ARRÊTEZ CE SACRILÈGE !

ARRÊTEZ CE SACRILÈGE!
Par Duverger Altidor
Dans un précédent article, j’avais dit qu’il est compréhensible qu’une personne soit abreuvée de propos laudatifs à son décès. Héritant cela de la tradition judéo-chrétienne, pour nous, parler en bien des morts traduit une marque de révérence à leur endroit. Le chagrin associé à la perte peut nous pousser parfois à nous montrer un peu trop thuriféraires, en vantant chez eux des mérites qu’ils n’avaient peut-être même pas de leur vivant. Cela est encore plus acceptable quand s’il s’agit d’une personnalité d’un si haut rang qu’un président de la République !
Que vous ayez été pour ou contre Jovenel Moise, il n’en demeure pas moins que son assassinat crapuleux ait créé un choc vibrant au sein de la nation. Il est d’autant plus vexant d’apprendre que son exécution a été perpétrée par des “mercenaires” étrangers. Toute proportion gardée, en tant qu’Haïtiens, on ne peut que s’insurger contre ce crime qu’on condamne avec la plus forte véhémence. C’est un affront fait au pays.
Le moment est tellement lourd de receuillement qu’il y a une sorte de trêve dans le discours virulent qui, généralement, caractérise les échanges entre partisans et opposants du président Moise. Le champ reste donc libre aux sympathisants de Jovenel pour tenter d’enjoliver son palmarès—un palmarès éclaboussé de scandales et de turpitudes.
Vouloir réhabiliter la mémoire de monsieur Moise est une chose, mais de là à essayer de le camper sur le même piédestal que Jean Jacques Dessalines le grand, cela relève purement et simplement de l’anévrisme cérébral. Car il ne saurait y avoir de commune mesure entre cet arriviste qui, d’une part, sorti de nullement part et dénué de toute dimension historique, ne faisait que siphonner les caisses du trésor public et, d’autre part, le patrimoine historique qu’incarne le nom de l’empereur. Non, il ne saurait y avoir de comparaison entre un véreux et celui qui n’avait en tête que le bien-être de la collectivité.
Contrairement aux autres grands révolutionnaires qui ont laissé leurs empreintes dans l’histoire, Dessalines est unique pour y avoir inscrit son nom d’une encre indélébile. Toute initiative visant à coller le portrait de quelqu’un d’autre dans le même registre que lui est une imposture éhontée. La réalité est que monsieur Moise ne possédait aucun trait distinctif qui pouvait le différencier du commun des mortels. Il n’avait pas de l’étoffe!
Ces gens qui sont responsables de cette infâmie, auraient-ils déjà oublié ce qui avait placé Dessalines dans le panthéon? L’histoire ne lui a pas fait de cadeau. Son aura de titan, il l’avait obtenue en réussissant la plus grande épopée de l’histoire universelle : celle de se servir d’une cohorte de soldats de va-nu-pieds pour réaliser la révolution la plus retentissante de l’histoire.
Pour avoir fait avaler leur chique aux soldats de l’un des plus grands stratèges militaires de l’histoire du monde, en l’occurence Napoléon Bonaparte, la geste de 1803 a permis à Dessalines de graver son nom en lettres d’or dans les annales de l’humanité. Le père de la nation n’avait pas peur de regarder le “blanc” droit dans les yeux, tandis que Jovenel lui était si timoré qu’il obéissait à ses ordres au doigt et à l’oeil.
Il est donc indiscutablement choquant de voir que certains en sont à un niveau d’hébétement tel qu’ils voudraient hisser ce polichinelle au rang du plus grand héros de l’histoire rocambolesque de notre pays. Dessalines planait au-dessus de la mêlée, pour avoir été un rassembleur et un stratège. Il était en complet décalage par rapport à son temps tant et si bien que cela le poussait à rejeter le sectarisme, le clivage et le clanisme politiques qui sont des gangrènes freinant le bon épanouissement sociétal.
Aux antipodes de l’idéal dessalinien, durant son mandat, Jovenel avait tout galvaudé. Se servant d’un discours teinté d’un populisme démagogue, il a semé des graines vénéneuses de dichotomie au sein de la paisible famille haitienne. Jamais le pays n’avait connu tant de galères. Si, parallèlement à son discours anti-oligarque, on avait bien vu qu’il prenait en compte les desiderata de la masse, on aurait pu l’acclamer. Mais, au moyen de ses redoutables gangs armés, le président a passé plus de quatre ans à terroriser la population à travers une politique visant à installer la trouille dans les quartiers défavorisés, afin de mieux les contenir.
Sous son regard complice, la ville de Port-au-prince s’est scindée en deux. Le nord ne communique plus avec le sud, conséquence directe de cette gangstérisation de l’état. Oh mille fois non! N’associez pas le nom de l’empereur à ce minus. C’est une giffle à sa mémoire
L’historien Williams Durant a dit qu’on ne peut mesurer la grandeur d’un homme qu’à travers ce qu’il a laissé derrière lui. Posez-vous cette question: qu’est ce que monsieur Moise a légué à la postérité, si ce n’est un pays délabré et à genou devant la communauté internationale?
Si ce n’est pas de la démence, je ne pourrais jamais m’expliquer le fait qu’un Haïtien puisse avoir le culot d’entacher le noble nom de Dessalines par une si répugnante comparaison. Si les morts étaient vraiment conscients, l’empereur devrait vomir de dégout là où il est dans sa tombe. Car c’est une atteinte gravissime à son intégrité, à son idéal et à sa bravoure.
Je connais pas les vrais motifs derrière ce sacrilège. Mais une chose est sûre : on devrait administrer une bonne dose de leçons de civisme à ces personnes sans état d’âme qui essayent de tordre l’histoire juste pour redorer le blason d’un chef d’état décrié.
Comme disaient les Romains :”Arx tarpeia capitoli proxima” ce qui, en francais, veut dire “Il n’y a pas loin de la roche tarpeienne au capitole” . En effet, si Jovenel est passé de la gloire à la déchéance la plus ignoble, il n’a que sa petite personne à blâmer. Appliquant une politique fasciste où le pouvoir avait la mainmise sur toutes les institutions étatiques, il a, par la même occasion, plongé le pays dans un chaos si désastreux que même des dizaines d’années de bonne gestion ne pourraient corriger.
Qu’il soit clair pour tout le monde. Le bilan de la présidence de Jovenel Moise se résume à la dilapidation des milliards de dollars que lui et les hommes de son parti mafieux ont engloutis dans un laps de temps. Parachuté à la première magistrature du pays, il y est accédé sans plan de relance économique, sans stratégie et sans vision. Il utilisait les deniers publics commme sa propre tirelire, dépensant prodigalement à tort et à travers. Tandis que le peuple qu’il prétendait défendre au détriment des oligarques croupissait dans la mouise. Son incompétence grossière est aussi blâmable que sa vénalité.
Faut-il rappeler à ses gens qu’à la mort de Dessalines, sa femme, Claire-Heureuse, avait vécu dans une misère infâme? L’historien Alain Turnier nous dit dans son livre “Quand la nation demande des comptes” que l’un des fils de l’empereur a dû coltiner sur le quai de Port-au-prince juste pour avoir une broutille à mettre sous la dent. Il en était ainsi parce que le fondateur de la nation n’était pas un filou. Tout ce qu’il avait à coeur, c’était de voir l’Haïtien s’émanciper politiquement, socialement et économiquement.
Il faut donc arrêter cette supercherie. Dessalines n’a personne qui le rapproche en terme de grandeur d’âme. Son nom s’écrit au singulier. Cessez donc ce sacrilège historique, car comme l’a dit Voltaire : “Le génie n’a qu’un siècle” . Si vous voulez un sosie pour votre poulain il y a bien d’autres cancres qui pourraient bien lui ressembler. Otez donc le nom du père fondateur de votre sale gueule.
Duverger Altidor

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