Donald Rumsfeld: La mort d’un belliqueux!

DONALD RUMSFELD : LA MORT D’UN BELLIQUEUX.

Une grosse pointure de l’administration de Georges Bush vient de s’éteindre cette semaine, à l’âge de 88 ans. Éant l’architecte de la guerre en Irak, Rumsfeld fut connu comme une personnalité à la fois coriace et controversée. Pour avoir occupé plusieurs postes électifs et administratifs, il répondait aux critères idéals pour être placé à la tête du Pentagone comme ministre de la défense dont un passé militaire comme pilote naval avait largement soutenu. Une fois intégré son cabinet, Rumsfeld allait devenir le bras droit et la voix plus écoutée du président. Il joussait tellement de la bonne grâce de Geroge Bush que ce dernier décida de le reconduire comme chef du Pentagone.

Mais, contrairement à la tradition qui veut qu’à sa mort une personne soit abreuvée de louanges, le décès de Rumsfeld n’a pas fait grand bruit. Hormis quelques médias de tendance conservatrice qui tentaient de se montrer laudatifs à son endroit, les “mainstream medias” ( médias traditionnels) n’ont pas loupé l’occasion de bousiller sa mémoire de critiques acerbes.

En effet, son nom disgracieux est associé aux pires monstruosités qui aient été commises dans une guerre. J’en veux pour preuve les nombreux mandats internationaux qui ont été émis à son encontre pour crime contre l’humanité. Et s’il a pu échapper à l’arrestation il le devait simplement au fait qu’il jouissait du statut d’ancien fonctionnaire du gouvernement américain. Car tout le monde sait que les officiels américains sont hors des tentacules de la justice internationale.

C’est dans la foulée des attentats terroristes du 11 Septembre 2001 que Rumsfeld démontra son talent dans la manipulation de l’opinion publique, lorsque, formant un trio monolitique avec Condoleeza Rice et Dick Cheney, il persuada un Georges Bush inexpérimenté d’engager les États-unis tous azimuts dans une politique de va-t-en-guerre contre l’Irak, sous motif purement fallacieux.

Qui ne se souvient pas du fameux sigle ADM ( armes de destruction massive) dont on accusait l’Irak de posséder? Or, il s’ensuit que peu de temps après l’invasion, on s’est rendu compte que la capacité militaire de Saddam Hussein n’était qu’une peau de chagrin. Donc, les ADM n’étaient qu’un tissu de mensonges. Mais, en propagandiste chevronné, Rumsfeld vendit tellement bien le concept de la guerre au peuple américain, qu’il finit par l’avaler. Même des gens qui y étaient réticents avaient fini par s’embarquer.

Mais le résultat est là qui prouve que ce mensonge a causé des dégats astronomiques! Non seulement en termes de perte en vie humaines mais aussi sur le volet de l’infrastructure, car aujourdhui l’Irak est un tas de ruine, étant plongé dans une instabilité chaotique.

Selon “2007 Opinion Research Business Survey” plus d’un million de personnes ont perdu la vie en irak durant la guerre dont 465 000 violemment. Du côté des yankees des milliers de soldats ont laissé leur peau dans le désert irakien, sans parler des dizaines de milliers d’autres estropiés soit émotionnellement ou physiquement. Rumsfeld avait promis aux soldats que le peuple irakien allait les accueillir avec des fleurs, mais là encore il s’était gouré. C’était vendre la peau du loup avant de l’avoir tué.

Il avait de toute évidence une vision réductionniste de la géopolitique de la région. Car même s’il en avait marre de Saddam Hussein, un peuple aussi cultivé que celui de l’Irak ne cautionnerait jamais qu’une puissance étrangère envahisse leur pays, sans se battre jusqu’au dernier soupir. Cette optique de l’histoire, son bon ami et collègue Colin Powell avait beau essayer de la lui faire comprendre mais en vain.

Comme première conséquence de ce conflit, les deux hommes n’étaient plus à tu et à toi à cause de leur divergence d’opinion. D’ailleurs, dans article paru dans le New york times datant du 16 juin 2020, Colin Powell, qui servait comme ministre des affaires étrangères de l’administration, avait délié sa langue pour montrer qu’il fut le seul couac d’un orchestre qui chantait un seul leitmotiv : la guerre.

Au cours de cette interview, général Powell affirme aussi avoir personnellement déconseillé au président d’entrer dans la logique de cette guerre picrocholine dans laquelle il voulait se lancer à vive allure. Il fut célèbre pour avoir tenu ces propos au président —-propos qui plus tard allaient devenir une doctrine : “You break it, you own it” ce qui voulait dire dans cette occurence ” “vous déclarez la guerre, vous en assumerez les conséquences”

Lors de son intervention devant les Nations-unies, le 5 Février 2003, Colin Powell pétait les plombs lorsqu’il se rendit compte des choses mensongères qu’on le forçait à prononcer. Il aurait déclaré à Rumsfeld qu’il n’allait pas lire cette “cochonnerie” qu’il avait sous les yeux. À quoi le chef du Pentagone aurait rétorqué: “On va fixer la caméra sur l’audience, pas sur toi pour t’éviter l’embarras”

On reproche souvent au général de n’avoir pas fait assez pour éviter la guerre, lui qui devrait savoir à quoi s’en tenir dans un conflit comme celui-là, puisqu’il avait coordonné les “opérations tempête du désert” lors de la première guerre du golfe. Mais dans l’interview, il confia que Rumsfeld fut celui qui avait les oreilles du président. En dépit de sa réputation de grand stratège, ses suggestions restaient de nul effet. Si, au lieu d’écouter Rumsfeld le président prennait plutôt les suggestion de général au sérieux, les États-unis s’eviteraient bien le merdier dans lequel ils s’étaient enlisés.

Si la mythomanie s’emploie pour parler de quelqu’un qui pratique le mensonge comme une seconde nature, en ce sens on peut dire que Rumsfeld est un mythomane au premier chef, puisque même après que tout le monde se soit mis d’accord qu’il n’en était rien de ces fameux ADM, Rumsfeld, loin de présenter ses excuses au monde, continuait irréductiblement à défendre ce principe jusqu’à sa mort.

Bien sûr, la guerre en Irak n’est pas la seule tâche d’huile à avoir embourbé le caractère de Rumsfeld, le programme de torture de la prison d’Abou Ghraib en Irak aussi constituait son talon d’achilles. En effet, sous ses auspices vigilants, l’armée américaine avait embrassé cette pratique barbare dans le but d’arracher des informations de la bouche des prisonniers—- ce qui était une violation flagrante des conventions de Genève qui militent en faveur du respect des droits des prisonniers.

Pour saupoudrer le sadisme de ces pratiques, il est dit que Rumsfeld s’est chargé lui-même d’en apporter certaines modifications, telles que le “waterboarding” par exemple. Au lieu de plonger la tête du détenu dans l’eau, on lui fait éprouver la sention de la noyade en versant de l’eau dans sa bouche pendant que son nez est obstrué. Tout cela, sans mentionner les nombreuses bavures qui se sont soldées par la mort tragique des centaines de milliers d’innocents en Irak.

En conclusion, Rumsfeld s’en est allé rassasié de jours certes, mais il a laissé une soif de justice inassouvie dans les coeurs de millions de gens auxquels ses tractations mensongères ont indubitablement fait souffrir. C’est dommage que les bras de la TPI sévissent seulement contre les “petits” africains de la trempe de Joseph Kony, Charles Taylor ainsi que Laurent Gbagbo.

Ducasse Alcin

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