LA CRISE EN UKRAINE VS LA GUERRE MÉDIATIQUE.
Par Ducasse Alcin, journliste
Pennsylvania, USA – Avant même que le premier coup de feu crepite dans la crise opposant la Russie à l’Ukraine, une arme redoutable fait déjà son apparition : la guerre médiatique. Nous ne savons pas trop ce à quoi la presse russe se livre de l’autre côté de l’Atlantique, mais pour nous autres qui n’avons que la presse américaine comme source d’information, les nouvelles dont elle nous bombarde brosse un portrait très peu flatteur de Poutine. On nous le présente comme un fauteur de trouble sans pitié, prêt à en faire une bouchée avec une paisible nation qui ne lui a pas cherché noise.
L’objectif est clair : mobiliser un plus grand nombre de gens possible contre cette agression. Cette guerre médiatique se joue aussi sur un autre front. En effet, la chancellerie américaine se lance dans une course contre la montre pour persuader ses partenaires européens à se rallier à la cause.
Toutefois, la guerre médiatique n’est pas un concept nouveau. Dès l’aube de l’histoire de l’humanité, elle s’est toujours révélée un outil efficace dont se servent habilement les forces belligérantes dans tout conflit. Souvent émaillée de propagande, elle a pour but soit d’attirer la sympathie pour un camp au détriment de l’autre partie, soit en recourant à des rumeurs afin de déstabiliser l’adversaire. Fait révélateur, dans une conférence de presse qu’il avait tenue la semaine dernière, le président ukrainien avait lâché que selon les informations de ses services d’intelligence, le mercredi écoulé était la date fatidique où Poutine donnerait le signal de l’assaut. Or aujourd’hui on est samedi 19, il n’en est toujours rien. Tout cela fait partie des jeux médiatiques pour décontenancer l’adversaire.
Par, exemple en 490 avant notre ère, la légende raconte qu’un soldat grec aurait été mort d’épuisement pour avoir parcouru une longue distance, afin d’annoncer la nouvelle de la défaite des armées perses à Marathon. D’où l’origine de l’épreuve Marathon pratiquée aux jeux olympiques.
Pourquoi était-il nécessaire que cette nouvelle parvienne aux oreilles des soldats grecs ? Pour leur remonter le moral. Ces genres d’information peuvent galvaniser une troupe au point de déboucher sur une plus grande victoire. L’inverse est tout aussi vrai. Une défaite, aussi minime soit-elle, a pour effet de mettre à mal le moral d’une armée, au point de ne plus trouver la force de continuer les hostilités.
Il est des cas où une armée pourrait atomiser militairement son ennemie tout en perdant de l’opinion du public. De ce postulat, l’armée d’Israël en fait souvent l’amère expérience. Une situation révélatrice est ce qui s’est passé lors de la guerre Israélo-libanaise de 2006. Le conflit s’est achevé par la mort d’à peu près 800 soldats du côté des forces libanaises pour seulement 119 morts dans le camp des forces israéliennes. Pourtant, en dépit de cette apparente victoire, l’opinion publique était tellement anti-israélienne—à cause de ses nombreuses bavures— qu’Israël était perçu comme le grand perdant.
Il semble qu’on assistera au même cas de figure où Poutine pourrait bien réduire en bouillie l’armée ukrainienne tout en perdant la guerre des nerfs. Car, on tend toujours à se solidariser avec les plus faibles. C’est d’autant plus vrai si le pays envahi n’est pas celui qui a déclenché les hostilités en premier.
Mais, aussi efficaces que puissent être les médias américains, il n’en demeure pas moins vrai qu’ils sont embués d’hypocrisie. Si on limite son champ visuel uniquement au cliché qu’ils mettent devant nos yeux, on risque de ne pas bien comprendre les enjeux qui caractérisent généralement les conflits. Et bien souvent, on fait exprès de taire les vrais enjeux pour en promouvoir d’autres.
On peut poser ces questions pertinentes. Où était passée la presse américaine lorsque Bush avait décidé d’envahir le Panama en 1989 ? Pourquoi n’avait-elle pas crié haro sur le baudet ?
La triste réalité est que, toute proportion gardée, dans les mêmes contextes, on doit se demander si les États-Unis ne feraient pas la même chose que les Russes, en interdisant qu’un pays avec lequel ils partagent la même frontière se joigne à une organisation qui leur est hostile. En effet, dès sa création quelques années après la fin de la deuxième guerre mondiale, l’objectif de L’O.T.A. N. était clair : contrer l’influence de la Russie dans la région.
Pour établir leur hégémonie, les superpuissances écartèlent toujours les petits pays, en les transformant en leurs zones d’influence. Qu’est-ce qui empêcherait les Russes de dire “l’Europe de l’Est à la Russie” lorsque les Américains sont les premiers à inventer le concept “l’Amérique aux Américains ?
L’Amérique aux Américains est comme un avertissement lancé à d’autres puissances qui tenteraient de fourrer leur nez dans ce qui se passe dans le continent. Vous vous souvenez sans doute peut-être des obstacles insurmontables que Fidel Castro avait dû endurer pour asseoir son régime communiste dans la région.

En effet, les Américains digèrent très mal que Cuba—- un pays se trouvant seulement à quelques encablures de leurs côtes se soit montré si insolent pour embrasser l’idéologie politique de leur plus grand Némésis, à savoir l’URSS. Aussi, ont-ils tout tenté pour arracher l’île de l’emprise de L’URSS, quitte à planifier plusieurs invasions qui avaient somme toute échoué. On peut donc supposer que c’est la même chose qui est en train de se passer en Ukraine. D’un côté, cette dernière, voulant à tout prix se débarrasser de l’influence écrasante de la Russie, décide d’intégrer L’O.T.A. N., qu’il pleuve qu’il vente. De l’autre côté la réponse russe est irrévocable : “Over my dead body”
Ce qu’il faut entendre par là est que la Russie—-vestige de l’URSS communiste— souhaite toujours maintenir sa prédominance sur l’Ukraine qui lui est non seulement limitrophe mais aussi représente un intérêt stratégique pour ses frontières.
Les Américains auront beau brandir des menaces de sanctions, mais ses interventions dans des pays comme l’Irak, l’Afghanistan, la Grenade et Haïti les placent dans une très mauvaise posture pour s’ériger en donneurs de leçons. Le monde est tel un grand gâteau dont les grandes puissances se battent à coup de griffes pour se réclamer la part du lion.
De la même veine, personne ne s’attend à ce que l’armée ukrainienne fasse le poids devant la force de frappe de plus de 250 000 soldats russes lourdement équipés, massés sur sa frontière. Par contre, sur front de la guerre des nerfs, les troupes russes ont beaucoup plus à perdre puisqu’elles sont perçues comme l’agresseur. Cela pourrait aussi déboucher sur une levée de bouclier contre eux à travers le monde où des centaines de milliers de gens risquent de conspuer dans les rues pour dénoncer l’agression.
Ducasse Alcin
Photo: Granma






