Quid du revirement de certains éléments dans la lutte populaire ?
« C’est très souvent du côté de la foule que se montrent l’esprit politique, le patriotisme, le sentiment des intérêts sociaux. »
(Gustave Le Bon)
Par Morisseau LAZARRE
Florida, USA – L’abîme qui sépare les masses souffrantes d’Haïti de la classe possédante ignoble de ce même morceau de terre s’agrandit et s’affirme de plus en plus ; et les traîtres, d’idéologies confondues mais légèrement nuancées, se sont mis d’accord pour défendre par tous les moyens leurs intérêts de classe au détriment de la nation qui roule sur les pentes du néant sous le poids d’un asservissement officieux.
De l’autre côté, les forces de gauche ont lamentablement et honteusement échoué. Leurs luttes intestines, leur incohérence, leur manque de vision et de volonté de changement réel ne donnent pas aux masses la raison d’espérer une nouvelle Haïti et une amélioration de leurs conditions d’existence. Alors, elles (les forces de gauches) ont créé un terrain fertile pour les forces réactionnaires qui en ont profité pour étendre partout leurs tentacules et commettre des dégâts irréparables dans le mouvement populaire, tels que les revirements idéologiques spectaculaires et l’aplatissement de l’opposition de gauche. Ce qui a poussé bon nombre de militants de conviction d’avouer s’être plantés, et ils n’ont pas caché leur déception et indignation.


D’ailleurs, n’a-t-on pas constaté que certains petits-bourgeois qui se drapaient orgueilleusement dans leurs discours révolutionnaires et progressistes et qui représentaient jadis le fer de lance de la lutte populaire ont fait un virage à 180 degrés pour aller se pendre sans vergogne au jupon des forces réactionnaires en vue de leur soutirer quelques miettes ? Ayant eu horreur de se voir végéter dans la purée, ils ont dit : adieu principe, idéologie, révolution, pays !
Pour arriver à ce stade-là, c’est-à-dire pour s’assurer de cette victoire, les forces réactionnaires, en connivence avec les gouvernements antinationaux, ont intensifié la misère de la classe prolétarienne et déployé leur machine de subversion, incluant la corruption à grande échelle, pour amadouer et rallier à leur cause perverse les consciences vulnérables et flottantes et des « révolutionnaires à la mie de pain », pour répéter l’écrivain André Malraux.
Nous ne pouvons pas cependant nous dérober à cette réalité patente et indéniable qu’un individu, indépendamment de son appartenance de classe et de sa couleur politique, doit pouvoir satisfaire ses besoins les plus élémentaires. Et, lorsque cela ne peut pas se réaliser, l’instinct de conservation que Mère Nature a placé dans chaque être s’impose tout bonnement. En fait, ne dit-on pas que la faim chasse le loup hors du bois ?
D’ailleurs, dans une société de grande pauvreté comme Haïti où la cupidité débridée de l’élite économique, le cynisme des gouvernants, l’opportunisme malsain des équilibristes et l’indifférence ou la traîtrise des révolutionnaires de salon ont torpillé même le droit de rêver des infortunés, il faut espérer que des individus qui ne sont surtout pas idéologiquement outillés pour bien comprendre l’importance et la trajectoire de la lutte de libération nationale aillent se perdre dans les bras de ses propres ennemis.
Nous n’essayons pas ici de nous lancer dans des élucubrations pour justifier l’injustifiable. Mais nous voulons tout simplement sensibiliser les vraies forces de gauche du pays en leur disant qu’il est crucial qu’elles se réinventent, se mettent à l’œuvre et deviennent des agents d’idées véritablement révolutionnaires, avec la tonitruante volonté de créer un mouvement radicalement révolutionnaire d’où se dégagera un leadership commun, créateur et engageant, qui saura armer idéologiquement les masses et les guider dans leur quête en vue d’arracher le pouvoir aux forces réactionnaires et d’établir dans le pays un système sociopolitique qui prendra en compte les besoins fondamentaux des éternels exclus. Cela ne veut pas dire que la tentation du revirement par la corruption disparaîtra, mais avec l’amélioration des conditions de vie des masses et leur éducation idéologique, il sera plus difficile de dévier la conscience citoyenne.
Morisseau LAZARRE
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