6-7 février 2021 ou la Nuit des Longs Couteaux !
Par Joel Leon
Quand on parle de la ” Nuit des Longs Couteaux”, on se réfère au massacre perpétré par les Nazis en Allemagne dans la nuit du 29 au 30 juin 1934. Cette nuit a fait au moins 200 victimes, ce qui a pavé la voie à Adolf Hitler de prendre le pouvoir.
Pour faire suite à mon article de la semaine dernière « Chronique du Bain de Sang Annoncé… ». Nous avançons vers la dernière ligne droite. Ce soir, si toutes mes informations sont correctes, ce sera la nuit la plus longue.
D’abord, tous les leaders politiques de l’opposition et des organisations populaires sont en déplacement. Ils ne sont pas cachés, mais nul ne se trouve chez soi à cette minute. L’information qui circule avec insistance, la police nationale, sous l’impulsion de Leon Charles, a l’intention d’organiser une rafle au cours de la nuit du 6-7 février. Il est capable de le faire, si on se réfère à son palmarès de l’année 2004. Déjà, des perquisitions sont enregistrées chez l’ancien magistrat de Port-au-Prince, Mr Youri Chevry. Le président était au quartier général de l’unité Swat Team ce soir pour s’assurer de la loyauté du corps d’intervention rapide. Donc, “evite pa kapon”, les opposants se déplacent mais tout en organisant des réunions pour mieux coordonner la nuit et la journée cruciale de demain (7 février).
Jovenel Moïse, quant à lui, réalise que le système de sécurité mis en place préalablement comporte des trous béants qu’il essaie de combler en toute hâte. Après la balade armée du groupe « Fantom-509 » du 5 février, qui s’est soldée par 3 morts, 1 blessé… dans le rang de cette organisation, si on croit, les déclarations publiques du directeur de la police nationale, M. Leon Charles. Des mobilités majeures sont entreprises au sein de la garde présidentielle qui, d’après des soupçons, “Fantom-509” aurait eu des membres actifs là-dedans. C’est le même scénario un peu partout dans le pays, principalement à Port-au-Prince. D’après une conversation que je viens d’avoir avec un ministre du gouvernement, il n’a pas confirmé ou infirmé cette information. Il a simplement ajouté « qu’après le défilé armé des policiers de « Fantom-509 », c’est normal que des mesures de sécurité soient prises.»
Je viens d’apprendre aussi que le ministre de la justice a pris la décision de muter le commissaire Ducarmel, qu’il a remplacé automatiquement par Me Bedford Claude au parquet de Port-au-Prince.
Le plus gros problème de Jovenel Moise provient de sa dernière déclaration. Dans les milieux diplomatiques, soufflant chaud et froid, le président est dangereusement provocateur. On lui reproche de vider de l’huile sur un feu qui était déjà trop éclatant. Ce qui fragilise l’équilibre délicat dans lequel le gouvernement américain se trouve. D’un autre côté, des Haïtiens très influents dans le pays, qui observaient les événements sans directement intervenir dans les débats, sont scandalisés et disent que maintenant, c’est trop !
Pendant ce temps, les hostilités seront lancées par une campagne de « Bat Tenèb » à partir de 11 :50 PM à minuit. Après quoi, « manman pitit se mare vant », « kidonk jan l pase li pase ». Dans les villes de province, le scénario est pire, notamment au Cap-Haitien, aux Gonaïves, aux Cayes, à Saint-Marc, Léogâne…en réalité, le pays est techniquement bloqué.
A Port-au-Prince, les militants sont chauffés à blanc. La population, certainement aux abois, observe fidèlement, tout en refusant de continuer de vivre sous l’emprise des chefs de gangs qui opèrent à visière levée. Demain, il faut s’attendre à des manifestations monstres dans tout le pays.
Jovenel Moïse est prêt à tout. D’après une communication directe avec un autre ministre du gouvernement, qui est paradoxalement très rassurant. Il m’a avoué qu’il avait accepté de faire partie du gouvernement parce que le président lui-même l’avait promis, et je cite « Que la seule façon pour lui de quitter le pouvoir avant la fin de son mandat, c’est sous la mitraille d’un fusil ». Donc, cela donne une idée de l’ampleur de la situation.
L’opposition, quant a elle, ne fera pas marche-arrière.
L’international, à travers des parlementaires américains très influents, tels que Gregory W. Meek, Andy Levin, Yvette D. Clarke, Patrick Leahy… prennent position pour le départ immédiat de Jovenel Moise. Ce qu’il faut comprendre dans tout cela, c’est que les officiels américains attendent jusqu’à la dernière minute pour se prononcer sur la crise. Entre temps, deux groupes d’haïtiens se préparent à s’entretuer, pourtant tout aurait pu être résolu depuis deux ans de cela. Mais, Il faut que les hommes d’Haïti offrent ce spectacle sanglant et deshumanisant au monde entier, juste pour l’Occident de dire que le nègre ne peut se diriger.
Bonne chance au pays !
Joel Leon





