Le dilemme des relations internationales ou l’agonie du « soft power » au 21e siècle, vu à travers le conflit Russo-Ukrainien !
Il semble que le contrat daté de l’après seconde guerre mondiale touche à sa fin. Les institutions établies par les puissances victorieuses, telles que celles de Bretton Woods (Banque Mondiale et Fonds Monétaire international) pour les questions financières, les Nations-Unies dont l’un des buts est de
« Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes, et prendre toutes autres mesures propres à consolider la paix du monde », c’est-à-dire de préserver la paix internationale, n’arrivent plus à accomplir leurs missions.
Qu’on le veuille ou non, ces institutions ont permis d’éviter une troisième (grande) guerre, surtout après la division du monde en deux grands blocs idéologiques à partir du congrès de Yalta. Avec l’invasion d’Ukraine par la Russie, sans l’aval du « Conseil de Sécurité des Nations-Unies », on est en droit de s’interroger sur l’efficacité des institutions internationales créées après la deuxième guerre mondiale.
Aujourd’hui, la puissante et sophistiquée armée de la Russie pilonne les infrastructures militaires et stratégiques de l’Ukraine. Le président Volodymyr Oleksandrovych Zelenskyy déclare l’état d’urgence suivi de la loi martiale sur tout le territoire, pour se mettre en phase avec les événements qui se déroulent trop rapidement. L’armée Russe est déjà à l’intérieur de l’Ukraine et menace d’envahir la capitale qui est protégée par ce qui reste de l’armée nationale et le courageux peuple Irakien qui prend le chemin du devoir contre l’envahisseur. Une situation explosive qui marque le retour foudroyant du « Hard Power » au détriment du « Soft Power », un système qui démolit choses et gens depuis l’existence de l’humanité.
Professeur Joseph S. NYE, Jr définit « Soft Power » comme « l’habileté d’attirer et de convaincre » à partir de « L’attractivité de sa culture, de ses idées politiques et de ses politiques », ce qui a permis d’écarter des conflits internationaux de fortes magnitudes pendant plus de 70 ans. Cependant, le spectre du « Hard Power », « capacité à contraindre à sortir de la puissance économique d’un pays », n’a jamais disparu.
Les invasions militaires de l’URSS en Hongrie en 1956, Tchécoslovaquie en 1968, Géorgie en 2008, Tchétchénie en 1996 et 1999, et aujourd’hui l’Ukraine.
Les invasions occidentales, coup-d ’états, bombardements…dans des pays comme : Corée, Iran, Guatemala, Liban, Vietnam, République Dominicaine, Panama, Serbie, Irak en 1991 et 2003-2011, Afghanistan, Haïti, Libye, Ukraine…
Newt Gingrich eut à dire que : « La vraie question n’est pas combien d’ennemis que j’ai tués. La vraie question est de savoir combien d’alliés ai-je développés. Et c’est une mesure très importante qu’ils ne cernent tout simplement pas ». En définitive, si la marchandise est bonne on n’a pas besoin des armes pour convaincre l’autre à l’adopter dans sa vie comme une sorte de principe. C’est exactement ce que les dirigeants des puissants états du monde refusent de cultiver dans ses relations entre eux. Un comportement qui met à mal les relations internationales et le droit international, et la possibilité de la guerre se précise de plus en plus.
Ne vous faites pas d’illusions, les puissances nucléaires ne resteront pas dans les limites de la guerre conventionnelle. Elles s’affronteront à coups de
missiles atomiques. Donc, il faut éviter de commencer toute forme de guerre dans laquelle seront impliqués des détenteurs d’armes nucléaires. Elles sont conscientes du danger de l’utilisation d’armes nucléaires !
Le 3 janvier dernier, les 5 plus grands pays détenteurs d’armes atomiques exprimaient ainsi leur « Volonté de travailler avec tous les États pour mettre en place un environnement de sécurité permettant d’accomplir davantage de progrès en matière de désarmement, avec pour objectif ultime un monde exempt d’armes nucléaires ». Les 5 pays formant le conseil permanent de l’ONU s’engagent « Chacun d’entre nous entend maintenir et renforcer encore ses mesures nationales destinées à empêcher l’utilisation non autorisée ou non intentionnelle d’armes nucléaires ».
L’actuel secrétaire général des Nations-unies, Mr Antonio Guterez, va plus loin pour dire que : « Compte tenu du stockage de plus de 13 000 armes
nucléaires dans les arsenaux du monde entier, combien de temps notre chance peut-elle durer ? », s’interrogeait-il. « L’anéantissement nucléaire est une épée de Damoclès : il suffirait d’un malentendu ou d’une erreur d’appréciation pour entraîner non seulement la souffrance et la mort à une échelle effroyable, mais aussi la fin de toute vie sur Terre ».
Environ un mois après, Vladimir Poutine, le président de la Russie, a déclaré dans une adresse à la nation que « Les pays occidentaux ne prennent pas seulement des mesures hostiles contre notre pays dans la sphère économique, mais les hauts responsables des principaux membres de l’OTAN ont fait des déclarations agressives concernant notre pays », pour cela, il décide de mettre « son arsenal nucléaire en état d’alerte maximale ». En termes clairs et simples, il ordonne de se préparer à lancer des armes nucléaires.
Partout dans le monde, des citoyens, paniqués par la guerre, organisent des manifestations. Cependant, il y va des autorités politiques de se comporter d’une certaine manière favorable à préserver la paix internationale. Spécifiquement, lorsqu’on a affaire à une puissance nucléaire.
Sur ce, l’occident n’a jamais traité la Russie avec le respect qu’il aurait dû. L’Ukraine est tout simplement un catalyseur, le problème va au-delà du comportement du président Zelenskyy. C’est un problème qui était déjà posé depuis les années 1990, tout de suite après l’éclatement du bloc de l’Est. Il y a des engagements qui avaient été pris par l’occident qui n’ont pas été respectés, au contraire il y a eu un abandon total des promesses faites et contrats signés à l’égard de la sécurité de la Russie. L’OTAN ne devrait pas se développer d’une manière hostile jusqu’à se constituer une menace imminente pour Poutine.
Donc, avec l’abandon de la stratégie du Soft Power qui consiste fondamentalement à influencer les autres nations par « L’attractivité de sa culture, de ses idées politiques et de ses politiques », l’occident s’engage dans une voie périlleuse qui rencontre la colère des dirigeants Russes. Car, dans un monde unipolaire avec seulement l’OTAN (Organisation Traité Atlantique Nord), il y a place pour une nouvelle version du Traité de Varsovie. On ne saurait faire marche-arrière !
Pratiquement, la guerre-froide est terminée. Cela implique l’introduction d’une nouvelle attitude par rapport aux anciens états ennemis, spécialement la Russie. Mais, il semble que l’occident se tarde à réaliser cette transition en continuant avec la même offensive conquérante d’avant 1989, en termes de stratégie. Vladimir Poutine a réagi, et ceci avec force. Et cela inquiète énormément !
L’occident a oublié que la guerre-froide a été gagnée sans tirer un coup de feu. C’étaient les résultats des années d’exubérance des idées démocratiques, la jouissance de la liberté, les découvertes scientifiques et technologiques…qui avaient convaincu les populations qui vivaient sous les régimes socialistes à se rebeller. A ce moment-là, Ronald Reagan avait seulement ordonné à Mikhaïl Gorbatchev de détruire les murs de Berlin pour que ce soit fait !
Maintenant, il est impératif de retourner autour de la table pour négocier un cessez-le-feu entre les dirigeants Ukrainiens et Russes, dans un premier temps. C’est ce qui se fait actuellement à la frontière de l’Ukraine et de la Biélorussie, c’est un bon début. Cependant, il faut aller au-delà car, le problème fondamental n’est pas lié à un seul pays, il s’étend à tout l’occident, incluant les Etats-Unis d’Amérique.
Mais de toutes les préoccupations, si rien n’est fait, définitivement, cette dernière intervention ouvre l’occasion pour d’autres pays dans le reste du monde, comme la Chine, de mener des attaques agressives contre les voisins dans la région, en particulier le Taiwan.
Il faut un grand sommet international réunissant : l’occident, la Russie et la Chine. Parce qu’il est nécessaire de redéfinir les limites des puissances mondiales à la manière du « Congres de Yalta » de 1945. Le monde unipolaire ne marchera pas avec l’émergence de la Chine et la réémergence de la Russie. D’où la nécessité de lancer le « Monde Tripolaire » !
La détente de l’après-guerre-froide est terminée. On revient irrémédiablement à la realpolitik du 21e siècle. Pour sécuriser le maintien de l’espèce humaine sur la terre, il faut négocier un nouvel ordre international. Car, la confrontation n’est plus une option.
Voilà tout ce qui se joue actuellement à travers la crise ukrainienne. Il faut une redéfinition des paramètres du pouvoir pour arriver à un équilibre des forces politiques, idéologiques et stratégiques au niveau international, indispensable à la paix internationale. Car, le monde est trop complexe pour qu’il soit dirigé par une seule puissance. Les contradictions culturelles, anthropologiques, pourquoi pas tout simplement humaines sont trop compliquées pour garantir la stabilité sans reconnaître l’influence et l’implication de toutes les forces. Au moins pour le reste du siècle !
Cela exige de nouvelles relations internationales basées sur d’authentiques initiatives régissant le droit international public et privé.
« Soft Power », reste essentiel comme outil d’influence à travers la confrontation perpétuelle entre les superpuissances. Il n’y a pas à sortir de là, si on veut garantir un futur pour nos enfants et petits-enfants !
Joel Leon
Références :
– “Soft Power”, par Joseph S. NYE, Jr
– “Soft and Hard Power”, CBS News, January 28, 2003
-uktimesnews.com, « Poutine met les forces nucléaires en état d’alerte et cite les sanctions », February 27, 2022.
– “The Fourth Turning, An American Prophecy”- Wiiliams Strauss and Neil Howe
-Paris-normandie.fr – « Les 5 grandes puissances s’engagent contre la dissémination »
-The Daily Beast, “Ukrainian President Agrees to Peace Talks, as Putin Puts Nuclear Forces on High Alert”, Barbie Latza Nadeau, Tim Teeman, Shannon Vavra Published Feb. 27, 2022
Photo: www.bnr.bg






