Vous Avez Échoué”…Vraiment !  Un Ochan…Comme Réponse ! 

Vous Avez Échoué”…. Vraiment ! 

Un Ochan…Comme Réponse ! 

Par Philomé Jacques

Mercredi 12 janvier 2022, tôt dans la matinée, Des patriotes et des Progressistes s’affairaient sur la  Place d’armes du Cap, autrefois Place Royale, témoin de tant d’évènements de Notre histoire de peuple troublée en quête d’une promesse de liberté en constant renouvellement… Marché d’esclaves, Vincent Ogé et Jean Baptiste Chavannes, les corps écrasés par une roue mortifère là, la tête de Boukman exposée sur une pique pendant des jours-là, la lecture du décret d’Affranchissement général des esclaves par le Jacobin Révolutionnaire Français, Léger Félicité Sonthonax, encore là…Pour un dernier Ochan à Maître Méhu Milius Garçon…

Cette place célèbre ! Poètes et hommes d’État et non des moindres y ont fait escale soit pour contempler ce grand bâtiment fait de pierres, de sable et d’ardoises abritant la Sainte Dame du Perpétuel Secours, soit pour lire leur discours : Franklin D. Roosevelt, Langston Hugues, Jacky Kennedy Onassis, Léopold Cedar Senghor….

Alors, c’est en cet endroit historique et sacré que des Capois et nordiques, pour beaucoup dans leur cinquantaine et très peu dans leur vingtaine et trentaine, avaient choisi de rendre un hommage public pour sa conviction, son courage et son labeur à l’un des leurs tombé en terre étrangère : Maître Méhu Milius Garçon…

Ils étaient là sur cette Place, en cette matinée ensoleillée, à étaler les banderoles, à afficher les dépliants et les portraits géants de cet homme au visage d’ascète, connu d’une génération et de plusieurs promotions comme un Professeur de belles lettres, littérature Haïtienne et Française, avocat, Journaliste au Petit Samedi Soir, Directeur d’école  secondaire , Juge au Tribunal Civil du Cap, Militant socialiste et Défenseur des Droits de L’Homme et finalement Juge Conseiller à la Cour des Comptes…

Il fallait faire vite pour placer Une grande tente et des chaises au pied de la statue du Fondateur de la Patrie absent de son trône depuis qu’un dérangé mental, trois années plus tôt, avait décidé de la détruire, trouvant que les Haïtiens d’aujourd’hui étaient trop ingrats et subséquemment indignes des sacrifices consentis par ce grand homme pour leur libération et leur indépendance du moins formelle. Pour preuve, la façon dont ils ont rendu méconnaissable le Territoire à eux légué par cet homme originaire

d’une contrée avoisinante, La Grande Rivière du Nord…Et l’insouciance de ce peuple se souvenant de lui ou se référant à lui dans des discours pompeux sans auréole et dénués de sincérité patriotique !

Des badauds ? Il n’en manquait pas sur cette Place historique ce matin-là. S’enquérant à coup sûr de l’identité de celui dont la photo est en train d’être distribuée par des individus en maillot polo rouge et jeans noir…,

⁃ “C’est lui, Maître Méhu” ?  Questionne l’un d’entre eux

⁃ J’ai entendu parler de lui, répond Un autre

« Je ne l’ai pas connu mais je sais qu’il “avait “ Une École par derrière l’évêché… pas trop loin d’ici, à la rue 20 I ».

Un petit attroupement de trois, de quatre puis de cinq. Et les discussions commencèrent sur un nom, sur une personne qu’ils n’ont pas connue et dont ils ont entendu simplement parler. Et des échanges fusent sur cette déclaration inopportune….

Ces gens-là qui ont participé au mouvement de 1986 ont tous échoué” lança un jeune pas encore dans sa trentaine. Et il commença à égrener des arguments qu’il pense être massue.

Regardez l’état de la Ville, constructions anarchiques, marchés dans toutes Les rues et sur tous Les trottoirs, des montagnes de détritus dans Toutes artères de la Cité dite nostalgiquement Christophienne ; l’hôpital Justinien est transformé en Un mouroir ; des bidonvilles en croissance exponentielle dans le Morne Vigie…Les Haïtiens n’ont plus de respect pour quoi et qui que ce soit… La ville du Cap n’est plus éclairée… Les chauffeurs de taxi motos empêchent la circulation piétonne… Toute Une

Litanie ! Tant de complaintes et récriminations

Alors, un ancien jeune militant de la gauche, Préméus Jasmin, originaire de Cité Lescot et qui a fait la prison à l’époque du mouvement “ Rache Manyòk” a dû intervenir ex abrupto pour remettre Les pendules à l’heure. Il a expliqué que cette discussion même sur cette Place publique en plein air est la preuve multipliée par cent que la lutte politique ayant provoqué la chute de la dictature après 29 années d’obscurantisme et de répression a porté des fruits. Avant, seuls Les tenants du pouvoir étaient habilités à se réunir sur la voie publique pour faire de la propagande en faveur du régime et son leader en place… Tout cas contraire pouvait être considéré comme un délit punissable par la Loi pouvant aller jusqu’à l’emprisonnement à perpétuité ou le bannissement…de la terre d’Haïti pour toujours.

Il leur a parlé de la Jeunesse de ce Citoyen, de ses études au Collège Notre Dame du Cap, de ses amis arrêtés et morts en prison Ou en exil (Fritz Vincent “Ti Couli”, Flaubert Pierre), de son parcours d’avocat, de juge, de journaliste, de son  penchant  philanthropique et surtout de sa conviction citoyenne, patriotique et progressiste…

Alors, Les esprits se sont calmés un peu. Et rendez-vous fut pris dans l’après-midi pour saluer le départ du Professeur/Juge, un fier aculois du Nord…

La marche prévue en ce mercredi 12 Janvier 2022 pour remémorer le parcours de Mèt Méhu Garçon du Collège Notre Dame comme élève et au Lycée Philippe Guerrier comme Professeur de Littérature a bien eu lieu…Des dizaines de patriotes , militants et Une délégation de Lycéens de Sainte Philomène ont parcouru certaines rues de la Ville au son des chansons engagées de Manno Charlemagne et d’autres….Tout au long du parcours, des orateurs ont pris la parole pour parler de leurs relations avec Mèt Méhu et/Ou de ses relations avec Les organisations ouvrières auxquelles il a offert ses services ( Batay Ouvriye)  et Les organisations paysannes qu’il a aidé à mettre sur pied…

Parmi Les orateurs, Stanley Jean Mary, Préméus Jasmin, Un représentant de Batay Ouvriye, Bell Angelot, Wilmar Innocent, Wilfrid Supréna et d’autres compatriotes qui à un moment Ou Un autre a connu et ont fait Un bout de chemin avec lui au niveau de l’enseignement, de la magistrature et la politique… La soirée d’hommage Dans la Ville du Cap a pris fin Sur la place d’armes avec des notes d’espoir pour le renouvellement de l’engagement patriotique face à cette descente aux enfers de l’époque contemporaine menaçant d’annihiler l’existence et l’essence même de cette nation, petite de taille et grande d’histoire épique et humaine…

Jeudi 13 Janvier

Des élèves de Ciels, un centre d’éducation classique, sociale et environnementale situé dans la commune de La Plaine du Nord se sont joints à d’autres groupes pour honorer à leur façon le départ de ce grand homme. Là encore, on a assisté à des scènes de retrouvailles entre des militants vivant Dans des pays lointains et d’autres restés au pays ; Les uns avec Un peu d’embonpoint démesuré à la limite ; d’autres devenus plus circonspects l’âge aidant ; mais tous heureux d’être présents dans cette enceinte, cette Grande Cour de récréation chez le chimiste Sergilus Docteur pour Un Dernier “ Ce n’est qu’un au revoir” à Kanmarad Rayon, Ti Mèy…

Pendant plus de trois heures d’horloge…l’assistance majoritairement composée de Jeunes en route Vers leur vingtaine a vu défiler des orateurs, des diseurs, des danseurs, des acteurs, des chanteurs en herbe. En gros, c’était un spectacle digne de la représentativité prolifique et pluridimensionnelle que tout le monde assis et debout  honorait et pleurait…

On a ri ensemble. On a mangé ensemble. On a ovationné ensemble Les Jeunes de la troupe théâtrale – des talents confirmés- qui ont performé nos danses traditionnelles avec Un art consommé…

En l’absence des Camarades Alexandre Lavaud, Daniel Dorsainvil ( Da lepliwo) et sa femme, Eddy, Fritz Pérard qui ont tiré leur révérence plus tôt et dont on ne saurait oublier leur engagement à côté du “ peuple revendicatif”, Haïtien, C’est Jean Bernardin ( Dadass) le patriarche – un grand parent comme on dit de nos jours- malgré son grand âge et ses problèmes de Santé qui nous a tenus compagnie pendant toute la cérémonie.

Nous avons visité une galerie artisanale, œuvre et cadeau du défunt AUX jeunes étudiants et chercheurs du CIELS…

Encore Une fois, Les différents orateurs présents ont fait ressortir l’empreinte de Maître Méhu Dans l’évolution de leur formation politique et professionnelle et ont fait ressentir ce que sera le poids de son absence Dans la poursuite des idéaux de changements sociaux en profondeur tels qu’il Les comprit et tels qu’il les transmit…

En ce sens, Wilfrid Supréna, Fritz Véus, Kelly Bastien, Milien, Phernel Manigat, L’avocat Junelle , Une vaudouisante, élève de Maitre Méhu, Wazenbeck (Blanc) qui a joué le rôle de maître de cérémonie pendant tout l’après-midi et un petit frère du Maître ont joué leur partition avec dignité et respect. En honneur à ce Grand Disparu…

Mèt Méhu est parti pour l’éternité. Cependant, son œuvre et ses accomplissements ne disparaîtront pas dans la mémoire collective de si tôt.

 

Philomé Jacques

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