. Caperton sur le nombre de victimes haïtiennes. Les chiffres ont été volontairement effacés pour que le monde ne soit pas au courant de ce massacre. Dans la conclusion du rapport sur les pertes américaines en Haïti, il est écrit que tout au long de l’occupation, les forces américaines ont subi des pertes minimes, totalisant 10 tués et 26 blessés.
Est-ce que ces informations sont vraies ? Une grande partie de ces rapports des marines ont été censurés par le gouvernement américain. Nous n’avons pas encore trouvé du coté Haïtien des documents et des archives qui parlent des pertes en vie humaine de l’occupant américain. Ces deux documents Us de 1927 et de 1933 parlent de la saisie des archives gouvernementales Haïtiennes.
Les archives gouvernementales d’Haïti étaient situées sur le site de l’ancien hôpital militaire de Port-au-Prince. Le président Geffrard a fondé les archives nationales d’Haïti en 1860, mais les archives gouvernementales étaient toujours à la même place et fonctionnaient indépendamment des archives nationales. On y trouvait les copies des débats parlementaires, les documents du greffier de la république, les copies des lois et actes du pays et d’autres documents et archives, etc. Le 16 septembre 1915, l’armée américaine s’empara de l’édifice en emportant les documents pour ensuite la détruire. Où se trouvent ces documents aujourd’hui ?
Voici un exemple récent de restitution de biens volés.
Exposé en France depuis près de 130 ans, le trésor royal de Béhanzin, le dernier roi de la dynastie d’Abomey. Régnant sur le royaume de Dahomey, l’armée française a pillé le palais et a emporté avec elle statues, trônes, objets de mobilier et autres trésors royaux béninois en guise de trophées de guerre. En 2016, le président béninois, Patrice Talon, demande à Paris la restitution des œuvres prises à Abomey. Le ministère des Affaires étrangères du gouvernement de Manuel Valls (sous la présidence de François Hollande) lui oppose une fin de non-recevoir, au nom du principe dit “d’inaliénabilité des collections nationales“.
Pour faire plier le gouvernement français, les avocats Béninois ont évoqué l’article 2 de la loi française nº 4632 relatif à la restitution ou la remise de certains biens culturels aux ayant droit de leurs propriétaires victimes de persécutions antisémites. Cet article de loi stipule :
Article II « Par dérogation au principe d’inaliénabilité des collections publiques françaises inscrit à l’article L. 451‑5 du code du patrimoine, à compter de la date d’entrée en vigueur de la présente loi de 1958, L’autorité administrative dispose, à compter de la même date, d’un délai d’un an au plus pour remettre ces œuvres aux ayant droit (les Juifs spoliés par les nazis). »
Pour ne pas montrer aux yeux du monde une justice à deux poids deux mesures et pour garder une crédibilité internationale que les lois françaises ne sont pas racistes et discriminatoires, le gouvernement français n’avait pas le choix de remettre les biens spoliés aux Béninois.
Pour le gouvernement français, il s’agit aujourd’hui d’un geste historique, puisqu’il déroge exceptionnellement au principe d’inaliénabilité des collections françaises parmi les plus riches du monde « Ce n’est pas un acte de repentance ou de réparation, ni une condamnation du modèle culturel français », Vu la forte concurrence de certains pays, la France essaie de faire quelques concessions pour mieux garder son emprise en Afrique. Les adversaires de la restitution des œuvres volées se font déjà entendre. Ils dénoncent une relance sans fin des demandes de restitution qui empoisonnent régulièrement les relations internationales, à l’instar de la Grèce qui réclame en vain le retour des frises du Parthénon exposées au British Museum. « Comment va-t-on faire pour dire non à l’Égypte et à d’autres pays dont leur patrimoine historique a été pillé ? C’est le début de la fin du pillage des biens culturels des peuples anciennement colonisés.
Beaucoup de lecteurs nous disent qu’il y a des ONG internationales qui peuvent nous aider à récupérer nos biens. Le philosophe allemand : Friedrich Wilhelm Nietzsche, a écrit dans son livre Humain trop humain :
« Qui vit à combattre un ennemi a tout intérêt de le laisser en vie. »
Nous ne devons plus garder le silence devant le vol de notre patrimoine et le pillage de nos ressources. Ne soyons pas dupes, les ONG étrangers vivent de notre misère. Leur rôle c’est d’affaiblir nos institutions gouvernementales pour faciliter le pillage. Ils ont intérêt à nous laisser dans la pauvreté et dans le dénuement pour exister. Seul un gouvernement élu par et pour le peuple haïtien, recevra notre rapport public sur la localisation de notre patrimoine historique pillé et volé. Cette administration aura la responsabilité de rendre public en toute transparence les démarches entreprises pour récupérer ce qui nous appartient. Dans les cycles de l’histoire, tout ce qui n’est pas accompli maintenant le sera forcément plus tard. Amen
Ce que la force a pillée, le temps, la diffusion, la connaissance de l’histoire et la persistance finissent toujours par les récupérer (Parole et citation de Jacques Casimir)
Recherche No CASJ-1060-504.
Jacques Casimir (Pasteur D’Amoulio)
Photo: Carla Beauvais
Bibliographie
1)Sources : les mémoires de Malouet (Pierre Victor Malouet fut ministre des Colonies et de la marine française)
2) RÉF : Auteur : Lepelletier de Saint-Rémy Titre : Saint-Domingue, étude et solution nouvelle de la question Haïtienne. (Livre troisième) NB ne pas confondre avec Louis Medérick Moreau de Saint-Méry
3) Sources : La gazette des archives section (les îles françaises d’Amérique de 1738 à 1817)
4) RÉF : Auteur : Emily Green Balch Titre : Occupied Haïti. Publication of 1927 (the report of a comettee of six desinterested Americans reprsenting Organizations excluvely American who personally studied condition condition in Haïti in 1926 favor the restoration of the independance of the negro republic
Traduction :
Haïti occupée. Publication de 1927 (le rapport d’un comité de six Américains intéressés représentant des organisations exclusivement américaines qui ont personnellement étudié les conditions en Haïti en 1926) favorise la restauration de l’indépendance de la république nègre.
Voir Les chapitres suivants : Chapitre II : l’histoire politique de l’occupation, Chapitre VIII les problèmes de l’éducation Chapitre X les relations raciales Chapitre XI les accusations D’abus.
5) RÉF : Auteur : Richard A. Best Jr, Analyst in National Defense Foreign Affairs and National Defense Division Titre CRS report Congress , the US occupation of Haïti,1915-1934. (Document # 94-495F) NB Ce rapport a été repris et modifié par Richard A. Best Jr dans les années 1990.
6) Sources : journal Le point, restitution des œuvres : le Bénin entre fierté, frustration et espoir (Publication du 13 novembre 2011)
7) RÉF : Auteur : Friedrich Wilhelm Nietzsche Titre : Humain Trop humain.
8) Sources : loi nº 4632 relatif à la restitution ou la remise de certains biens culturels aux ayants droit de leurs propriétaires victimes de persécutions antisémites
Jacques Casimir (Pasteur D’Amoulio)





