Jovenel Moïse, un mélange d’innocence et d’arrogance trempée dans la mégalomanie !

Jovenel Moïse, un mélange d’innocence et d’arrogance trempée dans la mégalomanie !

« Certains qui nous mènent droit dans le mur devraient convier leur mégalomanie à une cure d’humilité. » (Patrick Louis Richard)

 

Par Joel Leon

Jovenel Moise était naïf, juste pour ne pas dire idiot. Ce frère sociologique, un fils de la paysannerie comme moi, avait la possibilité de se tailler une place parmi les immortels de l’histoire nationale. Malheureusement, il avait tout galvaudé.

Il voulait être grand sans se purifier de ses péchés originels, ni se peaufiner à travers les récits légendaires ni les théories indispensables. Il confondait tout : l’espace et le temps, les hommes et les nains, la puissance avec la force…il est victime de sa pauvreté idéologique et de son ignorance politique !

Ce Jovenel Moïse, il avait trop de faiblesse pour l’argent, son péché originel. Les grands rêves, pour les matérialiser, il faut se divorcer de toute inclination matérielle : argent, châteaux, voitures de luxe, bijoux, belles femmes…Car, on ne peut poursuivre des objectifs immatériels à partir des approches mesquines. Ces deux démarches ne riment pas !

Ces faiblesses lui avaient coûté sa crédibilité. Pourtant, l’honnêteté est essentielle dans le cadre d’un combat hautement moral. La lutte contre la pauvreté pour une meilleure répartition des richesses nationales en faveur des plus vulnérables est un acte divin !

Ainsi, Jovenel Moïse était mal parti. La scandaleuse affaire « d’AGRITRANS » laisse une tache d’huile indélébile qu’aucune gomme ne peut effacer. Sans oublier le scandale de « Dermalog… » et des dizaines d’autres entreprises sulfureuses…

Toutefois, l’histoire est parfois très clémente envers certaines créatures. Jovenel Moïse fut chanceux d’être l’un d’entre eux, mais son arrogance l’aveuglait à la limite de la témérité. Les envolées bruiteuses dérangent et enragent un groupe d’hommes, parmi les plus forts du pays. Car, contrairement à ce que pense une bonne partie de l’intelligentsia haïtienne, toute république a une classe traditionnelle de pouvoir d’État. Haïti n’est pas épargnée de ce postulat !

Quand Jovenel Moïse est tombé, il était déjà totalement conspué et lâché par sa base sociale et abandonné par son alliance politique hétéroclite. Donc, il était tout seul face à un système de plus de 215 ans. En ce sens, il était condamné à l’échec. Son assassinat était devenu inévitable que les ennemis nationaux, sous la bénédiction internationale, s’empressèrent d’exécuter avec haine, passion et humiliation.

Il n’était pas assez intelligent pour profiter des deux « rendez-vous manqués » de Jean Bertrand Aristide. Il a été assassiné par les mêmes hommes, la même équipe avec la complicité du même tuteur international.

En 2003, Aristide sentait venir le coup de grisou, Il offrait le portefeuille du ministère du commerce et de l’industrie à André Apaid. Ce dernier l’avait rejeté avec un sentiment d’affront. Aristide avait obtempéré à toutes les injonctions de l’international, mais on ne voulait plus de lui.

L’octroi des 800 hectares de terres, qui fit arrondi par la bagatelle somme de 18 millions de dollars américains à Mr Apaid, ne suffisaient pas pour arrêter la trahison assassine. L’alliance arabo-juive en Haïti représente un tout complet. Elle est prise comme exemple dans les assises internationales pour convaincre les deux frères ennemis, Israël et Palestine, à s’entendre, en termes de cohabitation harmonieuse d’exploitation de peuple. Cette alliance est éternelle. Elle ne bronche pas. Elle ne bouge pas. Elle demeure !

Nul ne peut diviser cette alliance !

Les descendants arabes en Haïti renversent les gouvernements depuis les années 1858. La première victime fut l’empereur Faustin Soulouque. Depuis lors, conscients de leur force, ils se renforcent jusqu’à chasser les traditionnels vautours européens du commerce de bord-de-mer : France, Allemagne, Angleterre, Espagne…François Duvalier, dans sa quête d’asseoir son pouvoir, il a consacré une mainmise totale de l’alliance arabo-juive sur l’économie nationale.

Jovenel Moïse ne comprenait rien de rien. Il était un idiot politique. Je vais expliquer pourquoi :

  • Jovenel Moïse a voté contre le partenaire traditionnel d’Haïti, le Venezuela. Ce fut un sacrilège historique et diplomatique. Il ne savait pas que ce pays andin représente ce qu’est l’Angleterre est pour les États-Unis. L’américain n’abandonnera jamais sa majesté la couronne britannique pour rien au monde.
  • Il a abandonné la république bolivarienne, que les ancêtres avaient construite et aguerris, au profit d’un accord verbal avec l’administration américaine de l’époque pour électrifier le pays et compléter d’autres petits projets très chers à lui-même. Il rejette l’offre chinoise en faveur de Taïwan…sans oublier d’autres bévues diplomatiques indignes. Les offres américaines n’étaient pas honorées. Car elles ne relevaient d’aucun accord bilatéral formel, c’était tout simplement des intentions. Il a été roulé dans une farine épaisse qui fait honte à son intelligence.
  • Ses conseillers, s’ils en avaient, ne l’avaient pas prévenu de l’expérience de François Duvalier en 1962, à « Punta del este ». Lorsque l’apprenti dictateur a liquidé le vote d’Haïti aux américains pour expulser la république populaire de Cuba de l’organisation des états américains.
  • Ses amis omettaient aussi d’éduquer Jovenel Moïse à propos de la débâcle de Sténio Vincent en 1937. Lorsque celui-ci, sous la dictée du gouvernement américain, avait honteusement poignardé l’honneur national en négociant un accord de réparation avec la République dominicaine après le massacre de 35.000 haïtiens là-bas. Il n’avait rien reçu de cette compensation, pas même un sou !

Donc, Jovenel Moïse n’était pas armé pour une telle aventure historique. L’oligarchie a tout gagné. Elle a fait des millions, si ce n’est pas milliards. Ensuite, sans aucune reconnaissance, elle a eu la peau de Jovenel Moïse, et ceci de la plus avilissante manière.

Selon quelqu’un de très proche du paysage politique haïtien, une voix très crédible, Jovenel exprimait des remords, six mois avant son vil assassinat. Il réalisait que le quinquennat allait être terminé sans avoir la possibilité de réaliser 1/5 de ce qu’il avait en tête. Il dressa un bilan de ses maigres achèvements, ceci le dégoûta énormément. Aucune des promesses faites par les Etats-Unis n’était honorée. Il voulait agir vite, mais le temps s’imposait comme son redoutable ennemi. Il doublait les bouchées, une stratégie qui en elle-même constitue une « mise à mort ». En politique, il faut toujours avoir « les mains propres et la tête froide », tout empressement conduit à la catastrophe.

De façon cavalière, il faisait des yeux doux à la Russie via le leader « socialiste révolutionnaire ». Ce dernier, quoique expérimenté, mais frappé de sa cécité mégalomaniaque traditionnelle, n’était pas assez armé de clairvoyance tactique pour faire comprendre à Jovenel Moïse qu’il était trop tard. Le mieux, c’était de léguer le projet à son remplaçant, qui n’était personne d’autre que lui-même.

Beaucoup d’analystes politiques sont d’avis que le dernier voyage de Jovenel Moise en Turquie scella son brutal assassinat. Je suis aussi de cet avis.

Et quand quelqu’un m’a appris que Laurent Lamothe faisait partie de la délégation haïtienne, alors là je suis tombée des nues. Jovenel Moise « te sanble pèdi kelke fey » avant de mourir !

Il parait que Jovenel Moise et Nicolás Maduro s’étaient réconciliés quelques mois avant son assassinat. Le fait que l’ambassadeur de la Russie partageait sa mission entre Haïti et le Venezuela, en dit beaucoup. Ce que les conseillers de Jovenel Moïse ne devraient jamais accepter qu’il s’aventurât dans cette galère diplomatique. « Quand la mégalomanie est au sommet, la base souffre. »

Le 2 juin 2021, Jovenel Moïse avait reçu les lettres de créance de Mr Sergey Melik-Bagdasarov comme ambassadeur de la Russie en Haïti. Le soir même, un peu confus, j’ai communiqué avec quelques contacts très expérimentés dans la diplomatie pour s’enquérir de leurs opinions sur cette étrange affaire. L’une d’entre elles, sans aucune langue de bois, m’avait dit, et je cite que « C’est fini pour Jovenel Moise ». Alors on pensait qu’il allait être lâché par les Etats-Unis qui l’avaient maintenu au pouvoir en dépit des vents et marées. Mais c’était mal connaitre ses redoutables ennemis.

Pour l’histoire, Jean Bertrand Aristide rétablissait les relations diplomatiques avec la république populaire de Cuba, seulement quelques heures avant son départ du pouvoir!

Comme je le disais à des amis, Il semble que de toute évidence, Jovenel Moïse avait commis ce grand péché mortel. Il avait traversé cette ligne rouge imaginaire, mais réelle. Il atteignait le point de non-retour !

On ne saura peut-être jamais les dessous de cette affaire. Ainsi, jusqu’au moment où j’écris ces lignes, je n’arrive toujours pas à comprendre l’assassinat de Jovenel Moise.

Les Etats-Unis, de 1986 à nos jours, participent activement dans tous les renversements de régime politique en Haïti. Aucun chef d’État n’a été, jusqu’à présent, physiquement éliminé. Même Jean Bertrand Aristide, le chantre du socialisme haïtien, a été épargné en deux occasions : lors du coup d’État de 1991 et du kidnapping de 2004. Pourquoi ne se contentait-on pas de le renverser du pouvoir comme d’habitude ?

J’ai lu, entendu et dialogué avec des personnes très lucides sur ce point d’ombre, l’assassinat de Jovenel Moise. On a rapporté que le plan ne visait pas son assassinat, juste son arrestation et l’exil. Ensuite, on dit que le plan avait changé 3 jours avant son exécution. L’option finale fut de l’assassiner. Qui a donné cet ordre infernal de dernière heure ?

Pourquoi les Américains ont-ils laissé les choses aller si loin. Quelle sorte de promesse que Jovenel Moïse avait fait à Vladimir Putin ?

Ce qui est évident, c’est que Jovenel Moïse, pour répéter l’américain, « had pissed someone very hard ». Les conséquences seront difficiles a gérer, car on ne liquide pas physiquement un chef d’état en exercice, sans que cela ne laisse pas des blessures à long terme qui dureront probablement des décennies.

Joel Leon

Courtoisie: Photo Zee5

One comment

  1. Ce Cid, ce Pyrrhus, ce Titus, cet Hamlet, ce Manuel a donné aux Tartuffe, aux Harpagon et aux Gervilin de la politique haïtienne une leçon de courage dans l’adversité et de générosité nationaliste qu’on ne trouve que dans les livres.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *