EXHORTATION DU 4 FÉVRIER
Haïti vit aujourd’hui des jours sombres de son histoire dans une ambiance malsaine de distorsion démocratique avec un jusqu’au-boutisme belliqueux d’une frange de la société et une infatuation présidentielle marquée par une volonté de certains passéistes de revenir à un pouvoir personnel d’un tyranneau à œillères.
Le Président de la République, malgré ses multiples appels au dialogue, a maronné devant toutes les opportunités offertes par la classe politique, la société civile, le secteur des affaires et les forces religieuses pour trouver une solution par la signature d’un accord politique. Avec la foirade de l’action de tous ses gouvernements cooptés par un aréopage disparate de bergers braconniers aux idées insidieuses, le premier mandataire de la Nation s’est donc fait solidairement comptable d’un désastre économique continu, un chômage grandissant, une insécurité généralisée avec la prolifération de groupes armés et du délabrement systématique des institutions étatiques gangrenées par la corruption dont il est pourtant le garant de la bonne marche. Le pouvoir est dans la rue, les autorités gouvernementales ont perdu le contrôle de l’État et une situation insurrectionnelle se développe au cœur de la cité. Le secteur patronal est aux abois, les classes moyennes et paysannes sont paupérisées, les masses populaires sont abandonnées et la jeunesse est sans espoir.
Face à la mobilisation légitime d’une population exaspérée avec de justes revendications reléguées aux calendes grecques par les autorités constituées, aux appels souvent virulents de certains groupes politiques ou sociaux et face enfin au comportement fanfaron d’un pouvoir exécutif débitant un discours aux relents provocateurs, il devient une nécessité absolue pour les patriotes, hommes et femmes de bonne volonté d’ici et de la diaspora, de se mettre ensemble pour éviter au pays le saccage de biens publics et privés par l’anonyme furie populaire et ce bain de sang imminent et inutile au pays, tellement les nerfs sont à fleur de peau.
À cette phase, après deux journées de grève nationale réussie à l’initiative d’un collectif syndical, les propositions fédérées de forces politiques de l’opposition, de l’Organisation Haïti-Je m’engage, l’Appel patriotique d’un groupe de citoyens et de citoyennes, les considérations lumineuses de nombre d’universitaires de haut calibre, les positions courageuses clairement exprimées par les Églises Protestantes, la Conférence des Évêques Catholiques, des associations du Vodou, la Fédération des Barreaux d’Haiti, regroupant les dix-huit juridictions de la république, la Conférence des Partis Politiques de l’Amérique latine et des Caraïbes, seul devant l’histoire et sa conscience, le Président de la République devra nécessairement tirer les conclusions qui s’imposent par une fin en douceur de l’escalade de la violence qui a caractérisé malheureusement cette crise
dévastatrice, entretenue par les uns à des fins politiciennes et devenue pour d’autres leurs fonds de commerce.
Aussi, fidèle à sa ligne légaliste et pacifique, la FORCE LOUVERTURIENNE RÉFORMISTE, membre du Bloc Démocratique pour le Redressement National, signataire objectif de l’Accord de Mariott, croit-elle qu’une solution haïtienne institutionnelle, pacifique et honorable à la crise, fruit d’un consensus national minimal, doit être trouvée de façon urgente, sans vainqueur ni vaincu, mais au bénéfice de cette majorité victime séculaire de l’exclusion et l’injustice sociales.
Pourquoi, à l’échéance constitutionnelle de ce 7 février 2021, la FORCE LOUVERTURIENNE RÉFORMISTE exhorte les institutions républicaines existantes comme le Sénat de la République tel que constitué, la Cour de Cassation, la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif, en concertation avec les forces politiques et sociales nationales et sous le regard neutre de la Communauté Internationale, à poser un acte de puissance publique pour la continuité, la pérennité de l’État et la sécurité nationale. Il faudra ensuite la tenue d’une Conférence Internationale sur Haïti afin de pouvoir mobiliser les ressources indispensables pour la mise en orbite d’un projet national capable, une fois pour toute, de faire sortir Haiti du rang des parias de la terre qui mendient pour financer leurs élections et les contestent, qui mendient pour financer leurs programmes sociaux et laissent crever leur peuple et qui gaspillent en même temps ces maigres et précieuses ressources par la mauvaise gouvernance de l’État et la destruction massive des biens publics.
Nous n’allons pas nous rejeter les responsabilités. La stabilité politique tout comme la démocratie ne se décrète pas; elle se construit et seulement avec des démocrates. Ces dernières décennies, nous avons plutôt construit la république de l’incivisme mais ce système pernicieux ne pourra être détruit en dehors de l’exception culturelle du peuple.
Enfin, recherchons sans nous mentir l’entente nécessaire, entre gens de bien sans exclusive, pour créer une espérance nouvelle car, en vérité, le miracle haïtien est possible.
ENSEMBLE, MAINTENANT !!! Haïti, ce 4 février 2021
Dr.Emmanuel MÉNARD Président




