LA MORT CANONISE-T-ELLE LES VILAINS?

LA MORT CANONISE-T-ELLE LES VILAINS?

Par Duverger Altidor

Il va sans dire que la nouvelle de la mort du président(de facto) haitien est tombée comme un couperet. L’onde de choc est si grande que certains, qui, hier encore, s’insurgeaient contre monsieur Moïse, manifestent aujourd’hui une espèce de velléité à béatifier sa mémoire. Entendons nous là-dessus, il n’y a rien de mal à ce qu’on tienne des propos élogieux à l’endroit de quelqu’un à sa mort.

Cela étant dit, vouloir canoniser un président tel que Jovenel Moïse, c’est faire montre d’une amnésie précoce et affligeante. Car, au cours de sa présidence désastreuse, l’intéressé s’est révélé être tout, sauf un bienfaiteur pour la nation. Toute tentative visant à le placer au panthéon des grands est une offense non seulement à l’intelligence des gens éclairés qu’on veut faire passer pour des écervelés mais aussi et surtout pour nos vrais héros.

Il est on ne peut plus certain que les écrivains haïtiens qui auront à écrire les pages d’histoire consacrées à son quinquennat se trouveront confrontés à la mission ardue de nettoyer les écuries d’Augias. Tellement la tâche leur sera titanesque. Car, jamais auparavant, le pays n’avait été en butte à tant d’événements dramatiques !

On se croirait au beau milieu d’un cauchemar à n’en point finir. Même quand tout aura été amené à la normalité, sans jouer les Cassandre, je peux rendre l’oracle qu’il faudra, pendant les décennies à venir, suer sang et eau pour redresser la barre, si tant que cet apprenti dictateur a réduit le pays en charpie sous son joug tyrannique.

Que d’années d’angoisse notre cher petit pays a connues durant ces dix ans passés sous la férule du PHTK ! Les yeux hagards, on a vu deux individus à griffures de vautours, venant de nulle part, ne se réclamant d’aucune idéologie, aucune base populaire ni aucune forme de déontologie surplomber le panorama politique du pays. En l’occurrence ces deux frères siamois : Martelly et Jovenel Moïse.

On dit souvent que des deux maux il faut choisir le moindre, suivant le fil de cet adage, je peux, sans l’ombre de me tromper, affirmer que les cinq ans de Jovenel au timon des affaires se sont soldés par un bilan encore plus écrasant sur le triple plan politico-socio-économique que celui de son prédécesseur. Même si bien évidemment tous les deux font partie d’un alliage au relent mortel pour le pays.

La présidence de Jovenel a incarné la somme de toutes les dérives, la quintescence de toutes les anomalies qui aient frappé la république, tel un ouragan. Les historiens auront beau se triturer les méninges pour se montrer gracieux envers lui mais l’indécence de son régime constituera une pierre d’achoppement freinant toute sympathie que d’autres régimes qui le précédaient pourraient bénéficier. Têtu comme une mule, il n’en faisait qu’à sa tête, restant imperméable à tout esprit critique susceptible de le recadrer dans la bonne direction.

On se demande bien quelle folie de grandeur lui a oblitéré la raison pour qu’il ait pu accepter le noble devoir de diriger le pays d’Anténor Firmin, sachant fort bien qu’il n’est même pas doté des aptitudes nécessaires pour être un bon chef de section.

Jouissant du plein et entier soutien de la communauté internationale, devant laquelle il avait courbé l’échine en contrepartie, sa présidence représentait pour le pays ce qu’un éléphant ferait dans un magasin de porcelaine. En l’espace de 5 ans, il a tout détruit de ce qu’il nous restait en fait de dignité comme peuple.

Souffrant d’une démangeaison maladive, il avait, au cours de son mandat, empoisonné l’écosystème du pays de sulfure, le rendant impropre à l’implémentation des principes démocratiques. On ne sait même pas le qualificatif approprié pour décrire son régime sanguinaire.

S’agissait-il d’un régime autocratique? D’un mouvement de gauche? De droite? D’une dictature? Jovenel était le seul à pouvoir définir sa forme de gouvernance. Dans leurs supputations, beaucoup optent pour le dernier postulat, vu son tempérament de despote. Mais même là encore, le terme de dictateur serait impropre pour parler de sa présidence, dans la mesure où les dictatures traditionnelles satisfont à certain degré de sanité, d’ordre et de décence.

La dictature ne marche jamais de pair avec le chaos. Ce à quoi se livrait monsieur Moïse ne se trouve inscrit dans aucun registre gouvernemental. Il s’agit tout simplement d’un individu qui pétait plus haut que son cul, un vrai arnaqueur dont l’ascension a pu être rendue possible par l’impérialisme qui le retenait par le harnais, comme on le ferait pour un caniche.

Le personnage faisait montre d’une ambivalence ubuesque. D’un côté, vous l’entendiez dénoncer, à cor et à cri, ce qu’il percevait comme une classe oligarque qui asphyxie la nation, mais de l’autre il appliquait une politique incohérente allant à l’encontre de l’intérêt de la classe défavorisée qu’il prétendait défendre.

Plongeant le pays dans un tribalisme clanique, il a déchiré le tissu social, provoquant du même coup une certaine dichotomie au sein de la famille haïtienne. Même si l’on ira pas jusqu’à le rendre responsable, à lui seul, de la prolifération des gangs armés dans le pays, il demeure patent qu’il leur donné carte blanche pour opérer comme bon leur semble. Moyennant qu’ils parviennent à réprimer sauvagement les mouvements de contestation contre lui.

Le seul mérite de son régime est d’avoir pu monter une machine de propagande sophistiquée, surtout sur la toile, dans le but de tordre la vérité et de détourner les projecteurs sur ses crimes. Cette campagne a jusque-là connu un certain succès parce qu’on trouve des gens assez naïfs pour y ajouter foi. Se dérobant de toute responsabilité dans les problèmes qu’il a lui-même engendrés, monsieur Moïse n’avait laissé échapper aucune occasion pour tirer à boulet rouge sur une certaine frange du secteur des affaires avec qui il avait des désaccords personnels.

Il ne s’agit pas de se montrer partial envers le régime de Jovenel Moïse, mais comment défendre un gouvernement qui n’était même pas capable de résoudre les problèmes les plus basiques de son peuple ayant trait à un minimum de climat de sécurité et de salubrité?

Sa politique de “lese grennen” envers les bandits a fauché la vie à des centaines d’innocents, pour la plupart des jeunes cadres qui n’attendaient que le moment opportun pour prêter leur service à la nation, si affamée de matières grises.

Alors que le peuple hâlait dans une misère infâme, le président et sa clique de scélérats se la coulaient douce, affichant une morgue totale vis-à-vis de ceux envers qui il avait juré de travailler pour le bien-être.

Grossièrement ingrat, son choix de se rallier du côté des États-Unis dans leur bras de fer avec un pays ami comme le Vénézuéla vous dit tout ce que vous devriez savoir sur l’achondroplasie du caractère de celui qui présidait le pays de Dessalines. Cette forme de lâcheté est étrangère à Haïti qui s’est toujours mis à l’avant-garde pour défendre les peuples opprimés.

Donc, au delà de tout sentiment de révolte qu’on puisse éprouver devant l’assassinat crapuleux du président Jovenel, il est outrageusement malsain de vouloir le camper au rang des martyrs. Non, désolé le président n’a jamais été et ne sera jamais connu comme quelqu’un ayant un nimbe angélique sur la tête. Il avait amplement le temps de rectifier le tir. Mais dans sa démence il avait choisi de se positionner du mauvais côté de la rambarde. Quelque triste et douloureux que puisse être son décès, l’histoire ne saurait taire ses agissements criminels envers le pays qu’il a trahi et vilipendé.

Duverger Altidor

2 Comments

  1. Un article qui dit toute la vérité , vraiment on a rien à ajouté si ce n’ est que ce nul president de facto était le mal du siècle dans le ciel de ce beau pays qu’ est HAÏTI

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