LES SANCTIONS AMÉRICAINES FONT-ELLES PEUR À POUTINE ?

LES SANCTIONS AMÉRICAINES FONT-ELLES PEUR À POUTINE ?

 

Par Ducasse Alcin, journaliste

 

Pennsylvanaie, USA – Poutine joue au malin. Au lieu d’envoyer ses troupes directement à Kiev, il prend un raccourci dans le but de masquer ses vraies intentions. Sa stratégie ? Reconnaître l’indépendance de Donetsk et de Lougansk, deux régions minières passées sous le contrôle des rebelles séparatistes pro-russes, afin de pouvoir y envoyer son armée. Une intervention classique. Mais, Biden n’est pas dupe. Sa réponse ne s’est pas fait attendre.

En effet, dans une annonce diffusée en direct à la télé, le président américain a mis ses menaces en exécution. Les sanctions visent le cœur financier du régime russe. En agissant ainsi, les Américains espèrent créer le maximum de dommage possible en limitant notamment les échanges commerciaux que la Russie effectue avec les principales banques occidentales. Une partie de ses dispositions cible aussi l’oligarchie russe, considérée comme le suppôt du régime.

Mais déjà, les experts se montrent pessimistes quant à la force de dissuasion de ces mesures. Pour eux, la montagne qu’avait promise le président américain n’a accouché que d’une souris.

Vladimir Putin

Vladimir Poutine est un dur à cuire qui ne fléchit pas facilement. En fait, son pays fait face à des contraintes économiques depuis 2008, plus particulièrement lors de la guerre qui l’opposait à la Géorgie.

Celles-ci se sont amplifiées lors de l’annexion de la Crimée en 2014. Il est clair que le leader russe se comporte comme un illuminé, étant prêt à tout pour concrétiser ses ambitions expansionnistes. Son rêve le plus fou consiste à s’accaparer de l’héritage du statut impérial que lui a légué l’ex U.R.S.S. Bien qu’il soit trop tôt pour évaluer les effets de ces sanctions, on pense que, loin de pousser Poutine à obtempérer, elles risquent de le durcir encore plus dans sa position.

En outre, les décisions de Biden se heurteront à des embûches de taille. Pourquoi ?

Le premier obstacle sera de trouver un consensus afin d’homogénéiser les différents partenaires et alliés des Américains pour leur faire respecter ces dispositions. Sous ce rapport, malgré le dynamisme de la diplomatie américaine dans sa mission de convaincre les membres de L’O.T.A. N de monter tous à bord, la réticence est palpable.

La chose en est que les principaux alliés des Américains sont en butte à des difficultés internes si colossales qu’ils risquent de faire marchander leur soutien. La France, par exemple, se prépare à organiser des élections présidentielles dans deux mois. Ainsi, a-t-on vu un Emmanuel Macron affichant une attitude mi-figue mi-raisin dans son approche. Il laisse les États-Unis mener la danse tout seul pour se concentrer sur sa réélection.

Olaf Scholz

L’Allemagne pour sa part vient tout juste d’élire un nouveau Chancelier qui prend son baptême de feu sur la scène internationale. Réticent au départ, Olaf Scholz (c’est le nom du chancelier allemand) a fini par donner son accord mais non sans un bémol.

Il faut comprendre que les relations et les alliances internationales se fondent sur un principe transactionnel. Même si on reproche à Poutine son attitude belligérante, on ne veut pas tout chambarder, car les intérêts sont trop importants. La France qui subit les assauts constants du terrorisme international, ne peut pas se passer de l’aide du SVR de la Russie qui contrôle une région réputée féconde pour des activités terroristes.

L’Allemagne, elle aussi, se trouve dans une position très délicate. Évidemment, ses relations de partnership avec les États-Unis se passent de présentation, mais son intérêt bilatéral avec la Russie est tout aussi important. Leurs rapports ont toujours été cordiaux. Car, chaque année, les échanges commerciaux entre les deux nations se chiffrent à plusieurs dizaines de milliards de dollars. Les Allemands ne peuvent pas se payer le luxe de se passer du gaz naturel russe, tout comme les Russes dépendent de la technologie allemande.

On se demande jusqu’à quel point ils pourront tenir sans l’énergie russe, surtout en cette période de froid. On prévoit déjà que le prix du gaz risquerait de subir une flambée dans le pays dans les jours qui suivent, si l’Allemagne apportait tout son soutien aux sanctions.

Pour avoir un plus large consensus, Biden devait soumettre la question au conseil de sécurité des Nations Unies. Mais l’ONU non plus ne détient le mantra dont les Américains sont à la recherche. Car la Russie, disposant du droit de véto, tuerait ces résolutions dans l’œuf.

Il y a aussi l’importance de Pékin dans cette conversation. En effet, outre qu’elle jouit des relations privilégiées avec la Russie, ces jours-ci, la Chine s’aligne sur un certain nombre de dossiers avec son voisin septentrional.

Certes, le pays de Mao constitue un très grand partenaire commercial pour l’Ukraine, mais ses intérêts stratégiques avec la Russie sont plus importants.

Président Xi

En fait, on peut même dire que la crise ukrainienne peut conforter la Chine dans sa volonté de régler son contentieux avec Taïwan par la force. C’est ce qu’a clairement laissé indiquer le sénateur Lindsay Graham, lorsqu’il a tenu ces propos : ” Cette situation pourrait créer un très mauvais précédent pour les autres fauteurs de trouble“.

Certes, le Président Xi n’est pas aussi tempétueux que Poutine, mais vu le poids de la Chine sur la balance mondiale, il n’est pas illusoire de craindre une certaine reproduction de ce que fait la Russie.

Terminons pour dire qu’on ne peut pas combattre un adversaire qui n’obéit pas aux lois uniquement par des méthodes conventionnelles. Les Américains ont donc les mains liées. Et s’il n’y prend pas garde ce dossier brûlant peut devenir une pierre d’achoppement pour l’administration de Joe Biden.

La seule option qui pourrait faire entendre la raison à l’ancien chef du KGB serait l’usage de la force. Non seulement Biden a clairement dit que son pays n’a aucune intention de s’engager dans une épreuve de force avec la Russie, mais une telle décision, s’il consentait à la prendre, se révélerait catastrophique non seulement pour les États-Unis, mais pour le monde entier… çar, à eux deux, ces pays possèdent la capacité de pulvériser toute vie sur terre en une fraction de seconde.

 

Ducasse Alcin.

Photo: www.russiabusinesstoday.com

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