L’ardent symbolisme autour de la mythique « Soup Joumou » !

L’ardent symbolisme autour de la mythique « Soup Joumou » !

La consommation de la « Soup Joumou » est peut-être discernée comme faisant partie de l’immatérialité de l’homme Haïtien. Il y a une forme de romantisme qui pénètre cette habitude, cette répétition, ce rituel…C’est devenu une portion de notre identité nationale. La « Soup Joumou », c’est la liberté dans toute sa grandeur sensible et magique. Elle est le reflet éternel de la révolution anti colonialiste/esclavagiste/raciste du peuple haïtien. C’est le renversement d’un monde et l’édification infinie de l’autre. C’est Haïti elle-même !

Par Joel Leon

 

Pennsylvania,USA – D’abord, « Soup Joumou » ne se traduit pas. C’est apprendre ou à laisser. Essayons de le dire en français pour comprendre mon point, soupe giraumon, automatiquement, on dit quelque chose d’autre. On abandonne l’essence de ma « Soup Joumou ». On le dit en créole, comme nos ancêtres nous l’ont laissé en héritage.

Comme nous le savons tous, « Soup Joumou » marque la première célébration populaire de la liberté. C’est la vengeance des hommes contre l’esclavage. « Soup Joumou » avait été interdit aux esclaves pendant près de 4 siècles, c’était totalement banni. Un repas singulièrement réservé aux blancs. Pourtant, les esclaves plantaient, cultivaient, récoltaient et transportaient le Joumou sur leurs dos à la maison du maître. C’était un autre cas d’injustice méphistophélique, cependant, il les a été formellement interdit de savourer le goût et le fumet de cette plante, devenue sacrée.

Le premier janvier 1804, très tôt dans la matinée, avant même la grande cérémonie de la déclaration de l’indépendance, tout le monde était ivre de « Soup Joumou ». Jean Jacques Dessalines, Boisrond Tonnerre, François Cappoix, Henry Christophe, Alexandre Pétion…avaient leurs ventres remplis de Soup au moment de lancer les ouha ouha ouha à la liberté. C’était un acte de vengeance populaire inédit et unique, mais qui ne faisait pas couler une goutte de sang!

Si à travers les ans, on a tout perdu, ou mieux on a fait cadeau Haïti. Cependant, notre « Soup Joumou » demeure. Elle est éternelle. Personne ne peut nous l’enlever. Partout sur la terre, au jour du 1er janvier, tout haïtien consomme de la « Soup Joumou ». C’est devenu un rituel au cours des ans. Aucun étranger n’arrive jusqu’à présent à saisir cette naturelle passion pour ce fruit, cette plante…dont, seulement l’être haïtien possède le secret.

La consommation de la « Soup Joumou » est peut-être discernée comme faisant partie de l’immatérialité de l’homme Haïtien. Il y a une forme de romantisme qui pénètre cette habitude, cette répétition, ce rituel…C’est devenu une portion de notre identité nationale. La « Soup Joumou », c’est la liberté dans toute sa grandeur sensible et magique. Elle est le reflet éternel de la révolution anti colonialiste/esclavagiste/raciste du peuple haïtien. C’est le renversement d’un monde et l’édification infinie de l’autre. C’est Haïti elle-même !

Ricarson Dorce-Photo: www.juno7.ht

Ricarson Dorce, cet haïtien ethnologue, psychologue, historien, développementiste…avait bien compris le cachet mythique et universel de la « Soup Joumou ». C’est pourquoi, il avait mis toute son intelligence, sa passion, sa compétence et son temps dans le montage du dossier de la « Soup Joumou » qu’il devait soumettre à l’appréciation des responsables de l’UNESCO. Un travail parfait qui a été finalement récompensé le 16 décembre 2021, en inscrivant la « Soup Joumou » « sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité dans le cadre de la Convention de 2003 ». Il faut mentionner le rôle de de Mme Dominique Dupuy, l’ambassadrice d’Haïti à l’UNESCO, qui avait eu l’intelligence de faire choix de Mr Ricarson pour diriger cet inestimable projet.

Désormais, la « Soup Joumou » nationale est officiellement admise comme l’unique plat de la liberté à l’échelle des nations. C’est pour cette raison que nous accordons cette importance particulière à sa consommation, au moins une fois au cours de l’année.

On va plus loin jusqu’à consacrer toute une journée à déguster de la « Soup Joumou », pas seulement quelques heures. On la prend dans la matinée, à midi et au soir, sans répit. Mon cas est exceptionnel, je commence à prendre de la « Soup Joumou » dès le 31 décembre. Par exemple, cette année j’ai pris mon premier bol aux environs de 2 heures de l’après-midi, j’ai clôturé la journée à minuit avec un bol à la main. Le lendemain, qui est le jour J, je me suis réveillé à 7 heures du matin, j’ai recommencé et cela va durer toute la journée. Ma femme me demande de l’appeler désormais, tisane. C’est-à-dire, à l’église pour assister à la cérémonie religieuse de fin d’année, mon ventre était déjà plein de « Soup Joumou ». Car, Johanne Louis ne plaisante pas. D’ailleurs, tous les ingrédients pour la soupe étaient déjà fins prêtes, au moins une semaine avant le 1er janvier. Donc, pour elle, c’était tout simplement une formalité. Je ne peux le cacher, je l’adore encore plus pour cette bonne habitude patriotique !

Le symbole de la « Soup Joumou » est très fort. Jour après jour, il se renforce. Maintenant, il prend l’allure d’un phénomène. Ici, aux Etats-Unis, tous les amis haïtiens d’une autre nationalité, ont une idée claire de ce que c’est la « Soup Joumou » représente pour eux. Ils participent aussi, désormais ils sont des initiés !

L’histoire est narrée encore et encore, et ceci toujours avec la même fierté, que non seulement Haïti a inventé la liberté, mais que, additionnellement, elle arrive à la simplifier autour d’un repas.

Joel Leon

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