L’humiliation de Del Rio, Texas,  est un autre « WAKE UP CALL » aux élites haïtiennes !

L’humiliation de Del Rio, Texas, est un autre « WAKE UP CALL » aux élites haïtiennes !

Par Joel Leon

Le tremblement de terre de 2010, suivi du gaspillage du fonds de la reconstruction, firent deux éléments simultanés qui devraient réveiller les élites haïtiennes de leur torpeur. C’était l’ultime occasion de commencer à conceptualiser la gestion de la nation d’une autre manière, mais comme des imbéciles, nous nous foutons pas mal. Les appels naturels à la modernité dans nos mœurs qu’exige le temps ne vont pas stopper jusqu’à on en tient compte.

L’assassinat du président Jovenel Moise et le dernier séisme en date sont encore des événements sinistres qui arrivent dont l’une des interprétations est de nous réveiller pour prendre notre destin de peuple entre nos mains. Les élites obstunément refusent de comprendre, elles s’enlisent de plus en plus dans une polarisation mesquine et stérile qui condamne le pays dans le sous-développement et le désespoir.

Les 15.000 haïtiens expulsés sous la menace des chevaux dressés de l’État du Texas est un acte qui va dans le même sens du réveil. Le message ne peut être plus clair, l’avenir d’Haïti dépend de nous tous, haïtiens et haïtiennes. Mais l’échec est la responsabilité des élites nationales qui n’arrivent pas à trouver la formule unitaire éclairée capable de mobiliser tout le peuple autour des mobiles de développement économique, de progrès social et de la paix.

Il faut avoir le courage d’admettre que cette humiliation suprême est la conséquence de l’échec voulu des élites économiques, politiques et sociales du pays. C’était annoncé depuis 1986, on n’a rien fait. La jeunesse haïtienne rejette l’édit de condamnation à mort émis contre elle, elle prend la fuite après avoir battu contre les pratiques archaïques pendant un quart de siècle. Elle est désespérée, elle s’enfuit sans avoir une destination fixe. Elle est tout simplement guidée par le vent qui souffle et sa volonté de vivre comme un etre humain.

Mathias Pierre a déclaré dans un tweet on ne peut plus irritant, que : « Pendant longtemps, Haïti a fermé ses yeux sur l’immigration illégale de ses enfants à la recherche d’une vie meilleure. Les migrants, aujourd’hui la diaspora de demain, enrichissent les élites pendant des décennies… ». C’est correct, mais lui-même a aussi joué un rôle de premier plan dans la débâcle qui a conduit les enfants à s’expatrier.

Renald Luberice, lui aussi a twitté que : « L’histoire de l’humanité est une histoire migratoire. C’est naïf et cynique de foutre la merde chez les autres et croire que la bunkerisassion de ses frontières et les traitements inhumains arrêteront l’immigration. Vous ne voulez pas de nous ? Arrêtez de foutre la merde chez nous ! ». Mr Luberice n’est pas bien placé pour exprimer ce genre de soupirs de révolte, il fait partie du problème. La dépendance et la paupérisation accélérée d’Haïti a connu son essor éclair pendant qu’il était à la commande du pays. Soyons sérieux !

Nous sommes arrivés à ce carrefour où une prise de conscience nationale s’impose à nous tous. Les élites nationales doivent se conformer à la hauteur de leurs missions historiques, de créer les conditions nécessaires pour que le peuple puisse vivre dans son pays, comme des hommes et femmes à part entière, dans la dignité et l’honneur. Cessons la parade de larmes de crocodiles et de la politicaillerie. Il est temps que les élites fassent leur mea culpa, c’est ma faute et ma tres grande faute !

Ce changement ne viendra pas de l’extérieur: de la diaspora ou d’une quelconque puissance occidentale. C’est l’affaire du peuple sous la commande de ses élites. La pulsion nécessaire pour changer de cap ne peut parvenir que de l’intérieur. La diaspora viendra en grand renfort, mais cette volonté inébranlable doit sortir de la matrice du peuple. Cette décision doit être prise par nous tous. Les stratégies pour la matérialisation de ce choix opiniâtre contre les pratiques archaïques peuvent être divergentes en fonction des sensibilités politiques et idéologiques, cependant, la détermination doit être commune.

J’ai vu des compatriotes venant de tous les coins des États-Unis d’Amérique voler au secours de nos compatriotes en difficultés sur la frontière américaine. Il y a des representants du gouvernment haitien, le consul de Chicago et d’Atlanta sont presents dans la ville meme ou se trouvent nos compatriotes, c’est tres bien tout cela. Mais il faut aller plus loin, en cessant d’être des esclaves du conjoncturel pour prioriser le structurel. Il faut viser les causes profondes qui irritent la jeunesse de rester chez elle.

La mauvaise gouvernance qui est cristallisée par la corruption endémique est le premier responsable de la débâcle haïtienne. Il faut des patriotes, des intègres et des compétents (PIC) au pouvoir en Haïti. Il faut commencer par le commencement. Mettre fin au règne des corrupteurs dans les affaires du pays. Ensuite, appeler et coercer tous les sujets à respecter les règles du jeu devant la loi, et ceci sans abrogation. C’est ce qui pérennise la démocratie dans tous les pays hautement démocratiques ou les élites créent continuellement de la richesse au profit d’eux-mêmes et de leur pays.

Si les élites du pays ne se responsabilisent pas, l’humiliation ne fait que continuer et sera pire que ce que nous voyons aujourd’hui arriver à nos frères et sœurs à la frontière américaine.

Joel Leon

Photo: Huffpost Canada

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