Michel Martelly, Moise Jean Charles, Laurent Lamothe…tous s’affrontent pour la dépouille politique de Jovenel Moise !
Par Joel Leon
La disparition subite de Jovenel Moïse fut sans doute un choc pour le pays. Les réactions qui s’ensuivirent expliquent l’étrange attitude de la population. L’ancien président était totalement détesté avant sa mort. Conscient de cette réalité, des proches ne se gênent pas de déclarer que Jovenel était en réclusion personnelle. Donc, sa disparition du pouvoir devrait être un ouf de soulagement. On s’attendait même à des manifestations hystériques de joie, car l’apprenti-dictateur n’est plus. Cependant, l’assassinat n’était pas au rendez-vous pour se débarrasser de lui. Ce qui a provoqué un effet boomerang à ce qui était prévu, une soudaine sympathie était constatée à son égard. La psychologie parfois nous joue des tours spectaculaires !
L’émotion fut très grande, et gagna même certaines capitales africaines. Ce que certains politiciens haïtiens n’avaient pas pris de temps pour apercevoir et s’engagent à transformer ce moment émotionnel en une arme politique pour la prise du pouvoir, dont Michel Martelly !
Michel Martelly

On prétend qu’il y avait eu un accord de principe scellé entre Michel Martelly et Jovenel Moïse. Ils entendaient transposer l’exploit de Vladimir Poutine et Dimitri Medvedev de la Russie en Haïti, en se passant et repassant le pouvoir à tour de rôle jusqu’à ce qu’ils soient trop vieux pour diriger. Certains supporters zélés parlaient même d’un séquestre de 50 ans. Cependant, il y a ce qu’on appelle la « Realpolitik ».
Narrons un peu à propos du concept « Real Politique ». De la même façon qu’on dit unanimement que le terme « Raison d’Etat » est une création du cardinal Richelieu, c’était Ludwig Von Rochau, écrivain allemand, qui fut le premier à utiliser le concept « Real Politique » pour expliquer le comportement de Bismarck en Allemagne dans son livre : « Principes de la realpolitik appliqués à la situation nationale de l’Allemagne ». En général, on définit la « real politique » comme un « un système de politique ou de principes fondé sur des considérations pratiques plutôt que morales ou idéologiques ». En ce sens, Jovenel Moïse rejoignait François Duvalier dans sa fameuse déclaration que « La reconnaissance est une lâcheté ». Cependant, Duvalier fut mort de sa belle mort, tandis que Jovenel Moïse passait près d’une heure au téléphone à appeler des proches au secours, le pire ils brillaient d’absence !
Jovenel Moise, quoiqu’ayant été une pure création de Michel Martelly, s’éloignait de son bienfaiteur, jusqu’à révoquer le pacte secret qui les liait. On rapportait que le président assassiné l’abandonnait totalement sans pourtant toucher à ses pots de vin mensuels. Dans un premier temps, Jovenel aurait fait choix de son ami d’enfance, Mr Norvella Bellamy, un cadre de la BRH comme son potentiel candidat à la prochaine présidentielle. Ce dernier fut sommairement exécuté, aussi bien que sa femme, Mme Daphnée Fils-aimé, chez eux à Delmas 75, après la tenue d’une réunion politique concernant sa candidature.
C’est ainsi que l’ancien président se gardait de parler au sujet de qui il va supporter aux prochaines élections. On dit que c’était pour éviter une autre mort gratuite. Mais, d’après plusieurs sources concordantes et persistantes, Jovenel Moïse aurait fait choix de l’ancien premier ministre Laurent Lamothe. C’est ainsi qu’il avait, contre toute attente, publié un décret donnant décharges à tous les chefs de gouvernement et ministres de 1991 à 2016. Des observateurs interprétaient cette action comme un pion déplacé en faveur de Lamothe.
Cependant, Lamothe a un problème sérieux, il n’a pas de base politique réelle. Conscient de cette réalité, Jovenel Moïse décida de se laver les mains en accordant la même chance aux deux protagonistes : Martelly/Lamothe. En politique, très souvent il faut se positionner, l’équilibre est parfois fatal. En jouant les deux cartes, Jovenel Moise s’était mortellement fragilisé, son héritage politique crée actuellement un « trou noir » qui s’apprête à avaler toutes les reliques de son histoire, incluant sa propre femme.
En jouant au Ponce Pilate, Jovenel succomba aux pressions de Martelly, malgré la promesse formelle faite à Laurent Lamothe. Il fit ce qu’il ne fallait pas, en essayant de satisfaire les deux camps. Il finit par se trouver seul et dans l’isolement, ce qui allait faciliter son assassinat.
« Ariel Henry, l’actuel premier-ministre, a été choisi par Michel Martelly. Sa nomination par l’ancien président assassiné, Jovenel Moïse, était le fruit d’un ensemble de pressions venues de « Sweet Micky ».
Au cours d’une réunion avec ses proches, dont Claude Joseph et Ardouin Zéphirin, Jovenel Moïse faisait part de sa décision de nommer Ariel Henry à la primature parce qu’il doit « retourner l’ascenseur » à Martelly. A rappeler qu’au cours d’une rencontre d’entente qui s’était tenue en république dominicaine entre les proches de Martelly et de Jovenel Moïse, dont Roro Nelson et Ardouin Zéphirin, il était question pour que le chef de la primature soit choisi par Martelly. Ce qui avait donné lieu à une réaction immédiate de la part des proches de Jovenel, « non et catégoriquement non » ! Par la suite, des menaces ont été proférées de part et d’autre… »
D’après la source, Martelly pressurait personnellement Jovenel Moïse pour qu’il respecte le pacte secret entre eux. On prétendait qu’il y avait eu un accord de principe scellé entre Michel Martelly et Jovenel Moïse. Ils entendaient transposer l’exploit de Vladimir Poutine et Dimitri Medvedev de la Russie en Haïti, en se passant et repassant le pouvoir à tour de rôle jusqu’à ce qu’ils soient trop vieux pour diriger. Certains supporters zélés parlaient même d’un séquestre de 50 ans. Finalement, Jovenel Moïse décida de nommer Ariel Henry, mais tout en profitant de distribuer des décharges à tous les premier-ministres et ministres…de 1991 à 2016, dont Laurent Lamothe, le challenger #1 de Michel Martelly aux prochaines élections !
Depuis lors, tout espoir de parvenir à une entente entre l’héritier politique naturel, Michel Martelly, et son protégé, Jovenel Moise, était pratiquement impossible. C’est pour cette raison que l’ex-sénateur Gabriel Fortuné, entretemps défunt, accusa en maintes fois que Jovenel Moïse fut livré par son « Parrain ”, appellation que plusieurs observateurs s’empressaient d’attribuer cette à Michel Martelly. Point de dire que les relations entre les deux frères-ennemis étaient au plus bas avant l’assassinat du président Jovenel.
Michel Martelly, de son fief floridien, exprimait dans un langage peu émotionnel sa tristesse à l’égard de la mort subite de son dauphin. Cependant, le contenu du message était plus politique que jamais. L’essentiel il voulait exprimer haut et fort que Jovenel Moïse fut son intime création, de ce fait il est le seul héritier politique de celui-ci. C’est une mise en garde à tous ceux qui se préparent à récupérer le corps politique du président en leur faveur.
Si Michel Martelly n’avait pas pu faire le déplacement dans la deuxième ville du pays pour assister aux funérailles du dauphin comme souhaité, cela ne l’empêchait pas de clamer l’héritage politique de Jovenel Moise. Arrêtons un peu sur l’héritage politique.
On ne peut parler d’héritage quand il n’y a pas eu de patrimoine, matériel ou culturel. Il faut nécessairement avoir quelque chose à transmettre, « d’une génération à une autre », « d’une équipe à une autre », « d’un parent aux enfants » …maintenant, qu’est que Jovenel Moïse a légué en termes d’héritage ? Sur ce, les jovelonistes ont du travail à faire pour convaincre la petite bourgeoisie exigeante et méticuleuse d’Haïti autour de la vision de ce dernier !
L’héritage politique, ou est-il ? Jovenel n’a pas laissé une organisation ou un personnel politique. Il n’avait publié aucun article dans lequel sa vision fut étalée, voire la rédaction d’un livre…En termes de construction matérielle, qu’est qu’il a laissé comme héritage de référence…le petit « barrage de Marion » …On a beau cherché partout, mais on n’a rien trouvé. Sinon, que des harangues non structurées, qui reflètent la haine pathologique digne de tout parvenu. Donc, en termes clairs, Jovenel n’a laissé aucun héritage politique viable, si ce n’est que la dilapidation de plusieurs millions de dollars retrouvés chez lui.
Moise Jean Charles

L’ancien sénateur Moïse Jean Charles est actuellement l’un des « chouchous » des partisans de Jovenel Moise. D’ailleurs, il était le seul de la classe politique à assister aux funérailles du président assassiné. L’histoire retiendra qu’il a été le seul à faire sourire la veuve du président, Martine Moïse, en dépit de l’immense douleur qui la traversait.
Depuis l’année 2016, des rumeurs persistantes circulaient sur les relations de proximité qui auraient existé entre les deux Moïse. Cela fait sens, puisque Jovenel faisait partie du secrétariat privé de Moise Jean Charles, quand il siégeait au Sénat de la république. Il y a aussi cette ambiguïté qui a toujours entouré les multiples positions publiques du leader de « Pitit Dessalines » à l’endroit du pouvoir PHTK. À maintes reprises, quand les situations furent sévèrement compliquées, ce dernier a toujours trouvé une série d’artifices politiques pour voler au secours de Jovenel en semant la pagaille au sein de la contestation.
Moise Jean Charles, quoique ne faisait pas publiquement partie du clic au pouvoir, cependant, des individus lourdement armés visitaient sa maison tout de suite après l’exécution de Jovenel Moïse, ils faisaient même des dégâts matériels. Heureusement pour l’ancien sénateur, il n’était pas présent. Il fut le seul à être victime d’une tentative d’assassinat le même jour que l’ancien président, le 7 juillet 2021. Cela dit beaucoup, on dirait que les assassins de Jovenel Moïse avaient deux missions, Moise Jean Charles était l’autre cible.
A partir de cette théorie, Moïse semble se donner le droit de revendiquer une partie du capital politique de Jovenel. Lui et ses partisans, partout dans le pays, réclament une décision de justice en faveur de l’ancien président assassiné. A la tête d’une campagne médiatique sans pareil, l’ancien sénateur ébauche tout son discours politique autour de Jovenel. Il participait à plusieurs manifestations politiques dans les rues pour demander justice en faveur de son protégé. Cette nouvelle position publique du leader de « Pitit Dessalines » est très bien accueillie par les partisans endeuillés de Jovenel.
Selon une source digne de foi, les partisans de Moïse préparaient des actions violentes contre Michel Martelly qui, d’après des informations crédibles, manifestent l’intention de se rendre dans la deuxième ville du pays pour assister aux funérailles de Jovenel. Après avoir été averti du complot ourdi contre lui, il s’abstient de faire le voyage.
Donc, l’affrontement pour accaparer ce qui reste de la dépouille politique de Jovenel Moïse se radicalise de plus en plus. Qu’en est-il de Laurent Lamothe ?
Laurent Lamothe
Laurent Lamothe, pour des raisons inexplicables, s’obstine à être le prochain président d’Haïti. l’homme est riche et deveint encore plus riche après son aventure politique comme ministre des affaires étrangères et premier ministre. Il ne pardonnera jamais Michel Martelly qui avait sacrifié sa carrière politique au profit de Jovenel Moise. Grâce à une machine de propagande menée tambour battant par Cyrus Sibert, Stanley Lucas, pour ne citer que ceux-là, arrive à se tailler une place sur l’échiquier politique. On dit que l’ancien PM dépense gros pour rester en vie dans les médias, nationaux et internationaux. Il déplace des pions politiques avec une certaine habileté jusqu’à se faire accepter au sein du cercle restreint de l’ancien president Jovenel Moise au detriment de Michel martelly.
Cependant, Laurent Lamothe doit fournir des explications claires de sa gestion comme premier ministre. Il a un os obstrué dans sa gorge, qu’il doit nécessairement vomir ou faire descendre, la construction des 25 stades de football. Le peuple, dans sa totalité, attend des explications claires là-dessus.
Lui aussi se jette dans cette campagne médiatique, surtout dans l’international, pour exiger que la justice soit rendue au président Jovenel Moïse. Il ne va pas par 4 chemins pour inviter les « Nations-Unies » à envoyer une équipe spéciale pour mener l’enquête afin de trouver les assassins du président. Ce même discours est paradoxalement repris par la veuve Martine Moïse, le ministre des Affaires étrangères, Mr Claude Joseph…On dirait que nous sommes en face d’un front commun qui se définit au fur-et-à mesure que l’enquête se poursuit au ralenti.
Cependant, avec les déclarations publiques de l’ancienne première dame, Martine Moïse, dans les médias internationaux de son intention de briguer la présidence aux prochaines élections, on peut se questionner sur la faisabilité de la candidature de Laurent Lamothe. Pourront-ils trouver un compromis pour exploiter la capitale politique de Jovenel Moïse afin de préserver le pouvoir ?
Conclusion
L’observateur ne peut s’empêcher de s’interroger sur les motifs réels de tout cet acharnement à se maintenir, reprendre ou accéder au pouvoir de la part de ses 3 politiciens. Ils étaient tous au pouvoir récemment, tantôt comme : Président, premier ministre, sénateur de la république…Ont-ils un bilan positif de leur gestion de la chose publique ?
La réponse est catégoriquement, non !
L’état lamentable du pays est l’expression la plus flagrante de l’échec de tous les dirigeants qui ont défilé au pouvoir de 1986 à aujourd’hui. Pourquoi les ruminer ? Ont-ils déjà fait leur « mea culpa », pour dire que « c’est ma faute et ma très grande faute ».
La réalité est que ces 3 potentiels candidats polarisent l’échiquier politique. De plus, ils ont l’argent, l’audace, les liens politiques…dans ce cas, tout est possible !
Joel Leon





